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Il faut commencer par chercher, longuement, à s’astreindre à un esprit de synthèse face au continent Winter Sleep. 3h16 de dialogues, la plupart en intérieurs nuit, ou lactés d’une lumière blafarde...
Winter Sleep ne possède pas d'intrigue à proprement parler. C'est un de ces films dans lesquels il n'y a pas d'enjeux définis, d'objectifs à atteindre ou de problèmes à résoudre. Winter Sleep nous montre une vie et nous montre des épisodes et des scènes de cette vie. Cette vie, c'est celle de M. Aydin, propriétaire d'un hôtel en Anatolie, en plein milieu de la campagne turque, loin de tout, et celle des gens avec qui il la partage, sa femme, Nihal, et sa soeur, Necla. Le film va ainsi se focaliser sur cette vie, sur "ces" vies, sur les relations entre les personnages, sur leurs émotions, sur leurs sentiments, sur leurs ressentiments, sur leurs rancœurs et sur leurs problèmes. Le réalisateur va disséquer les êtres qui composent ce décor somptueux où prend place le film, de même qu'il disséquera le rapport qu'ont les personnages avec ce décor. C'est pour cela que le film est long : il laisse les personnages respirer. En étirant les scènes, en les autorisant à être longues, il donne vie aux personnages et nous implique dans cette ambiance, nous faisant ressentir et expérimenter aussi bien les joies que les malheurs que les personnages traversent. Le film est donc composé de scènes successives, qui sont toutes des scènes de dialogues, qu'il s'agisse de confrontations, de débats ou de conversations amicales, et ces scènes s'enchaînent sans temps mort, sauf, de temps en temps, pour nous permettre d'apprécier le décor et la beauté des paysages.
Ensuite, quant à savoir pourquoi le film marche si bien, pourquoi il n'est jamais, ni ennuyeux, ni laborieux, pourquoi il semble si dynamique malgré sa durée, ça, c'est du ressort de la magie du cinéma et du talent de celui qui a su l'invoquer. Plus d'une fois je me suis demandé devant ce film "pourquoi c'est si bien ?", et pourtant, il ne faut pas se laisser avoir par le résumé que j'ai fait du film ci-dessus, Winter Sleep est loin d'être chiant, c'est même le contraire : on ne voit pas le temps passer ! Je tire donc mon chapeau à Nuri Bilge Ceylan, qui, pour son premier film que je vois de lui, fait déjà l'objet de mon admiration, et à qui il faut rendre hommage comme étant un des plus grands réalisateurs actuels et pour avoir réalisé un des meilleurs films de la décennie. Il possède une maîtrise absolue du langage cinématographique, de l'usage de la musique, de l'écriture des dialogues, de la façon de les insérer dans le film, du rythme ; son travail est harmonieux et soigné, précis et méticuleux ; l'ensemble apparait comme un travail d'orfèvre et comme une œuvre d'une grande force dans laquelle surgissent des scènes d'une grande puissance et d'une grande beauté.
Pour conclure, il faut comprendre que Winter Sleep fait partie de ces films qui, en s'ancrant dans un lieu précis et en n'en bougeant pas, en parlant d'un nombre restreint de personnages et en ne parlant que d'eux, en n'observant qu'eux, finissent par atteindre une ampleur universelle et par parler de l'humain dans son infinie diversité : Winter Sleep, bien que fourré aux fin fond des steppes anatoliennes, parle de l'humanité. Tout le monde se reconnait dans ce film. La culture, la langue etc., rien de tout cela n'est une barrière, rien de tout cela ne fait obstacle. L'ensemble est magnifique et, de cette simplicité, jaillit un film absolument splendide.
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Créée
le 5 août 2020
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