Winter sleep répond a une règle simple, celle de la prédominance du verbe. Le procédé est théâtral, le film se construisant par succession de scènes dialoguées très longues, le plus souvent entre deux personnages s'affrontant ou pas, construisant ensemble une réflexion à teneur existentielle déjà vue, déjà entendue, déjà dite.
Le film est honorable, les dialogues bien construits, les cadres précis, les comédiens convaincants. Mais on est en droit de ne pas (plus) goûter ce cinéma d'un autre temps, trop classiquement théâtral alors même que le théâtre évolue, trop attendu, n'inventant rien, n'apportant rien.
La durée n'est absolument pas justifiée. Elle n'est que la conséquence de la règle imposée. Les dialogues égrènent tous les possibles, se répondent à n'en plus finir, finissent par se nourrir d'eux mêmes. Si les réflexions engagées ne manquent pas d'intérêt, on ne suit que de loin le destin de personnages engoncés dans un récit convenu.
Certaines images sont superbes. On regrette alors de ne pas davantage mettre le nez dehors. Comme Nuri Bilge Ceylan a l'élégance de ne pas être pédant, jouant même de l'ironie avec classe, on ne cherchera pas davantage la petite bête.
On peut cependant mettre sérieusement en doute la légitimité d'une Palme d'Or.