Les obstacles qui empêchent de se rendre au cinéma voir la dernière palme d'or du festival de Cannes sont nombreux. L'idée de s'enfermer plus de trois heures, un jour de beau temps, dans une salle climatisée à fond comme pour mieux nous faire ressentir l'hiver glacial du film, nous faisant louper soit une après-midi de farniente soit une soirée d'été agréable entre amis amènent à penser que les distributeurs de ce film jouent un coup de poker. Et si quand on rajoute un sujet très psy et un label "Cannes" synonyme quand même d'élitisme, le pari de cette sortie estivale n'est pas gagné !
Ayant trouvé un créneau convenable pour déguster le nouvel opus de Mr Ceylan, je suis ressorti, il faut bien le dire satisfait et la tête pleine d'images et de questions.
Tout d"abord, je n'ai pas du tout eu l'impression que le film durait 3h16. Je ne dis pas par contre que le spectateur habitué à voir Spiderman ne sortira pas avant la fin ou ne trouvera pas que cela dure une éternité, car "Winter sleep" est quand même un film qui en impose par sa lenteur au service d'un propos de haute volée. Mais chapeau au réalisateur /scénariste pour nous intéresser, nous captiver durant tout ce temps avec un enfant aux yeux froids, un hôtelier retiré du monde, sa femme qui joue les dames patronnesse, sa belle soeur désoeuvrée et un imam obséquieux. A la beauté incroyable des plans extérieurs se rajoutent une maîtrise imparable pour capter de longues séquences de dialogues en intérieur. Malgré l'éloignement géographique et culturel de ces personnages, le propos est infiniment universel. Je défie quiconque ayant un tant soit peu de sensibilité de ne pas se sentir concerné, se reconnaître un tout petit dans ces escarmouches intimes, résultat d'une longue macération de multiplesrancoeurs que ces hommes et ces femmes ont retenu depuis bien longtemps semble-t-il. Certes cela reste du cinéma bourgeois, à la mode Bergman, guère novateur, mais l'écriture tout en finesse, la maîtrise parfaite du cadre et une imparable envie de forcer le spectateur à s'interroger, à faire résonner en lui toutes ces interrogations philosophiques ou métaphysiques, font que l'on ressort la tête emplie de questions et les yeux encore éblouis par la beauté de certains plans.
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le 13 août 2014

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