Les deux qualitatifs qui reviennent le plus fréquemment au sujet de la Palme d’or 2014 sont beau et long. Alors ?
Alors oui, Winter Sleep est la plupart du temps d’une beauté sidérante. Et non, il n’était sans doute pas nécessaire de faire durer le plaisir 3h16.
Mais le film de Nuri Bilge Ceylan est évidemment bien plus que cela. Outre l’esthétisme racé qu’impose le réalisateur turc, aussi bien à travers de superbes plans capturant l’Anatolie dans toute sa majestuosité, que lors de scènes en intérieur magnifiquement éclairées, Winter Sleep fascine surtout pas ses longs dialogues captivants, d’une violence et d’une cruauté souvent terribles. Une scène de près d’une demi-heure entre Aydin et sa sœur en est la parfaite illustration. Dans la pénombre d’un bureau, la discussion au départ anodine vire en règlement de compte, passionnant, d’une précision et d’une acuité imparable, si bien qu’il est impossible de décrocher de cet affrontement ouaté et acerbe. Tout le film est à l’avenant. Sans dire qu’on ne voit pas les 3h16 passer, on se laisse rapidement happer par cette le quotidien de Aydin et de ceux qui l’entourent pour ne plus en sortir qu’au générique de fin.
On découvre le caractère de l’homme par petites touches, surtout par le prisme de sa sœur et de sa femme qui vivent avec lui dans son hôtel. Alors qu’il semble en apparence généreux et altruiste, il se révèle cynique et manipulateur, étouffant, usant de son érudition pour se faire donneur de leçon et rabaisser les autres. La relation qu’il entretien avec sa jeune épouse est à ce titre éclairante, fascinante et bouleversante.
La qualité d’interprétation est à ce titre impressionnante de justesse et de retenue. Les acteurs donnent littéralement vie à ses dialogues brûlants, incarnant royalement ce conte crépusculaire.
L’évidence d’une Palme d’Or.