Le décor de ce film (qui n'apparaît long que dans la forme) est d'emblée somptueux. C'est l'Anatolie, c'est l'espace de l'autre Turquie, de la campagne, des montagnes et des traditions, des conservatismes et des paradoxes inhérents à un environnement sujet à la misère socio-culturelle et économique. C'est l'arène de l'opposition entre deux univers: celui des notables, riches, bien portants, éduqués et éloignés de la réalité pauvre du peuple d'en bas; et celui des besogneux, des familles démunies et attachées, de façon maladroite et contradictoire, aux racines religieuses de leurs ancêtres.
Ici, tout est question de dignité, d'honneur, d'orgueils en lutte pour la survie de sa réputation et de ses biens, aussi pauvres soient-ils.
C'est la rencontre de regards parallèles qui ne se croisent donc pas, mais qui se parlent, qui se cherchent dans le trou noir des incompréhensions inter-relationnelles.
C'est l'Anatolie de ceux qui, bon gré mal gré, mendient non de l'argent ou la charité, mais du temps... le temps que leur dignité ne soit pas plus défiguré. Le temps du non-temps, à savoir celui où les mieux lotis prennent un peu de leur temps pour sécher les flocons de mauvaise conscience perlant sur leur front et tombant en plein sommeil d'hiver...