Quatrième long-métrage du réalisateur Saeed Roustaee, si je ne me trompe pas ; premier que je vois de lui. Les rares fois où j’ai visionné un film iranien ces dernières années, il était généralement tourné clandestinement, au nez et à la barbe du régime des mollahs. Cela n’a pas été le cas pour Woman and Child — détail visuel révélateur : les actrices portent constamment un hijab, y compris dans les scènes tournées en intérieur. Ce qui se ressent, dans la mesure où l’ensemble est nettement plus diffus, nettement moins frontal dans sa manière de critiquer la société du pays.
Cela ne veut pas dire pour autant que le film ne le fait pas. Après tout, la protagoniste féminine — une mère en colère — s’oppose sans arrêt, et sans prendre de gants, à des personnages masculins, y compris à son propre père. Elle n’hésite même pas à aller très loin, le tout avec un mélange de tristesse et de détermination glaciale dans le regard. Ce qui est très bien porté par son actrice principale, Parinaz Izadyar.
Bon, reste qu’il n’y a pas que les hommes à s’en prendre plein la gueule : les femmes aussi. Par exemple, la sœur cadette est une véritable tête à claques, donnant l’impression, sous des dehors de veulerie et de candeur, de tout faire pour rendre l’existence de son aînée un peu plus pourrie. Et même la protagoniste — y compris si l’on part du principe qu’elle vit une véritable tragédie — est loin d’être au-dessus de tout reproche. Ce qui apporte un sens de la nuance bienvenu.
Au niveau de la mise en scène, Roustaee utilise souvent et habilement les plans d’immeubles, de portes et de vitres pour suggérer l’isolement et l’enfermement mental de son héroïne, ou la distance entre les personnages. Il a compris l’adage « show, don’t tell ! ». Il y a peut-être juste la toute fin qui manque un peu de développement émotionnel, ce qui fait que je ne l’ai pas trouvée aussi percutante et marquante qu’elle aurait pu l’être.
En résumé, en dépit d’une conclusion pas pleinement aboutie, Woman and Child est un film remarquable, car porté par une écriture qui évite un manichéisme lourdaud et par le talent de son actrice principale ; parvenant, en outre, à être une critique sociale de la société iranienne malgré les contraintes, en en suggérant suffisamment pour que l’on comprenne.