Interdit en Turquie pendant 15 ans, « Yol » est un film fort singulier, non pas dans sa mise en scène ou son propos, mais par les moyens qui ont été mis en œuvre pour sa réalisation. En effet, et je n'invente rien c'est écrit sur la jaquette du DVD (et confirmé sur Wikiyeah !), Yilmaz Güney a écrit, pensé et même joué son film du fond d'une cellule de prison. Il a minutieusement retranscrit ses souhaits de mise en scène à son acolyte Serfi Goren. Il s'est ensuite évadé pour aller monter son film en Europe, où il mourut deux ans plus tard. Cela a donné une Palme d'Or au festival de Cannes de 1982.
Déjà rien que ça, personnellement, ça me plaît énormément.

Bien sûr, histoire de tournage mise à part, « Yol » est un film solide qui dessine le portrait de 5 détenus turcs, obtenant une permission de quelques jours pour rejoindre leurs familles. Malheureusement, au fil du film, on en vient à se demander s'ils n'auraient pas mieux fait de rester en taule, tellement la Turquie qui s'offre à eux est cruelle, répressive, voire archaïque. Le premier exemple extrêmement parlant est sans nul doute les relations homme/femme, placées au centre de l'œuvre. Entre désir, culpabilité, déshonneur, inégalité, soumission, les personnages évoluent dans une société profondément traditionnaliste, jusqu'à connaître, pour certains, des issues dramatiques. Bien sûr, Güney use d'allégories en faisant s'entremêler les cinq histoires, et même si son récit se veut profondément réaliste, on ne peut s'empêcher de voir en lui une fable subtile sur la liberté des hommes d'une façon totalement universelle.

J'émettrai juste un bémol tout à fait personnel cependant, concernant le jeu des acteurs. Objectivement, c'est en toute subjectivité car cela doit venir de la langue. En effet, le Turc a beaucoup de phonèmes non utilisés dans le Français et les intonations diffèrent, ce qui fait qu'en tant que francophone, j'avais l'impression que les interprètes jouaient mal, ou surjouaient. J'avoue ne pas être parvenue à surmonter cette barrière langagière lors des 1h50 de film. Rien de bien méchant certes, mais cela ne m'a pas toujours permis d'entrer totalement dans le film.

Au final, « Yol » est une œuvre que je conseillerai, au même titre que les films iraniens que j'ai pu voir, car il apporte ce même dépaysement et une certaine prise de conscience de ce qui se passe dans des pays où l'égalité homme/femme n'a pas cours (je ne parle pas de l'égalité idéalisée qui n'existe pas, même pas dans nos belles contrées, mais de celle qui parvient à surmonter les coutumes d'un autre âge).

L'interdiction de ce film a été levée en 1995, regardez-le, vous ne risquez plus rien.

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le 19 avr. 2012

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Before-Sunrise

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