Kathryn Bigelow est une grande réalisatrice. Zero Dark Thirty est un tour de force. Celui de rendre des évènements absolument flous pour 99.9% de la population mondiale crédibles, alors qu'ils sont romancés. Celui de réaliser une des plus angoissantes scènes d’assaut (alors qu'on en connaît le dénouement), avec une mise en scène juste brillante. Celui aussi de ne pas prendre parti, de ne pas donner un point de vue hâtif. Il n'y a pas de jugement des différentes forces en présence dans Zero Dark Thirty : on ne fait que de nous conter la traque de Ben Laden de façon clinique, froide, impitoyable.
Mais il y a un gros problème dans Zero Dark Thirty, et ce sont les personnages et les acteurs. Non pas qu'ils soient foncièrement mauvais, mais leurs imperfections nous empêchent d'apprécier pleinement le travail de narration et de mise en scène de Bigelow : elle veut nous immerger totalement, mais le sourire Colgate de Jennifer Ehle va te ramener brusquement à la réalité : tu es assis dans un siège miteux ou affalé dans ton pieu en train de lamentablement vider le paquet de Curly qui est sur la table de chevet. Combien de fois au cours du film j'ai pensé au personnage de Carrie dans Homeland en regardant la prestation de Jessica Chastain ? Pendant 2h00 en fait, jusqu'à l'assaut final où elle est absente. Il y a bien pire comme comparaison, mais Zero Dark Thirty est trop ambitieux pour laisser passer cela comme un défaut mineur.
En somme il faut absolument voir Zero Dark Thirty. Parce que c'est un film juste, et à la mise en scène épatante. Et puis il faut revoir Démineurs, pour les même raisons. Et là on se dit que Bigelow mérite vraiment qu'on la considère comme comme une des meilleurs cinéastes actuellement.