David Fincher a été l’un des déclencheurs de ma passion pour le cinéma lors de mon adolescence. Je me vois encore scotché après mes découvertes successives de Seven et Fight Club, à ressasser encore et encore ce que je venais de voir, de vivre. C’est là que j’ai compris la portée artistique et la profondeur du cinéma. En cela, j’ai un rapport très particulier avec le cinéma de Fincher et régulièrement je redécouvre ses œuvres. Dernièrement, c’est dans Zodiac que je me suis replongé.
En lisant le livre de Robert Graysmith, je ne pouvais m’empêcher de visualiser certains plans du long métrage. Régulièrement au cours de ma lecture, je ressentais l’envie de revisualiser l’adaptation du cinéaste. C’est ce que j’ai fini par faire.
Dès ses premiers plans, Zodiac nous attrape. Un feu d’artifice au soir de la fête nationale à Vallejo, la balade d’un jeune couple qui vire au cauchemar lorsqu’il se fait agresser par le Zodiaque : la scène d’intro pose le décor. On entre dans le vif du sujet. Directement, Fincher marque le coup avec une scène de meurtre très esthétique qui retranscrit la violence avec une certaine beauté. Le plan suivant ouvre le film sur le port de San Francisco.
C’est une des forces de ce long métrage : malgré un récit extrêmement dense et étiré dans le temps, la mise en scène nous offre une multitude d’informations pour marquer le cadre de l’histoire : par exemple, en quelques secondes on comprend que Graysmith est dessinateur pour le San Francisco Chronicle et que la première lettre du Zodiaque arrive dans les locaux du journal. D’ailleurs j’aime beaucoup cette séquence où l’on suit l’arrivée de la lettre, étape par étape. Elle arrive en même temps que Graysmith et la succession de plans sur l’un puis sur l’autre suggère l’importance que cet élément va avoir sur le destin du dessinateur.
C’est bien de ça qu’il s’agit : l’affaire du Zodiaque a hanté toute une région des Etats-Unis, et le film traite de comment elle a viscéralement habité Robert Graysmith, Dave Toschi et Paul Avery (entre autres), de comment des hommes ont vu leur vie basculer quand ils ont rencontré l’affaire du Zodiaque. Ils vont tous connaître une pression relative à cette histoire : Graysmith va se prendre d’une obsession pour l’affaire, ce qui le mènera à publier le livre dont ce film est l’adaptation ; Toschi va connaître l’affaire de sa vie (qu’il n’arrivera finalement pas à résoudre) ; Avery va finir par être menacé directement par le Zodiaque et sombrer dans l’alcoolisme. Trois hommes, trois destins, un Zodiaque.
Cette affaire, aussi glauque que fascinante, colle parfaitement au cinéma de Fincher et à ses thématiques. Il nous montre l’attrait de l’humain pour le mal et la fascination qui peut en découler. Certaines scènes peuvent se montrer vraiment pesantes comme celle durant laquelle le tueur tente d’enlever une jeune femme et son enfant sur la route, ou lorsque Graysmith se rend chez Vaughn.
Si la tension se maintient tout au long du film, notamment à travers les nombreux appels anonymes qui vont venir importuner certains protagonistes, Fincher alterne avec des séquences plus dynamiques qui viennent montrer que le temps s’écoule et que la pression monte autour des enquêteurs. J’ai un exemple assez criant en tête : à un moment, une séquence alterne entre allers et venues des enquêteurs et lettres du tueur. Le montage va s’accélérer jusqu’à ce que les images se superposent, plaçant le symbole du Zodiaque sur Dave Toschi pendant quelques secondes.
Globalement, le cinéaste atteint une grande maîtrise de sa mise en scène pour nous offrir un grand film. Pourtant ce n’était pas évident d’adapter une telle affaire, avec autant de protagonistes, et sur une période si longue, alors même qu’elle n’a pas été résolue. On nous emporte dans plus de 2h 30 de film sur une affaire dont on ne connaît toujours pas le fin mot. Il s’agit d’une belle prouesse qui fait que Zodiac est, selon moi, l’un des meilleurs films de Fincher. Un film auquel je trouve un peu plus d’intérêt à chaque visionnage.