Il y a des jeux que l’on relance avec une certaine appréhension. Des souvenirs d’enfance ou d’adolescence qui semblent beaucoup plus beaux dans notre mémoire qu’ils ne le sont réellement une fois la console rallumée. Et puis il y a 007 : Espion pour Cible.
Sorti en 2001 sur PlayStation 2, le jeu d’Electronic Arts fait partie de cette génération de titres qui ont parfaitement compris ce que devait être un jeu James Bond : de l’action, des gadgets, des poursuites en voiture et des fusillades. Le jeu ne reprend pas directement l'histoire d'un film, ce qui lui permet de construire sa propre aventure.
Et aujourd'hui, malgré ses presque vingt-cinq ans, le constat est plutôt simple : on s'amuse toujours.
La première qualité d’Espion pour Cible est son rythme.
Le jeu ne passe pas son temps à nous faire enchaîner les mêmes fusillades. Une mission peut nous envoyer infiltrer un bâtiment, puis le jeu peut complètement changer de registre avec une poursuite en voiture ou une séquence beaucoup plus spectaculaire.
Cette variété fonctionne encore étonnamment bien aujourd'hui. Les missions sont relativement linéaires, mais elles savent régulièrement changer la façon de jouer. Certaines proposent même de petites alternatives qui encouragent l'exploration.
Et surtout, le jeu respire James Bond.
Les musiques, les gadgets, les armes, les briefings, les poursuites et cette ambiance d'espionnage très début des années 2000 donnent immédiatement l'impression de participer à une aventure 007. La bande-son reprend d'ailleurs les codes musicaux de la saga.
Un gameplay encore plaisant
C'est probablement là que le jeu surprend le plus lorsqu'on y rejoue aujourd'hui.
Évidemment, on sent immédiatement son âge. Les déplacements ne sont plus aussi naturels que dans les FPS modernes, la visée demande un temps d'adaptation et certaines actions nécessitent davantage de manipulations qu'aujourd'hui.
Mais une fois cette rigidité acceptée, le plaisir revient très vite.
Les armes ont un bon feeling pour l'époque, les gadgets apportent une vraie petite touche Bond et les différentes situations empêchent le gameplay de devenir trop monotone.
Le jeu propose également ses fameux « Bond Moments », ces actions particulières permettant de gagner des points et de débloquer différents bonus. C'est typiquement le genre de mécanique très arcade qui paraît simple aujourd'hui, mais qui donne envie de refaire certaines missions pour améliorer son score.
Mais la rigidité rappelle rapidement que nous sommes en 2001
C'est là que mon enthousiasme doit être tempéré.
Espion pour Cible est toujours amusant, mais il faut accepter de jouer à un jeu de 2001.
La maniabilité manquer souvent de souplesse et les déplacement peuvent devenir un vrais calvaire sous pression. Ce qui était parfaitement acceptable à l'époque peut aujourd'hui donner une impression de lourdeur.
Cette rigidité ne détruit jamais complètement l'expérience, mais elle peut clairement casser le rythme dans certaines séquences.
Une réalisation qui tient encore étonnamment bien
Visuellement, il ne faut évidemment pas s'attendre à quelque chose de moderne.
Les textures sont simples, les personnages sont parfois assez raides et l'aliasing rappelle immédiatement les premières années de la PS2. La presse de l'époque relevait déjà certaines limites graphiques, tout en considérant l'ensemble comme propre et réussi.
Mais paradoxalement, le style du jeu vieillit plutôt bien.
Les environnements sont suffisamment variés pour rester agréables à parcourir et la réalisation cherche constamment à reproduire l'ambiance d'un blockbuster.
Ce n'est pas beau selon les standards actuels, mais c'est cohérent, lisible et suffisamment spectaculaire pour rester plaisant.
Une durée de vie qui fait encore débat
C'est probablement le défaut le plus difficile à défendre.
L'aventure principale est relativement courte. Dès sa sortie, la durée de vie était considérée comme l'un des principaux points faibles du jeu.
Heureusement, les médailles, les bonus à débloquer permettent de prolonger un peu l'expérience.
Mais si l'on se contente de parcourir l'histoire sans chercher les meilleurs scores, l'aventure se termine assez rapidement.
Cela dit, avec un jeu de cette époque, je trouve personnellement que cette durée relativement courte n'est pas forcément un problème majeur aujourd'hui. On peut le terminer sans avoir l'impression de s'engager dans une aventure interminable, ce qui peut même être une qualité lorsqu'on y rejoue plus de vingt ans après sa sortie.
Alors, est-ce que ça vaut encore le coup ?
Oui.
Et c'est peut-être ça qui est le plus intéressant avec 007 : Espion pour Cible.
Ce n'est certainement pas un jeu qui a miraculeusement échappé au vieillissement. Sa technique accuse son âge, ses animations sont rigides, ses contrôles peuvent paraître compliqués et certaines mécaniques montrent clairement leurs limites.
Mais derrière tout ça, le plaisir de jeu est toujours là.
On lance une mission, on prend son arme, on utilise un gadget, on descend quelques ennemis, puis le jeu nous embarque dans une poursuite ou une nouvelle situation complètement différente. Et quelques minutes plus tard, on se retrouve simplement à jouer avec le sourire.
C'est finalement ce que je retiens de cette redécouverte : 007 : Espion pour Cible n'est pas un jeu que l'on apprécie uniquement par nostalgie. C'est un bon jeu qui a suffisamment de qualités pour que la nostalgie ne soit qu'un petit bonus.
Il faut simplement accepter sa rigidité et ne pas lui demander les standards de gameplay d'un FPS moderne.