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Codename 007
Depuis que j’ai retourné la dernière trilogie Hitman (environ 200 heures au compteur), je suis en mal d’infiltration sociale. Autant dire que lorsqu’il a été annoncé que le studio IO Interactive...
le 4 juin 2026
Il fut un temps où comparer l'agent 47 au plus suave des espions britanniques aurait relevé plus d'un sourcil. Mais depuis le début de la trilogie de 2016, où les bases militaires ont définitivement laissé la place aux évènements mondains et où la panoplie de 47 s'est considérablement enrichie en gadgets comme en vocabulaire, il est devenu évident que les aventures du mieux sapé des tueurs sont devenues la meilleure adaptation de James Bond, one liners à la con compris. Rien de plus naturel, donc, que de confier le retour aux affaires de 007 en jeu vidéo à IO, plus de 13 après le désastre legends.
Je pense que First Light est un bon jeu, et un très bon James Bond. Mais je pense aussi qu'en choisissant la voie du jeu d'action cinématique, IO a très ironiquement laissé de côté ce qui faisait de Hitman le meilleur héritier de la franchise en jeu vidéo. Avant même d'être un jeu d'infiltration (assez moyen d'ailleurs en tant que tel), c'est un environnement. Aussi riches que complexes, les niveaux de Hitman grouillent de vie (certes parfois trop visiblement artificielle) et de systèmes auxquels vous vous confronterez. Deux choses sont essentielles ici: la nécessité de comprendre et exploiter un environnement complexe, et la possibilité de se viander. Si vous n'avez pas la possibilité ou le besoin d’interagir le monde d'un jeu, il sonnera creux. Les niveaux d'Hitman sont marquants parce que vous y mettez les mains dans le cambouis, l'explorez de font en comble pour le comprendre et réussir la mission parmi les dizaines de possibilités, y compris l'échec. Parvenir à s'infiltrer sans dommage, comme un pro dans son joli costume se ressent comme une réussite parce que s'en est une, et c'est bien là tout l'intérêt du jeu vidéo en tant que médium: parvenir à vous connecter à la fiction à travers l’interaction. Les zones sandox de First Light apparaissent dès lors comme un échec. Ceci dit, les failles étaient déjà présentes dans Hitman (par exemple le système d'opportunité qui va aux antipodes de la nature sandbox du jeu), mais elles sont béantes ici, où les systèmes ont été largement simplifiés. Pas désagréables mais sans grand intérêt en dehors du rythme, ces passages n'ont ni la richesse ni la variété d'issues nécessaire pour réussir à ce niveau. Quand les choses évoluent de manière significative, c'est suite à une séquence scriptée. First Light utilise les ressorts du cinéma pour ses retournements, ce qui l'empêche d'en faire des enjeux de jeu vidéo: quand la course poursuite est scriptée, impossible d'avoir peur de manquer de d'attraper le méchant.
Tout cela, bien sûr, résulte du choix de faire de First Light un jeu d'action cinématique dans la veine d'Uncharted, où les restrictions à la liberté d'action se font au profit de la mise en scène et du rythme. Un choix tout à fait compréhensible, même si pas le plus intéressant. Cela ne rend pas les séquences d'infiltration sociales plus pertinentes, je pense qu'elles sont ratées en soit, mais l'action se révèle bien plus réussie (pour le coup, Hitman a jamais su tirer profit du combat en cas de pépin). Sans rentrer dans les détails, le mélange de corps à corps et de shoot a une sacrée patate et met en valeur l'improvisation et l'utilisation de l'environnement, ce qui fait toujours plaisir. Le titre exploite ces mécaniques assez intelligemment, les séquences sont variées et apportent parfois quelques petites surprises. Quand First Light choisit l'action, il fait les choses très bien. L'infiltration, en revanche, ne fera pas date selon moi. Sympa et utile pour alléger l'opposition mais très classique si vous avez joué à un jeu vidéo ces dix dernières années, rudimentaire à cause d'un level design restreint, la seule originalité réside dans le bluff, dont le créateur devrait être salué: ressortir l'instinct de Hitman Absolution pour en faire une des features les plus appréciées d'un jeu sorti 14 ans plus tard, c'est quand même un tour de force. C'est quand même vachement mieux intégré à l'expérience, mais ça reste un "appuie sur le bouton pour éviter les gardes". Heureusement, l'infiltration est traitée comme une option parmi d'autres, utile sans vraiment prendre le dessus sur l'expérience. Il y a un niveau en tac sim (le mode défi, en gros) pour relever un peu le niveau, ceci dit. Les gadgets sont aussi assez basiques, et l'économie de ressources qui les entoure est ratée: vous devrez récolter des ressources électriques et chimiques dans les niveaux pour les recharger. Au delà de l'absurdité de voir Bond ramasser des piles de télécommande et du détergent pour recharger sa montre high-tech, c'est surtout un système qui pousse un peu trop à jouer les fouille-poubelles, surtout en mode difficile, pour pouvoir progresser. Il y a de meilleures moyens pour faire explorer une map, je pense. Et tant qu'on est avec les défauts de gameplay, ça aurait quand même été sympa de pouvoir désactiver les assistances à la progression. L'interface est alourdie par les objectifs, l'environnement est jonché d'indicateurs de direction et Bond, ce gros backseat gamer, vous dira toujours quoi faire et comment (alors que c'est super facile).
Heureusement, First Light n'a pas seulement retenu des jeux Naughty Dog la peinture jaune et les séquences de plateforme un peu nulles. Vous aurez droit à nombre de séquences scriptées qui explosent de tous les côtés. Si l'on ne sera jamais autant aux commandes que dans les deux derniers Uncharted, qui restent, avec leurs séquences en véhicules, indétrônables du genre, First Light fait un plutôt bon boulot en proposant quelques scènes assez impressionnantes qui n'oublient pas d'inclure le joueur. On a aussi des QTE à la con, mais bon, on peut pas tout avoir.
Le titre mise donc beaucoup sur sa mise en scène et sa narration. Vu le pedigree d'IO, on aurait pu un peu s'inquiéter de ce côté, mais j'ai été ici agréablement surpris. Le scénario est un peu cousu de fil blanc (tombez pas de votre chaise quand le grand méchant sera révélé), mais les personnages sont réussis. En dehors de deux antagonistes assez faibles (dont un avec un design de masque absolument formidable, carrément gâché sur lui), tous sont convaincant et attachants, notamment grâce aux dialogues.
Quant à cette version de Bond, elle est sans doute l'une des meilleures pour moi. Souvent empêtrés dans le grand-guignolesque de leurs films ou l'archaïsme de l'époque, les Bond au cinéma ont souvent un truc qui dénote, même celui de Daniel Craig, personnage réussi mais dont le côté charmeur a été largement abandonné. IO trouve ici un bon équilibre, avec un personnage dont la jeunesse est franchement un atout: son impertinence ne le rend pas péteux c'est quand même un peu plus sympa quand le grand séducteur de ces dames n'a pas le double de l'âge de ses conquêtes.
Le titre accorde aussi une certaine importance aux temps calmes entre les missions, donnant un visage et un ancrage au MI6, chose quasi-inexistante dans les films comme les jeux d'espionnage. Prendre le temps de bâtir le monde et ceux qui le remplissent sont une des bonnes idées du titre. Il est quand même assez rare d'être investi dans le sort des personnages dans ce genre de scénario, mais c'est ici le cas. Par contre, ça ne bouscule par contre pas trop les codes dans les idées véhiculées, on a de la critique de la surveillance de masse, des services secrets au service du bien commun, des méchants milliardaires mégalo en quête de pouvoir (le logo amazon de l'intro fait alors un peu sourire) et un contexte politique traité un peu par dessus la jambe, comme la plupart du temps. Comme évoqué, les grandes lignes du scénario sont tracées sur des chemins bien établis.
007: First Light est une réussite sur bien des points. Rien qu'être un bon AAA, c'est déjà beaucoup, et c'est un chouette ajout dans sa franchise de surcroît (Indiana Jones fait pâle figure à côté). C'est aussi un super jeu d'action quand il veut l'être. Y a quand même pas mal de petites choses qui marchent pas super bien, mais c'est surtout l'échec des développeurs à tirer parti de leur expérience pour faire briller James Bond ailleurs que dans les séquences de bourre-pif qui cristallise mon problème avec le jeu. Reste un des meilleurs James Bond depuis un moment, et on peut espérer que si suite il y a, IO saura mieux adapter sa formule au monde de l'agent secret.
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Créée
le 31 mai 2026
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