Premier jeu de la trilogie Zero Escape, 999 est entouré d'une aura d'incontournable dans le domaine du Visual Novel. C'est d'ailleurs sous la pression des fans que ChunSoft permettra à son créateur de réaliser le troisième, et dernier, volet malgré des ventes décevantes des deux premiers opus.
Grand amateur d'énigmes, fan de la série Ace Attorney, amateur de pavés narratifs, je découvre pourtant cette licence en 2022 via les hasards du Gamepass. Sa réputation ne m'étant jamais parvenue auparavant.
C'est donc avec joie que je découvre le concept de 999, avant de plonger tête la première dans ce mystérieux titre.
La promesse initiale est attirante, le joueur se retrouve contraint à participer à un "Nonary Game", concept forçant ses participants à s'échapper de pièces qu'on appellerait aujourd'hui des Escape Game afin de progresser dans un bateau en train de sombrer. Le but final étant d'atteindre la porte numéro 9, derrière laquelle se cache une promesse d'évasion.
On retrouve déjà des éléments qui feront la force d'une autre licence du même éditeur : Danganronpa. Des personnages enfermés dans un jeu qu'ils ne comprennent pas, où la mort peut apparaître soudainement via une explosion de sang peu appréciable. Une ambiance sonore qui contribue à cette ambiance mêlant angoisse et mystère.
Les promesses seront d'ailleurs plutôt bien tenues jusqu'à la première "fin". Le rythme est assez soutenu et arrive à capter l'attention, malgré le risque évident de lassitude que pourrait amener le découpage "phase d'histoire / phase d'escape room". Les questions se multiplient, l'envie d'en savoir plus atteint son paroxysme lorsque le jeu nous apprend pour la première fois qu'il faudra explorer d'autres alternatives de l'histoire pour en obtenir son véritable dénouement.
C'est sur ce point que la série des Zero Escape se démarque, sur ces embranchements qui se forment lors de décisions majeures. Pour voir le bout de 999, il est nécessaire de revenir en arrière et changer ses choix. Heureusement, les éditions récentes du jeu (dont le bundle "Nonary Games" comprenant aussi le second opus) proposent un arbre de visualisation des blocs majeurs de l'histoire. Cet arbre permet de repartir d'un point précis sans avoir à récommencer depuis le début, ce qui devait être une grande source de frustration à l'époque de la sortie sur DS. On peut parcourir l'intégralité du jeu en une quinzaine d'heures, en voyant une très faible quantité de contenu plus d'une fois.
Malheureusement, le final a été une douche froide de mon côté. En tentant de répondre aux interrogations du joueur, 999 montre toutes ses faiblesses. On découvre un scénario entièrement tourné autour de twists douteux, où la majorité des éléments semblent intégrés de force tant bien que mal pour amener à cette conclusion. Il n'est pas étonnant d'apprendre que l'auteur (Kotaro Uchikosi) débute l'écriture de ses histoires par la fin, par son twist principal. Il construit ensuite les différents embranchements permettant d'y arriver et tente de créer des personnages variés pour s'intégrer à cette histoire.
Ce n'est pas le seul reproche que l'on peut faire à l'écriture du titre.
De façon assez embarrassante, le jeu nous impose quelques séquences d'humour grivois où les personnages féminins deviennent soudainement des objets sexuels. En plus d'être d'une absurdité déconcertante, ces passages cassent le ton et l'ambiance de l'oeuvre qui arrive pourtant à nous embarquer dans ses mystères et ses aspects horrifiques.
D'autres dialogues provoquent une brisure semblable. Alors que le temps est compté, que des vies sont en jeu et que la situation semble être étouffante, il est fréquent qu'un personnage tente soudainement un trait d'humour malvenu à un timing raté.
Malgré tout, 999 est une expérience agréable même 13 ans après sa sortie. On peut d'ailleurs le voir comme un précurseur sur plusieurs sujets, mettant en avant des Escape Room à une époque où elles n'existaient pas en dehors du Japon (où elles débutaient à peine) et tentant une histoire composée de multivers, élément devenu depuis monnaie courante. Les puzzles sont sympathiques à résoudre (bien que peu complexes) et le jeu reste prenant dans sa majorité.
C'est cette bonne impression d'ensemble qui m'a donné envie d'enchaîner sur sa suite : Virtue's Last Reward. Dont les multiples défauts me faut d'autant plus réaliser que 999 était une belle réussite.
Jeu terminé en 15h sur Xbox One, via le bundle Nonary Games.