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Avis sur Assassin's Creed IV: Black Flag sur PlayStation 3

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Version PlayStation 3

C’est fou comment cette saga « Assassin’s Creed » est parvenue à se faire haïr l’air de rien.
Prenez mon cas par exemple. A la base « Assassin’s Creed », j’aime bien.
Découverte en 2011 par l’entremise de second opus, j’étais assez rapidement tombé sous le charme.
Certes je trouvais qu’il y avait à prendre et à laisser dans le gameplay, mais par contre face à cet univers, ces lieux, et ce sens du grandiose, j’étais bouche bée.

Seulement voilà, dix ans plus tard, en 2021 (année de rédaction de cette critique), alors que je suis pris d’un regain d’intérêt pour les jeux en openworld du début des années 2010 et que je cherche des titres susceptibles d’assouvir ma curiosité, je tombe sur cet « Assassin’s Creed IV : Black Flag ».
Et là je me crispe.
J’ai peur.
C’est que depuis ma première expérience avec cette saga il s’en est passé des choses…
D’abord il y a eu « Brotherhood » auquel j’ai joué et qui m’a déçu…
Et puis il y a eu l’épisode III qu’on m’a vivement déconseillé…
Et surtout il y a eu la sortie désastreuse d’ « Unity » qui a considérablement entaché l’image que je me faisais de la franchise…
Depuis, j’avoue que j’ai du mal à considérer la sortie d’un « Assassin’s Creed » autrement que comme la sortie d’un « Call of Duty » ou d'un « Fifa »…
Alors du coup, oui, face à ce « Black Flag » j’ai eu un instant d’hésitation.
J’ai remobilisé les quelques bons échos que j’en avais entendus – les « c’est vraiment le dernier épisode qui tente encore des trucs » - pour me convaincre de franchir le pas.
Je l’ai donc acheté.
Et donc oui – définitivement – c’est vraiment fou comment cette saga fait tout pour se faire haïr.

C’est tout con mais, me concernant, ça a commencé dès le menu de ce titre.
Oui, dès le menu.
Voilà qu’on me demande de nommer mon fichier de sauvegarde (ce qui ne servira à rien soit dit en passant) et là – DÉJÀ ! – un premier bug.
« Désolé ! Tu as inscrit des caractères non reconnus par le jeu ! Du coup ils seront remplacés par des "_" ! »
Non mais la vache quoi…
Donc si je résume bien la situation : les gars ont intégré dans leur jeu un clavier qui permet d'inscrire des caractères que ce même jeu ne parvient pas à reconnaitre.
…Non mais c’est quand même brillant quoi.
Et visiblement ils ont trouvé le moyen d'intégrer un message pour expliquer la couille dans le potage mais sans avoir pour autant réfléchi un seul instant à retirer ladite couille...
Et attention on ne parle pas de pictogrammes japonais ou d’alphabet cyrillique hein… Mais seulement d’accents aigus et d’espaces…
Non mais quand même… Difficile d’être mis en confiance avec une telle entrée en matière l’air de rien.
…Et ce n’est clairement pas l’intro du jeu qui, chez moi, a su arranger les choses.

Comme un syndrome des Triple A de son temps, ce « Black Flag » décide de montrer tout de suite les gros bras avec une scène d’action aussi spectaculaire qu’inintéressante en termes de gameplay et d’initiation.
Le pire, c’est qu’en plus d’être peu lisible, cette scène se révèle même contre-productive parce que, franchement, les effets d’eau, de nuit, en pleine tempête et en plein combat, ils sont vraiment dégueulasses.
Et c’est terrible du coup de faire une intro comme ça parce que – quand bien même la suite rassure davantage sur le soin apporté aux décors et aux effets d’eau – au moment de découvrir ça, moi j’ai eu de sérieux doutes sur le soin apporté à ce titre.

Mais bon, fort heureusement pour cet épisode (et pour moi) l’intrigue enchaine rapidement avec une autre phase – plus réussie celle-là – où le personnage qu’on incarne se retrouve échoué sur une île, sans rien, juste à proximité d'un assassin rejeté par la mer lui aussi et qu'il va falloir poursuivre.
Commence alors une nouvelle phase de tuto, ce coup-ci basée sur les déplacements basiques du perso. (Pourquoi d'ailleurs ne pas avoir directement commencé le jeu à ce moment là ? Grand mystère...)
Là l’espoir et la confiance ont commencé à revenir.
Parce que l’air de rien l’endroit visité est plutôt joli et bien pensé pour débuter, surtout que cet assassin qu’on poursuit nous montre par où passer et quels automatismes du jeu mobiliser.
En plus de ça on est dans un paysage sauvage, ce qui tranche des épisodes d’habitude très urbains de la saga. Comme quoi, chez Ubi, quand il s’agit de mobiliser du savoir-faire, ils savent s’y prendre et plutôt bien.

Seulement voilà comme un credo amené à se répéter régulièrement, on sent que cette phase de jeu a aussi été pensée un peu par-dessus la jambe et qu’une fois que le minimum syndical a été atteint on peut se permettre quelques approximations.
Pourquoi mon personnage refuse de descendre d’un précipice béant de 30 centimètres ?
Pourquoi refuse-t-il de contourner ce tronc par la droite alors qu’il accepte de le faire par la gauche ?
Pourquoi se lance-t-il dans des sauts de l’aigle inopinés alors que je voulais simplement sauter sur le petit rebord juste à côté ?
Tout ça, parfois ça ne s’explique pas.
Parfois ça s’explique mais on a juste oublié de te l’expliquer (ce qui est quand même un peu con pour un tuto.)
Et puis parfois – mieux encore – le tuto t’explique mais une fois que c’est trop tard.
Merci par exemple de m'avoir appris que je pouvais me planquer pour prendre par surprise un garde seulement une fois que je me suis retrouvé en plein cœur d'un camp et cela au moment même où je venais de me faire griller. (Très pratique comme timing.)
Merci aussi de m'avoir fixé comme objectif de buter l'assassin que je pourchassais mais sans m'expliquer au passage les commandes de combat.
Merci enfin de faire apparaitre des icônes – comme les points d’observation – mais de ne pas les avoir activé lors du tuto… Et tout cela en se gardant bien de nous prévenir. (J’aime quand un jeu me fait perdre du temps inutilement.)

Autant de détails crispants (qui n’en sont pas tant que ça) et qui reviendront régulièrement au cours de la ta partie.
Des détails qui te rappellent que tu joues à un jeu bossé par des pros… Mais qui n’avaient pas non plus que ça à foutre au point de tout te fignoler.
Et ce qui est terrible c’est que cette intro est désespérément à l’image de tout le jeu qui va suivre.
Elle n’est que la sempiternelle répétition de ce credo d’Ubisoft.
Un credo qui semble nous dire : « Eh ! On a déjà fait l’effort de te pondre un nouvel univers ! Alors tu vas quand même pas espérer de nous qu’on te fasse un nouveau jeu ! Non mais ça va eh ooooh ! »

Et pour moi, parcourir « Black Flag », ça n’a été que ça.
Un enchainement de montagnes russes. Des moments d’espoir soudainement douchés par une nonchalance presque assumée.
Parce qu’en effet, après cette double-intro (et la traditionnelle escale longue et inutile par la case Astergo), voilà que l'intrigue nous conduit jusqu’à La Havane.
Sitôt arrivée dans la ville espagnole que l’espoir renait aussitôt.
C’est beau. C’est riche en détails. La musique est élégante à souhait. Ça parle et ça crie la langue de Cervantès… L’espace d’un instant je revis les frissons de « Red Dead Redemption »…
…Et puis deux minutes plus tard : douche froide.
Combat imposé. Manipulation imbitable. Tuto qui pope en plein pendant la castagne. Et au bout de cette horreur l’intrigue te renvoie à ce qui va constituer son jeu… Ou plutôt son non-jeu.
« Bon allez Duncan ! C’est pas tout ça ! Mais maintenant tu vas aller là-haut me synchroniser cette foutue ville ! Je te laisse ! Amuse-toi !
– Euh… OK, mais là je viens tout juste de la faire ta synchronisation et la seule chose que ça a occasionnée c’est l’apparition d’une trentaine d’icônes sur ma carte...
– Bah voila.
– Bah voilà quoi ?
– Bah voilà. C’est le jeu.
– Comment ça le jeu ?
– Bah chaque icône renvoie à un élément à collecter. Alors collecte.
– Euh… Mais pourquoi ? Quel intérêt ? Quel lien avec le jeu ?
– Non mais qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’est ça un « Assassin’s Creed » ! Y’a des beaux décors. Et pour te forcer à te balader dans les décors on t’a mis plein de trucs qui te seront utiles pour ta partie !
– Mais utiles à quoi ? Parce que bon, les coffres je visualise encore l'idée... Mais qu’en est-il des parchemins, des chants, des fragments d’Animus, des bouteilles, des statues maya et autres couilles des pirates à collecter ? Ça me sert à quoi franchement ?
– À te balader, j’te dis. A t'immerger dans l'univers...
– Mouais... Bah perso courser des feuilles magiques qui volent dans les airs et ouvrir des coffres qu'on a parfois mystérieusement abandonnés au coin d'une rue passante, ça ne m'immerge pas des masses. Au contraire... J'ai davantage l'impression de participer à une collecte d’œufs de Pâques qu'à une aventure de mystérieux assassins...
– Oh mais ça va ! Si vraiment ce que tu veux c’est de l’assassinat eh bah tiens ! Bim ! Des missions d’assassins ! Accessibles des le départ en plus !
– Ah bon ? Bah c'est bizarre ça parce que d'après votre intrigue mon personnage n'est pas un assassin. C'est juste un gars qui a piqué une tenue d'assassin. Il ne devrait même pas connaître le concept des pigeons qui perm…
– OUAIS-BON-ÇA-VA-EH-OOOH ! »

...Putain de credo de l'assassin.

Alors vous allez me dire qu’ « Assassin’s Creed » ce n’est pas que ça.
« Assassin’s Creed » c’est aussi des missions…
Mais de quelles missions on parle franchement ?
Première mission : suivre des mecs. Pas trop près. Pas trop loin. Vision de l'aigle pour ne pas les perdre. Et puis on finit tout ça avec de l'infiltration de fort. Une infiltration qu'il faudra d'ailleurs mener sans possibilité de s'accroupir ni de se plaquer contre les murs. (Tu sens qu'on a bossé comme des dingues le concept chez Ubi...)
Deuxième mission : marcher à côté d’un mec pendant qu’il te parle. Tirer sur des cibles. Puis-remarcher à côté d’un mec pendant qu’il te parle. (Voilà voilà...)
Troisième mission : escorte. (Mmmmh... C'est tellement différent des missions de filature. Ô joie...)
Quatrième mission : re-infiltration.
Puis pour les missions suivantes : re-filature, re-escorte et re-infiltration...
...AD PUTAIN DE NAUSEAM.
C’est tellement linéaire, fade, répétitif et lourd qu’en bout de course je préfère encore aller collecter mes babioles à droite et à gauche plutôt que de m’enfiler ces missions insipides. C’est dire…

Bon après c’est vrai qu’à côté de ça il y a aussi toute la partie en bateau.
Vraie nouveauté de l’épisode (quoi que, j’ai cru comprendre qu’on avait déjà un peu de ça dans l’épisode III), ç’en est peut-être l’aspect le plus intéressant.
Moi le grand fan de « Wind Waker », forcément j’ai aimé qu’on m’invite à prendre la mer, mener des combats navals, découvrir des îles, etc…
Mais bon, sur cet aspect aussi, c’est vite la douche froide.
Le gameplay n’évolue en rien de toute la partie de ce côté-là.
Attaque au canon. Attaque à l’éperon. Abordage et combat sur le pont.
Aucune évolution si ce n’est qu’on doive upgrader régulièrement son bateau pour qu’il puisse se frotter aux vaisseaux et forteresses plus balèzes de la seconde partie du jeu.
Tout cela est tellement répétitif et tellement chiant qu’on en vient vite à être tenté par les déplacements rapides…
…Déplacements rapides qui dans certaines circonstances se révèlent même carrément indispensables. Car quand tu viens d’accoster sur une île, que tu la visites et qu’au moment de repartir tu te rends comptes que tu as quatre porte-avions espagnols qui te collent littéralement à dix mètres en attendant que tu montes à bord pour te couler par le fond, tu n’as juste pas d’alternative : c’est la téléportation ou la mort.
En d’autres mots cette aventure en bateau c’est encore une phase bossée à moitié.
…Une phase où on t’explique encore les choses en décalage et parfois même pas du tout.
…Une phase où tu sens qu’il y a un potentiel mais qu’on n’a pas pris la peine de creuser.
A croire qu’avec ce « Black Flag » il faut juste savoir se contenter de l’apparence
Et franchement c’est quand même abusé.

C’est abusé parce que c’est triste.
Parce que c’est frustrant.
Passée une première phase de colère aiguë – dont il découla initialement une première critique acerbe agrémentée d’un lapidaire 2/10 – j’ai fini petit à petit par amender mon jugement tout en apprenant à faire la part des choses.
OK le jeu est inintéressant au possible, mais il n’en reste pas moins très beau.
OK se balader en mer n’apporte rien, mais il suffit parfois de surprendre une bataille dantesque entre imposants vaisseaux (ou bien tout simplement d’entendre entonné des chants d’équipages) pour qu’une impression d’aventure nous saisisse…
Et comme l’air de rien j’ai tout de même fini par y passer une bonne quarantaine d’heures sur ce titre, force me dois-je de constater que, l’un dans l’autre, « Black Flag » est parvenu à offrir une équation vidéoludique pas si honteuse que ça…

Seulement voilà – et je ne peux pas m’en empêcher – mais ce jeu m’agace.
Il m’agace parce qu’il a trop de qualités pour ne se contenter de n’être que… ça.
Qu’on se bouffe pendant quarante heures sans cesse les mêmes phases à base de collectes d’œufs de Pâques et de filature / infiltration / assassinat, ce n’est pas normal.
Et que ces phases n’aient pratiquement pas bougé d’un iota depuis « Assassin’s Creed II » – pourtant antérieur de quatre épisodes – c’est juste du foutage de gueule.
Parce que ce n’est pas comme si les problèmes rencontrés ici étaient nouveaux.
Les combats d’une balourdise sans nom, les IA aux fraises et la répétitivité des missions c’était déjà des problèmes connus dans le II.
Seulement voilà, ni dans le II bis, ni dans le II ter, ni dans le III, on a cherché à les corriger.
A coté de ça on a préféré détourner l’attention avec des ajouts certes prometteurs mais jamais creusés.
Les tours à prendre et les maisons de guildes à développer dans « Brotherhood », les combats en bateau dans l’épisode III, l’exploration par navigation dans ce « Black Flag »…
Rien de consistant. Rien d’ailleurs de difficile…
Tout se fait lissement. C’est juste des gadgets qui ne sont là que pour justifier le nouveau lieu proposé.
Des gadgets tellement encombrants que ce n’est qu’en m’en éloignant le plus possible que j’ai pu prendre du plaisir à ce titre.
Oui, c’est fou, mais c’est bien ce que j’ai dit : « Black Flag » n’a su être pour moi un bon jeu qu’à condition que je ne le joue pas.

N’y a-t-il pas pire constat à faire à propos d’un jeu, franchement ?
Que vaut un jeu dont le principal problème est justement « le jeu » ?
Et l’air de rien j’ai l’impression qu’en cela ce « Black Flag » préfigure tout le problème qu’on est en droit de voir dans les « Assassin’s Creed » actuels.
Les « Assassin’s Creed » peinent à être des jeux.
Et même pour quelqu’un comme moi qui, en allant vers ce « Black Flag », n’attendait pas de révolution mais juste un terrain de jeu à taille humaine, ce titre n’a même pas été en mesure de satisfaire mon attente pourtant basique.
J’attendais juste un terrain de jeu et au final, dans les faits, je n’ai eu qu’un terrain.
...Un terrain qu'à aucun moment le jeu n'a su investir, en témoigneraient presque ces vignettes historiques qui popent parfois par surprise et qui nous rappellent que « euh... Au fait... Ce bâtiment qu'on vient de traverser à l'arrache là. Il existe vraiment en fait. »
Pfff mais putain... Non mais même ça – qui est pourtant la force des premiers opus – ils sont parvenus à le louper...

À bien tout considérer, avec ce « Black Flag », Ubisoft ne nous a pas servi un nouveau jeu en monde-ouvert, il s’est juste contenté de nous servir un monde-ouvert nouveau dans lequel il a laissé traîner de vieilles breloques ludiques.
Et franchement – rien qu’en disant ça – je me dis que je suis quand même vraiment sympa de lui accorder la moyenne.
Mais bon – que voulez-vous – le souci de cohérence avec mes autres critiques a fini par l’emporter. Je ne pouvais clairement pas mettre à ce « Black Flag » la même note qu’à « Red Dead Redemption II » ou à « Death Stranding » alors que j’ai fini par abandonner ces derniers en route et pas cet « Assassin’s Creed » là..
Mais bon, en pensant ainsi j’ai l’impression de tomber dans un piège.
Ce piège qui consiste à dire qu’au final un jeu comme ça, ça passe, alors qu’à bien y réfléchir cette saga se fout quand même bien de notre gueule, épisode après épisode.
Non. Un truc comme ça, ça ne devrait pas passer.
Un truc comme ça, ça ne PASSE pas.
...Parce qu’après tout, nous aussi on a le droit de dire : « Ouais bon ça va oooh »...

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