Laissons place à l'unité

Avis sur Assassin's Creed: Unity sur PC

Avatar Robin Masters
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Version PC

Paris, ville lumière. La Tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, le Parc des Princes, la Tour Montparnasse, le Sacré-Cœur, que de jolis lieux qui n’étaient pas là en 1789, époque où prend place Assassin’s Creed Unity.

Les amateurs d’Assassin’s Creed en rêvaient depuis le second opus, soit plusieurs années déjà. Ubisoft l’a fait, l’éditeur a placé l’histoire des Assassins opposés aux Templiers à l’époque de la Révolution Française, en plein Paris. Pour cela, les développeurs ont placé la mise en avant du jeu autour du plus grand monument de l’époque, le plus vendeur, le plus french touch: la cathédrale Notre-Dame de Paris. Un aspect sexy, international, qui séduit immédiatement et attire l’œil. Plusieurs nouveautés sont également présentées et relayées largement: les bâtiments ouverts, le mode discrétion, l’arrivée du coopératif et la reconstitution de Paris à l’échelle 1:1, c’est-à-dire grandeur nature.

Dans les faits, la ville de Paris est reconstituée de manière assez fidèle, à l’échelle convenue, mais avec quelques libertés et surtout de grosses parties de la ville manquantes. Un choix justifié car les quartiers «oubliés» ne représentaient pas réellement la ville, son cœur névralgique étant les quartiers centraux et notamment les îles. On ne peut cependant que saluer le travail de reproduction ultra complet, qu’il s’agisse des rues, des catacombes, des égouts sans oublier les toits de la capitale. On reconnaît immédiatement le style architectural typique de Paris, des lieux connus, et tant pis pour les anachronismes, même s’ils sont assumés. Si les premières séquences se déroulent en 1789, le véritable commencement de l’aventure prend place en 1791. On trouve à cette époque-là la prison de la Bastille encore debout (pourtant démolie en 1789), les plaques de rue émaillées (qui ne sont apparues qu’en 1847), l’inscription sur le Panthéon «Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante» (finalisée en 1793) et on peut même entendre la Marseillaise chantée, pourtant rédigée en 1792 et devenue hymne national en 1795. Ces quelques erreurs, Ubisoft les justifie en expliquant vouloir retranscrire une époque, une ambiance plutôt que des faits avérés. Il en est de même pour les différents personnages que notre héros croisera: Robespierre ou Mirabeau n’ont pas forcément été mêlés à la cause des Templiers ou autre, les scénaristes ont simplement utilisé les trous dans leur histoire pour imaginer ce qui a pu s’y passer.

Un bon appart dans le XVIe

Le contexte, l’immersion, le background, nous le savons, demeure la grande force de chaque Assassin’s Creed réussi. Là se trouve toute la nuance. Le background fut bâclé dans AC: Revelations et ACIII, mais globalement très réussi dans le second opus ou Black Flag, les volets les plus appréciés des joueurs. Pour AC Unity, la confrérie des Assassins et leur crédo se prête parfaitement à l’époque, on croise de plus de nombreux personnages plus ou moins connus, distillés de manière intelligente, et vraiment très bien reproduits. Une connaissance de l’Histoire de France même minime suffit à reconnaître Louis XVI, Bonaparte, Danton, Lavoisier, Marie Tussaud ou le Marquis de Sade. Sur fond de révolte populaire et d’écart abyssal entre les classes sociales, l’aventure d’AC Unity permet aux joueurs de constater les privilèges des uns opposés à la pauvreté des autres. Cette immersion est aidée par une belle reproduction de Paris, permettant de passer des quartiers huppés aux faubourgs crasseux et boueux, plus bondés, le tout aidé par une direction artistique magistrale.

Cette qualité de modélisation du jeu est due en grande partie à un véritable saut graphique et technique d’Assassin’s Creed. On attaque ici la partie qui fâche, celle qui ne devrait être que l’habillage du jeu et non pas la cause de toutes les polémiques. Techniquement, AC Unity est à la ramasse. Les mots sont pesés, les faits avérés, une config entrant dans les critères drastiques selon Ubisoft ne peut faire tourner le jeu correctement. Un processeur quad-core cadencé à 3,3 Ghz, avec une carte graphique nVidia (partenaire exclusif du jeu!) avec 2 Go de VRAM, 12 Go de DDR3, le tout sous Windows 7 64 bits peine à lancer le jeu avec les paramètres par défaut, mélange de high et medium, l’anticrénelage au plus bas tout comme la gestion des ombres ou l’occlusion ambiante. Mieux encore, en passant par le panneau nVidia GeForce Experience, il est conseillé de baisser la résolution en 1360x765, toutes les options en faible ou désactivé. Radical.

En jeu, une catastrophe. Les premiers instants ruinent tout plaisir de découverte: saccades permanentes, freezes de plusieurs secondes, distance d’affichage à vomir, l’optimisation globale est clairement à chier. En jonglant un peu avec les options graphiques, on parvient à un résultat tout juste honorable. D’un jeu impossible à jouer, on passe à une expérience plus intéressante, des ralentissements plus rares mais avec les freezes. Pour limiter les risques et ne pas nous rappeler la douloureuse entrée en scène de Watch Dogs, les détails ne sont appliqués qu’à l’environnement proche. Au pied de Notre-Dame par exemple, on admire les yeux ébahis la somptueuse bâtisse, on grimpe à son sommet pour profiter de la vue, le charme retombe quasiment aussitôt, car au-delà d’une distance moyenne, les textures sont simplistes et baveuses, de quoi gâcher chaque synchronisation. Par la suite, Ubisoft a corrigé plusieurs fois le jeu, améliorant son optimisation, le résultat est plutôt convaincant: freezes disparus, de légères latences, assez rares et la possibilité de remonter ses options graphiques sans souffrir. Un moindre mal, AC Unity devient jouable trois semaines après sa sortie, un gros loupé de la part d’Ubisoft qui a pourtant déjà vécu cette expérience avec Watch Dogs…

Arno, clément

Le joueur entre dans la peau d’Arno, un jeune garçon aisé insolent (coucou Ezio Auditore), ayant perdu son père très jeune et devant vivre avec le poids de la mort de son père et celle de son mentor. Accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, il passe plusieurs mois en prison à la Bastille avant de profiter des événements d’un certain 14 juillet pour s’échapper en compagnie d’un personnage assez mystérieux, membre de la confrérie des Assassins. Arno rejoindra ce crédo dans la foulée afin de découvrir les meurtriers de son père. Adhérant pleinement à la cause, sa quête va le mener dans tout Paris auprès de personnalités de l’époque dans des missions nombreuses et variées. Le côté Abstergo, monde réel et actuel est désormais quasiment zappé, le joueur se contentant d’être un «joueur» aidé par des pirates anti-Abstergo qui jouent avec les serveurs pour éviter la récolte d’informations à son insu. Peu intéressant et tant mieux car on ne subit ces événements que peu souvent.

Si les mécanismes n’ont pas réellement bougé, la palette de mouvements d’Arno s’étoffe par un mode discrétion manuel et la possibilité de se planquer derrière un muret ou de se plaquer contre un mur. Cela renforce l’infiltration, davantage mise en avant et conseillée pour ne pas se retrouver dans des situations très compliquées. La difficulté des combats a été revue à la hausse, demandant plus de concentration: il faut appuyer sur le bouton au bon moment pour parer une attaque, les ennemis n’hésitent d’ailleurs plus à vous attaquer à plusieurs en même temps. Le rythme se voit d’ailleurs un peu chamboulé, il faudra parfois user et tuer petit à petit un ennemi tandis qu’il suffira par moment d’attaquer au bon moment pour l’achever en un tranchage de gorge direct. Les toits sont moins peuplés d’ennemis et ces derniers se souviennent de vous. S’il y a la garde royale qu’il ne faut jamais trop embêter, on affronte également très souvent des templiers, des bandits qui n’aiment pas trop vous croiser dans la rue. Le parkour subit quelques changements, se divisant en deux catégories: le parkour haut, qui voit Arno grimper automatiquement ou sauter d’un bâtiment à l’autre, le parkour bas permet d’en redescendre très facilement, Arno trouvant tout seul les points d’accroches pour ne pas tomber de trop haut.

Paris martyrisé ! Mais Paris, libéré !

Avec une durée de vie tout à fait honorable, AC Unity parviendra à tenir le joueur en haleine très longtemps et plaira aux amateurs du 100%. Les activités annexes ne manquent pas: coffres à récupérer (parfois via un système le de crochetage demandant de l’habileté), journaux à lire, cocardes à ramasser, artefacts, énigmes de Nostradamus, missions en coopératif, missions secondaires ou encore la gestion d’un café-théâtre assez complète, synonyme de QG, de musée, de rentrée d’argent et de missions originales. Tous ces ajouts rallongent considérablement la durée de vie du soft. Un travail titanesque d’exploration attend le joueur, c’en est parfois presque décourageant. Ajoutons à cela la personnalisation du héros ultra complète, permettant de choisir vêtements et couleurs de la capuche aux bottes.

Toutefois, malgré le travail d’immersion remarquable et la quantité de choses à faire, cet Assassin’s Creed Unity laisse au joueur un sentiment très mitigé, entre le manque de nouveautés concrètes et l’impression de déjà-vu. Les grands pans de l’Histoire sont parcourus sans entrer réellement dans le sujet, on se sent parfois plus témoin qu’acteur de ces événements alors qu’il s’agit pourtant d’un passage de l’Histoire de France décisif. On regrette également l’IA des ennemis encore à la ramasse, la facilité déconcertante de certains passages et les temps de chargement beaucoup, beaucoup trop longs. Le cycle jour/nuit manque de profondeur si bien qu’on a simplement l’impression que le temps est nuageux alors qu’on est au cœur de la nuit, même s’il y a autant de monde dans la rue qu’en journée.

Au final, Assassin’s Creed Unity s’avère être un jeu très réussi, mais loin d’être addictif comme l’ont été les opus précédents. Graphiquement inégal, techniquement tout juste à point, avec une IA perfectible et des temps de chargements interminables, le jeu se rattrape avec une reproduction de Paris assez incroyable, un contenu immense et une infiltration bien amenée. Plaisant donc, à la hauteur des prévisions même si c’est finalement l’imprévu qui aura ruiné son lancement.

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