Théatral

Avis sur Final Fantasy VI sur Super Nintendo

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Version Super Nintendo

Attention, peut contenir quelques spoils.

Final Fantasy VI n'est pas un jeu comme un autre, ni même un JRPG comme un autre, ce n'est pas un jeu qui suit des codes classiques de construction narrative, ce n'est pas non plus un jeu que l'on retiendra pour des mécanismes de gameplay particulièrement jouissives, ni même pour une trame scénaristique complexe, qui te met sur le cul à plusieurs reprises, qui est ce qui se fait de mieux dans le milieu. Final Fantasy VI c'est avant tout une manière de faire. Une manière de raconter, une manière de mettre en scène situations et personnages, une manière de pousser l'implication émotionnelle du joueur. C'est simplement un jeu qui a une manière bien à lui de couper le souffle. Un jeu qui te fait sentir de manière habile, mais étrange, dans une véritable oeuvre théatrale.

C'est, tout abord, très certainement le jeu qui arrive le plus à jongler, même jouer, avec les émotions. Le travail sur l'ecriture est remarquable, la frontière entre le comique est le tragique est incroyablement mince, à tel point qu'au sein d'une même séquence on peut ressentir l'un, l'autre, voire même les deux simultanément. Une habileté étonnante, loin d'être commune, qui caractérise complètement la nature de l'aventure. Et la variété exceptionnelle des situations du jeu ne va pas me contredire, je pourrais citer par exemple le passage du Train Fantôme ou de l'Opéra, qui l'un comme l'autre ont réussi à me faire rire car complètement burlesques et originaux, mais qui au fond m'ont fait ressentir une profonde mélancolie (notamment le Train Fantôme, dans ce cas). Les personnages, protagonistes comme antagonistes, sont d'ailleurs taillés pour cette idée.

Du côté des protagonistes, Terra ou Celes qui sont vecteur de mélancolie, deux personnages plutôt tragiques, cohabitent avec un Sabin ou un Gau qui eux prêtent clairement, la plupart du temps, à sourire, voire à s'esclaffer, tout en ayant droit eux même à leurs moments bien plus tristes. Je pourrais faire de même avec tous les protagonistes (notamment sur Shadow, un des plus réussis), tant le casting est réussi, et tant la mise en scène autour de chacun d'eux véhicule une puissance émotionnelle absolument épatante.

Du côté des antagonistes le constat est encore plus frappant, car on pourrait le résumer à un seul personnage. Kefka. Je me suis esclaffé avec Kefka, je me suis moqué de Kefka, en retour, tout en me riant au nez constamment, il m'a fait comprendre la définition de tragédie, en fauchant tout sur son passage, en détruisant la vie, l'espoir, les rêves, et même le monde, toujours le sourire aux lèvres de son sprite 2D. Alors non, Kefka ce n'est pas le bad guy classique méchant sans aucune profondeur, alors qu'au fond ce n'est qu'un personnage qui détruit par plaisir, pour s'amuser, comme beaucoup de méchants dans tous médias. Encore une fois c'est la manière de raconter et de mettre en scène qui fait passer Kefka d'un ersatz du Joker à un personnage profondément fascinant, et ce encore bien plus que cela dans la dernière partie du jeu, son ascension étant théâtralement bouleversante, à l'image de la totalité de l'aventure. Une ascension qui se conclue de manière époustouflante, la dernière heure de jeu mélant peur, inspiration religieuse, fascination, et une énorme dose d'épique. Le thème de Kefka, et Dancing Mad résument à eux deux tout ce que j'essaye de décrire.

Car quoi de mieux pour véhiculer une émotion qu'une musique? L'OST de Final Fantasy VI est un chef d'oeuvre de bout en bout, un réel sans fautes s'adaptant à toute situation et à tout lieu. Uematsu a fait un travail titanesque, a réussi à transcender chaque instant. Cela ne s'arrête pas à l'incroyable Dancing Mad (qui reste à mes yeux la meilleure piste du jeu). Chaque personnage a un thême qui lui colle à merveille, Shadow le bienfaiteur mystérieux, Edgar et Sabin les fréres royaux ou encore Cyan le brave samuraï. Évidemment ces musiques subliment à merveille les passages impliquant ces personnages.

Au fond qu'est-ce que Final Fantasy VI sinon une véritable tragicomédie? Une pièce de théatre où le joueur est simultanément acteur et spectateur, où il rit à gorge déployée et frissonne de tristesse la seconde d'après, où il passe d'espoir au desespoir, de contemplation à action, de joie à haine, sans, presque la moindre transition? Un réel chef d'oeuvre qui a des années d'avance sur la majorité des jeux actuels, un jeu qui a 19 ans mais qui est profondément moderne, un jeu paradoxal, merveilleusement paradoxal, qui en quelques dizaines d'heures fait ressentir au joueur à peu près tout ce qu'il pourrait esperer. La synthèse de la réussite.

PS: Le système de combat est plutôt très intéressant.

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