Syndrome post-chromatique

Avis sur GRIS sur Nintendo Switch

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Version Nintendo Switch

L'entreprise Devolver Digital, fondée en 2009, est l'un des piliers de l'édition de jeux vidéo indépendants. La renommée qu'ils possèdent leur vient de jeux comme les Hotline Miami ou Enter the Gungeon, qui ont rencontré un succès aussi bien critique que commercial. La firme est aussi connue pour son humour extrêmement décalé (notamment lors de leurs conférences à l'E3), humour qui se retrouve d'ailleurs dans la plupart des jeux qu'ils éditent. Néanmoins, il leur arrive de produire des jeux à portée philosophique (The Talos Principle), d'autres se voulant plutôt horrifiques (Stories Untold) ou bien à l'ambiance plus poétique, comme le sujet de cet article, Gris.

Gris est donc un jeu de plateforme développé par Nomada Studio, édité par Devolver Digital et paru le 13 décembre 2018. Premier jeu du studio, il nous raconte l'histoire de Gris, une jeune fille perdue dans un monde qu'elle a elle-même créé à la suite d'une expérience qui a violemment impacté sa vie. Le but de son périple sera de restaurer les couleurs de cet univers, tout en débloquant de nouvelles capacités. Gris est disponible sur PC (Steam, GOG) et sur Nintendo Switch.

Une direction artistique fabuleuse, douce et colorée

Ce que la majorité des personnes retiendra en premier lieu après avoir joué à Gris, c'est l'esthétique unique du jeu. Derrière celle-ci se trouve l'artiste espagnol Conrad Roset, qui réalise ici le travail le plus important de sa carrière en s'inspirant notamment du jeu contemplatif Journey, reconnu pour ses plans d'une beauté unique en leur genre. Nous retrouvons ainsi dans le jeu des zones possédant toutes une ambiance différente, que ce soit un désert de sable rouge ou bien un passage sous-marin. Malgré cette diversification, le jeu reste extrêmement cohérent artistiquement, jouant avec les couleurs pour toujours rester chatoyant et doux à la fois. Personnellement, cette direction artistique doit faire partie de mes préférées tous jeux vidéo confondus, et le passage de la forêt doit être celui qui m'a le plus plu sur le plan esthétique. Il est aussi possible de parler des animations, qui sont à l'image du jeu : fluides et superbement exécutées. Que ce soit celles des plateformes mouvantes, celles des créatures qui ponctuent l'aventure ou même celles contenues dans les deux cinématiques, les animations font elles aussi partie des plus grosses qualités du jeu.

Un gameplay simple et très efficace

Comme dit plus haut, il s'agit d'un jeu de plateforme. Cependant, on y retrouve aussi des énigmes à résoudre, utilisant en général les capacités que l'on débloque au cours du jeu. Ces énigmes ne posent pas vraiment de difficulté, ce qui pourra donc décevoir les habitués de ce genre. Les capacités, quant à elles, apportent une variété non négligeable au gameplay, qui parvient ainsi à se renouveler convenablement tout le long de sa courte durée de vie (qui est de 3-4h environ). Mon niveau préféré est la partie se passant sous l'eau, car les déplacements y sont encore plus fluides, rendant l'expérience d'autant plus agréable. Le jeu possède aussi des phases de fuite, peu nombreuses, où il faudra échapper à divers immenses animaux. L'une des caractéristiques de Gris est aussi le fait que l'on ne puisse pas mourir. En effet, chaque chute vous mènera uniquement à une plateforme située plus bas, car les développeurs ne souhaitaient pas que les joueurs ressentent une quelconque frustration au cours du jeu. Enfin, je soulignerai un léger bémol à propos des secrets présents dans le jeu, qui n'ont valeur ici que d'objets à collecter, sans débloquer de nouveaux passages annexes ou tout autre forme de contenu.

Une histoire tragique contée par une narration visuelle

Gris, à l'inverse de jeux narratifs tels que What Remains of Edith Finch ou The Last of Us, n'utilise pas de dialogue ni même une seule ligne de texte. En effet, la narration se fonde ici sur les images et les symboles que l'on rencontre au fil du jeu, formant à la fin une histoire que chacun est libre d'interpréter comme il le souhaite. La progression s'effectue par les couleurs à retrouver (au nombre de quatre), et le jeu s'articule tout autour de cela. Ce concept est appelé narration visuelle, et on peut d'ailleurs le retrouver dans d'autres jeux du même genre, comme Inside (qui a inspiré Gris) ou Gorogoa. Cette narration est portée par la bande-son composée par Berlinist, qui accompagne merveilleusement bien le jeu avec ses airs mélancoliques, et dont mes morceaux préférés sont Perseverance et Gris (partie 1 et 2). Ainsi, le jeu se révèle très touchant à certaines scènes, notamment vers la fin, et toutes les émotions qu'il nous fait ressentir forment l'une de ses principales qualités : une narration maîtrisée et puissante malgré le fait qu'elle n'utilise aucun mot.

En conclusion, Gris a été une expérience courte mais mémorable de par sa narration et son esthétique. Malgré un gameplay qui paraîtra peut-être simpliste aux yeux de certains, il est pour moi l'un des meilleurs jeux sortis l'année passée. En plus de tous les jeux que j'ai pu citer ci-dessus, je recommande dans le même genre Forgotten Anne et Darq (qui sortira au milieu de l'année 2019), deux jeux très différents l'un de l'autre mais utilisant certaines mécaniques proches de celles de Gris.

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