Mo' money, mo' problem$

Avis sur NBA 2K18 sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Au moment de ma vie, vers le milieu des années 2000, quand je délaissai la licence NBA Live pour 2K, j'avais pleinement conscience du pourquoi du comment. Le passage de l'arcade à la simu, la restitution de plus en plus fidèle du comportement ballon en main, la précision chirurgicale de la motion capture des joueurs, les arguments apparaissaient devant mes yeux comme autant de filoches enflammés par le chef Curry en saison régulière.
A l'orée de la mouture 2K19, annoncée en grande pompe (à fric lol) et à grands coups de LeBron, Travis Scott et de packs collector à 100 boules, les raisons de départ de la EA Team à l'époque en pleine descente aux enfers sont de moins en moins évidentes.

La faute à qui? A quoi?

Aux méchants Warriors qui viennent botter des culs chaque saison et qui viennent de souffler DeMarcus Cousins au nez et à la barbe de 29 franchises, enterrant définitivement le reliquat de suspens pour la saison à venir? Ne soyez pas aigris, ce n'est pas la raison.

La faute au retour d'un contenu innovant chez la concurrence? N'y pensez même pas, NBA Live reste et restera du basket sans être vraiment du basket.

Non, la déchéance de cette franchise s'articule autour d'un Big Three bien plus malicieux. Ce genre d'association Don Nelson-ienne pour têtes brûlées, ce genre de prise de position qui fait passer les 72 millions gracieusement offerts à Noah sur 4 ans comme l'affaire de la décennie, ce genre de malédiction pernicieuse qui fait passer les Cavs d'une équipe qui perd en finale à une équipe qui perd tout court.

En bref, grâce à un triptyque d'exception pay to win, bugs et mode carrière d'enculés, la licence 2K embrasse l'ère sombre actuelle du jeu vidéo en tant que service comme s'il s'agissait d'un vieil ami attendu depuis de longues années, et j'ai mal à ma NBA.

Arrière : Le syndome Ronnie 2K

Ronnie, vous connaissez? Mais si, c'est ce chef de projet chez 2K! Ce même mec qui défend avec ardeur et à qui l'on doit l'introduction massive et intrusive du système de monnaie virtuelle VC dans le jeu. Eh bien, figurez vous que derrière son air angélique à la Jamaal Murray pakistanais, se cache en réalité un ignoble traître mais également un lâche comme sa petite taille le laisse deviner, si bien que même les créateurs de Game of Zones l'égratignent.

Un insta mange-merde de première catégorie qui soutient par ailleurs l'immonde politique menée par Take Two - 2K. L'éditeur défend ainsi publiquement l'idée selon laquelle le jeu en tant que service est la norme et que le joueur dit "gratuit" malgré son investissement initial de 60€ est irrécupérable car profiteur par nature.

Joignant l'acte à la parole, c'est donc un jeu taillé pour le chauffage d'American Express et l'escroquerie en bande organisée à la manière des arrivées de Dwight Howard/Steve Nash aux Lakers que constitue cette version 2018 tant l'achat intégré est présent au détour de chaque menu.
Faire progresser son joueur, le personnaliser, les cartes de MyTeam, la récupération d'énergie, la customisation de tout et n'importe quoi, TOUT, absolument TOUT nécessite de dépenser des VC gagnés au compte-goutte mais à la sueur de notre front, un peu comme ces Milwaukee Bucks qui cravachent mais demeurent une équipe de seconde zone saison après saison.

Ailier (très très fort) : Les bugs

Point de comparaison basketballistique de ce côté puisque c'est à nos collègues footeux de FIFA/PES à qui l'on fait les yeux doux. Eux mêmes qui chaque année, ont l'immense joie de voir des failles de gameplay béantes disparaître pour en voir apparaître de nouvelles, tout aussi redoutables.

N'ayons crainte de l'affirmer, NBA2K a atteint les sommets. Oui, mais NBA2K a atteint les sommets trop vite, au risque de ne plus être en capacité de s'améliorer, de se réinventer. Le mur qui se rapprochait dangereusement depuis l'édition 2016 est percuté de plein fouet, laissant derrière l'impact des bugs et failles innombrables, parmi lesquels (liste non exhaustive) :

  • Une gestion des rebonds, notamment offensifs désastreuse avec des meneurs tout à fait capables de venir s'imposer au milieu d'une raquette velue de type Detroit Pistons 2004.
  • Un système de pick & roll toujours aussi intuitif mais devenu cheaté
  • Un système interceptions/pertes de balle au petit bonheur la chance. Ainsi, tenter l'interception sur un joueur sur une prise à deux entraînera dans 90% des cas une faute alors que laisser le joueur adverse se télescoper dans une affreuse collision de pixels que le moteur Frostbite n'aurait pas renié constitue votre meilleure chance de steal.
  • Un indicateur de pression du tireur à la ramasse qui peut donner lieu à des miracles Ray Alleniens comme à des briques André Drumondiennes indépendamment du tireur ou de sa position de shoot.
  • De même, votre adresse sur plusieurs matches avec la même équipe fluctuera du tout au tout en fonction de l'alignement astral, de la météo du jour ou encore de la présence ou non de Drake au premier rang des gradins.
  • Les alley hoops sont froissés avec au choix un déplacement foireux du destinataire de la passe, une prise de balle de poussin première année, un raté fracassant alors que le mec est 40cm au dessus du cercle ou un 360 windmill posté sur une défense entière dans une animation aussi scriptée que le coaching de Mike D'Antoni aux Rockets. Bref, c'est la cour des miracles de côté là.

Le rdv est pris le mois prochain pour connaitre les nouveaux attentats au basket perpétrés dans la mouture 2K19.

Intérieur : La meuf asiat' de MyCareer

Grâce à un travail de sape tout au long de la saison, la gourdasse officielle (mais naaan, pas Rachel Demita voyons!) du jeu se hisse dans ce Big Three d’immondices tant elle synthétise à merveille la "direction" prise par le mode devenu phare du jeu.

Reprenons l'histoire. Vous êtes DJ, un ... DJ et accessoirement ancien basketteur souhaitant relancer sa carrière et viser la NBA. Et comme dans la vraie vie, cette opportunité vous sera offerte après avoir participé à un tournoi de street en compagnie de parfait anonymes.
Puisque c'est bien connu que les scouts NBA ont pour principal terrain de recrutement les playgrounds de rue, vous voici donc propulsé au sein de l'équipe de votre choix qui souhaite vous signer à l'issue du tournoi, peu importe vos performances (how convenient!) et vous offre les clés de la baraque au bout d'un mois et demi. Malgré vos performances, vous serez par contre traité comme un sombre rookie tout au long de la saison, interminable par ailleurs tant le jeu déployé par l'IA adverse comme alliée est stéréotypé. Tous les matches se ressemblent affreusement et sur une saison d'au moins 82 matches, ça tue.

Du reste, la carrière est inondée d'obstacles dont la colloc' asiat du personnage en est le meilleur exemple car le plus invasif et le plus aberrant. Les cinématiques sont interminables et non passables car il faut bien caser du placement produit partout. Censé donner un aperçu d'un quotidien de NBAer, le mode est en réalité un ramassis de clichés entre sorties pêche avec Paul George et l'imbécile of the year LaVar Ball vous envoyant des messages haineux, heureusement restés sans réponse dans ma partie.

A l'arrivée sur le playground au terme d'une longue marche dans le nouveau hub, The Neighborhood complètement naze au demeurant, ce qui frappe au yeux est la présence dès sortie du jeu d’innombrables joueurs à la note avoisinant déjà les 100, preuve que le rabattage putassier de 2K fonctionne à plein régime.

Peu de fond de jeu au programme, la technique de l'essuie classe en tête de raquette appuyé par 2 poseurs d'écrans de 2m34 fait des ravages. D'ailleurs cette année, la personnalisation de maillots (hors de prix évidemment) laisse apparaître une légion de PSG, Big Baller Brand ou CR7, ce qui en dit long sur le public appâté. Toutes les fantaisies sont également possibles au niveau du poste de votre joueur, cet opus favorisant clairement les pivots défenseurs shooteurs ou les meneurs dunkeurs supersoniques, voire les arrières forts contreurs scoreurs ascendant rebondeurs efficaces pour les plus audacieux.

Les bons points

Malgré cette débauche des équipes de développement pour le faire ressembler leur licence à une farce aussi pitoyable que les Sacramento Kings, 2K dispose d'une chance et d'un capital sympathie semblable à nul autre jeu de sport hormis FIFA.

Se reposant sur une base de gameplay malgré tout saine et améliorée au fil des ans, NBA2K reste encore la meilleure simulation de basket sur le marché. La marge de progression est toujours aussi énorme entre le noob et le génie, les matches 5v5 en ligne (malgré une latence inacceptable en 2018) donnent toujours autant de frissons, le mode ProAm reste vraiment fun à condition d'avoir 4 amis sous la main ou un bot qui joue pivot grand max.
L'ajout totalement inaperçu des équipes All Time au détriment de celles d'Euroligue est une bonne nouvelle au final.

Mais ces points ne constituent que la continuité de la tradition d'excellence instiguée par les prédécesseurs et non de réelles upgrades.

En gros, ça se repose sur ses lauriers.

En gros, NBA2K18 m'aura fait payer pour un contenu que j'étais en droit d'attendre et souhaite me faire repasser à la caisse pour chaque autre point que j'aimerais voir.

Mais le basket, comme tout autre sport, se joue à l'effort et non à coups de VC. Et ériger en institution le principe selon lequel l'argent résout les problèmes d'un joueur est une morale bien cynique mais également complètement vicieuse, un peu comme un coup de pied dans les balloches de Draymond Green.

If you love NBA basketball, fuck Ronnie 2K.

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