Pourquoi il faut jouer à Nier : Automata.

Avis sur NieR: Automata sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Ce texte s'adresse avant tout à la joueuse ou au joueur hésitant devant une œuvre assez floue de prime abord.
Le taux de spoiler est léger dans la mesure où beaucoup connaissent la structure du jeu sans y avoir touché.

Que vaut Nier : Automata en 2020?

Pour répondre à cette question, nous allons remonter à la fin des années 2000. Le jeu vidéo japonais se débat alors avec les premières consoles haute définition et peine à imiter une production occidentale techniquement en avance et qui est en train de définir la décennie suivante.
Pendant qu'un studio nommé From Software crée une niche qui influencera tout le monde quelques années plus tard, le jeu vidéo japonais est dans un coma créatif.
Ellipse et oublis volontaires de ma part, nous voici en 2017. Cette année est considérée comme une des plus importantes pour le média et marque avant tout un retour en force du jeu nippon avec des projets plus modestes mais mieux maîtrisés. On pense à The Legend of Zelda Breath of the Wild, Persona 5 (2016 au Japon, certes), Resident Evil 7 et donc Nier : Automata.

Suite d'un premier épisode culte mais paraît-il un peu bancal, Nier : Automata est un action RPG développé par Platinum Games qui a pris sa casquette d'artisan pour donner vie à la vision de Yoko Taro. Nous sommes donc en face d'un projet particulier, une véritable association de créatifs venus d'univers assez différents. Et Nier : Automata est peut-être le meilleur ambassadeur du renouveau créatif dont je parlais plus haut dans la mesure où il embrasse complètement des thématiques toutes nippones et propose un gameplay héritage de décennies de domination de l'archipel sur le média.

Dans un futur lointain, l'humanité a depuis longtemps été forcée à l'exil sur la Lune après que la Terre ait été attaquée par une race extraterrestre. Ces entités venues d'ailleurs ont utilisé les machines pour prendre possession de la planète bleue. Ne comptant pas en rester là, les humains envoient régulièrement des androïdes combattre sur Terre en vue de récupérer leur précieux habitat.
Le joueur incarne l’androïde 2B accompagné de son équipier 9S.

Au niveau du scénario, on en restera là pour les nouveaux venus.

Question gameplay, on se retrouve dans un action RPG assez classiques. Platinum oblige, le personnage répond au doigt et à l’œil est tout est très fluide et rapide. Malheureusement, les combats n'ont pas la profondeur des autres productions du studio et consistent à matraquer la touche attaque entre deux esquives. Grâce à ce feeling très japonais et un gros travail sur l'animation, le gameplay ne se met jamais en travers du chemin du joueur mais on en ressort pas soufflé comme avec un Bayonetta par exemple.
On retiendra quand même l'amour de Yoko Taro pour les shoot `em up qui a sans doute pousser Platinum Games à créer des combats de boss sous forme véritable bullet hell assez grisants ainsi que de nombreuses séquences en scrolling horizontal qui viennent ponctuer certaines séquences marquantes.

Nos deux androïdes évoluent dans un monde "pas vraiment ouvert", c'est à dire qu'on est face à des zones reliées entre elles par des couloirs au sein d'une seule map. Imaginez un Dark Souls sans le génie de level design. On gagne de l'XP, on loot, on achète des armes, on met notre aventure en pause avec des quêtes secondaires données par des PNJ comme dans tout RPG qui se respecte.

Autant dire que les premières heures de Nier : Automata n'appliquent pas à la lettre les consignes de la "first hour experience" pour passionner le joueur. D'autant plus que la production est modeste visuellement, le jeu a souvent des airs de PS3 dopée.

Et pourtant...

Le design de l'univers post-apocalyptique, les premiers thèmes musicaux, les premiers dialogues avec les machines... Il y a quelque chose qui se dégage de ce jeu, pour le moment difficile à cerner.
Le rythme est soutenu et on se retrouve assez vite devant le générique après un climax jouissif, comme on en voit finalement plus trop dans le jeu vidéo.
Comme vous le savez sans doute, Nier : Automata est un jeu qui propose plusieurs fins et un message invite même le joueur à poursuivre son aventure après le générique. J'aimerais éclaircir cette histoire de fins et insister sur le terme "poursuivre" plutôt que recommencer. Le découpage du jeu porte à confusion.

La deuxième partie du jeu est un New Game + déguisé qui pousse le joueur avec quelques détails et cinématiques inédites. C'est là où il faut s'accrocher un peu. D'une part, refaire quasiment tout le jeu est très rapide et d'autre part on pressent que Yoko Taro se sert de ce NG+ pour ouvrir sur quelque chose de beaucoup plus grand. C'est le cas.

Je ne détaillerai pas davantage le cheminement du jeu. En revanche, je dirais que Nier : Automata m'a refait vivre des moments et des sensations proches de celles de Metal Gear Solid il y a plus de 20 ans. Il partage avec son aîné certains thèmes mais surtout une parfaite compréhension des codes du média pour mieux les retourner. Nier : Automata réussit, comme les plus grandes œuvres japonaises, à rendre universelles des préoccupations de son pays. Tantôt jouissif, tantôt émouvant, drôle, sombre, cryptique et évident, il fait partie des jeux qui transcendent leur média mais n'auraient pas pu être racontées autrement.

Ne vous méprenez pas, il ne faut pas attendre l'ultime moment pour voir la lumière. Cependant c'est une porte qui s'ouvre au rythme de son créateur, une montée en puissance jusqu'à un final qui en a retourné plus d'un dans son jusqu'au boutisme.

Parce qu'il porte en son sein 40 ans de jeu vidéo japonais mais le raconte à sa façon, Nier : Automata est un objet à la fois unique et familier qui vous marquera autant qu'il m'a marqué, du moins je l'espère. Même s'il n'est pas aussi maîtrisé que le sublime Breath of the Wild, il est peut-être le meilleur représentant du phénix vidéoludique japonais avec la série des Souls. Et vue la forme dans laquelle se trouvent les développeurs de l'archipel aujourd'hui, il apparaît comme un catalyseur plus qu'un heureux accident. Le genre d'expérience dont on a envie de discuter même avec ceux qui n'ont jamais tenu une manette entre les mains.

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