Quand d'un passé, (R)ien ne subsiste

Avis sur NieR : Automata sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Prélude scénaristique

Nier Automata prend place dans un futur lointain, méconnaissable et complexe. Les extraterrestres ont débarqué sur Terre avec une armée de robots qui s’en sont pris aux humains. Ces derniers se sont réfugiés sur la Lune afin de mettre en place un groupe d’androïde avec pour mission de reprendre la Terre aux robots et leur chefs. Nous sommes l’androïde 2B, combattante au corps à corps accompagné d’un soutien 9S.

B or not 2B

La force de ce jeu est de développer un scénario complexe, profond avec un questionnement sur l’Homme, le sens de la vie et toute un ensemble de réflexion philosophique. La structure narrative est unique et atypique. En effet la première partie va se dérouler avec 2B, androïde de combat armée de deux sabres. Une fois le jeu terminé, la seconde partie se fait avec 9S, équipier de soutien utilisant en majorité le combat par piratage. La troisième partie se déroule en succession de phase de jeu entre A2, androïde ayant déserté l’équipe Yorha et 9S. Trois parties avec des redondances mais des ajouts non négligeable, un développement plus profond et intelligent de l’histoire ainsi que de ses enjeux.
Le jeu possède cinq fins canoniques absolument splendides qui seront débloquées après avoir terminé le jeu trois fois. De plus, il existe des fins annexes, déblocables tout au long du jeu au nombre de vingt-trois.

The wretched automatons

Oeuvre de science fiction, les robots ont un traitement tout particulier comme les androïdes. Les robots présents sur Terre depuis des années n’ont plus de sens en leur vie. Programmé pour tuer les humains, ils se retrouvent seul sur une planète vide d’humain et donc vide de sens pour eux. Comme dirait Antigoomba dans sa critique, « ce sont des cafetières qui ne font plus de café », elles ne sont que l’ombre de leur passé.
La résultante de cela diffère selon les zones :
- certains se regroupent dans un royaume sous l’égérie d’un roi
- d’autres se développe sur le plan philosophique et deviennent pacifique
- d’autres encore se retrouvent autour du concept de la famille, de la fête
- et enfin une majorité hère sans fin dans ce vaste monde abandonné et délaissé

Les androïdes sont quant à eux animés par une volonté forte de reprendre la Terre à ces robots, GLORY FOR MANKIND ne cesse de répéter des communication de la Lune. Or, plus le jeu va avancer, plus les androïdes vont se découvrir des points communs avec certains robots et ne pas cerner leur rôle. 2B est absolument froide, sans sentiments et ne s’ouvrira qu’au fur et à mesure. 9S sera lui plus innocent et touchant, candide parfois, son évolution et son importance scénaristique ne sont pas en reste.

Le jeu m’a profondément touché dans les thèmes abordés, l’évolution des personnages et surtout certains passages très forts en émotion et en réflexion. Par exemple le souhait de certains robots de ne pas ré-apparaitre dans un autre corps à la destruction du leur car ils perdront leur expérience et sentiments découverts dans ce corps-ci. L’approche du suicide chez un être robotique ou encore l’apprentissage des moeurs des humains sans trier le bon et le mal. Les robots vont reproduire tout en essayant de comprendre des principes comme la famille, la religion ou encore la philosophie. Le personnage de Pascal est absolument génial en terme d’écriture et de design. Il est comme tous les robots, basique, tête ronde inexpressif au possible… Pourtant il est touchant, vraiment touchant par son innocence sur la vie et sur son village pour lequel il donnerait sa vie.

Atypique, unique et prise de risque (spoilers)

Ce sont les trois adjectifs qui peuvent décrire Nier sur son gameplay et sa toute dernière fin. Le jeu n’entre dans aucune catégorie précise. Parfois Beat Them All, parfois Shoot’Em All en 2D verticale ou horizontale avec une sous couche de J-RPG, le jeu n’est pas le meilleur dans tout ces domaines mais suffisamment efficace pour être plaisant. Et quelle surprise lors d’un combat, d’une phase de plateforme que de changer d’angle de caméra ou de style de jeu instantanément sans chargement ou alerte. Ceci permet de ne jamais se lasser du jeu surtout en ajoutant les gameplay unique de chaque personnage. Je n’ai pas souvenir de jeux mélangeant autant les genre sans devenir un four tout ennuyeux et perdu dans son multi-genre. Ici, Nier reste authentique, atypique et surtout unique.
Je parle également de prise de risque pour les éléments évoqués au dessus, mais aussi pour quelque chose d’encore plus osé. Le dernier en date à en avoir fait les frais est MGS V The Phantom Pain avec son final et le 4ème mur. Ici, le quatrième mur est abordé dans la toute fin, mais d’une manière bien plus profonde qu’il ne pourrait le sembler.

Une fois les crédits « battus », le jeu lance un dialogue initié par les deux Pods de 9S et 2B.

« Vous, derrière l’écran, PROVEHITO (mon pseudo), qui jouez à ce jeu,
avez péri à maintes reprises pour arriver aussi loin. Vous avez subi
de nombreuses épreuves et beaucoup souffert. Souhaitez-vous venir en
aide aux plus faibles ? OUI / NON (au choix) En sélectionnant cette
option, vous sauverez l’un de vos semblables dans ce monde. Toutefois,
en échange, vous devrez sacrifier toutes vos données de sauvegarde. »

Le jeu, en toute fin s’adresse directement au joueur, et nous propose contre notre sauvegarde (de 33 heures pour moi) de sauver l’un des nôtres dans le jeu. Ceci peut nous sembler futile mais c’est la pièce majeur du jeu.
Tout au long de Nier, nous avons vu des robots et androïdes qui abordaient la mort d’un angle nouveau comparé à leur situation. En effet, étant des machines, la mort ne représente rien hormis la perte de souvenir et d’expérience. Lorsque 9S meurt au combat au côté de 2B, 9S revient sans se souvenir des actions passées. Ce qui explique la froideur de 2B en début de jeu, blessée de voir mourir ou tuer 9S sans cesse. De ce fait, les robots du village de Pascal préférait la destruction définitive que de perdre leur souvenir, émotion et mémoire.
Nier Automata nous propose la même chose en fin de jeu. Soit d’aider l’un des nôtres, se battre pour une cause pour grande que nous d’une certaine façon et de mourir. Ce qui dans l’absolu est une idée louable et qu’on ne peut pas refuser. Or, si on le fait, nous perdons toute nos données, notre sauvegarde et donc nos souvenir du jeu en poussant l’idée au maximum. On se retrouve à la place de 2B, 9S, Pascal… La prise de conscience est violente, tout comme la prise de risque de la part de Platinium Games. Et c’est un coup de génie.

J’ai donc accepté en laissant un dernier message à la personne qui va récupérer mes données pour l’aider dans son univers. J’ai abandonné 33 heures de jeu et l’ensemble de ma sauvegarde. J’abandonne le jeu pour pousser l’expérience à sa finalité voulue. Et je suis absolument impressionné par cette expérience.

Conclusion :

Dans une vie de joueur, le nombre de jeux achetés, découverts, appréciés et terminés de bout en bout sont nombreux et ne laissent que de pâles souvenirs quelques semaines après les avoir rangés. Pas tous excellents mais pas forcément tous mauvais, le dernier exemple que j’ai en tête est pour ma part Horizon Hero Dawn, un jeu agréable, magnifique que j’ai apprécié parcourir mais qui ne me laissera que peu de souvenirs d’ici quelques temps sur sa technique et ses graphismes fabuleux. Mais dans une vie de joueur, quelques jeux sortent du lot. Pas forcément pour un point particulier comme l’histoire ou encore les graphiques, mais plutôt pour un ensemble d’éléments, une alchimie qui nous touche et nous marque.
Pour ma part, en écrivant cette critique, deux jeux me viennent à l’esprit. Bioshock Infinite qui cumule toutes les qualités pour en faire mon jeux préférés. Et le second qui contient des défauts importants mais qui m’a tout de même marqué au fer rouge, Metal Gear Solid V The Phantom Pain. Seul le jeu d’Irrationnel Game à la note maximale, contrairement au jeu de Kojima qui non sans défaut, mérite une note plus modeste. Mais l’expérience proposée par ces deux jeux m’a procuré des sensations rares et surtout une profondeur assez folle.
Nier Automata se trouve dans cette seconde catégorie de jeu pour moi, coup de coeur. C’est un chef d’oeuvre d’une profondeur rare. Une profondeur seulement effleurée car après trente trois heures de jeu et onze fins faites (dont les plus importantes ABCDE), je n’ai fait que cinquante et un pourcents des quêtes secondaires et je n’ai aucune référence du premier volet qui est à l’instant où je tape ces mots encore sous blister sur mon étagère.

2B et 9S sont deux androïdes d’un jeu vidéo, pourtant ils m’ont touchés.
https://www.youtube.com/watch?v=xYqb-ht2gyY

A lire aussi, la critique d’Antigoomba : https://www.senscritique.com/jeuvideo/Nie_R_Automata/critique/59488972 (attention chef d’oeuvre d’écriture)

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