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Avis sur No Man's Sky sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Après un développement qui ne s’est pas fait sans heurts, No Man’s Sky est enfin disponible dans toutes les bonnes crèmeries, aussi bien sur PS4 que sur PC. Mais que vaut-il vraiment ? Odyssée spatiale spectaculaire ou dérive ennuyeuse et mortelle ? Explorateur courageux bravant les tempêtes d’acides ou pilote sans scrupules minant pour la 68ème fois un gisement d’héridium ? Une seule chose est certaine : No Man’s Sky ne laisse pas les joueurs indifférents, pour le meilleur et pour le pire.

On récapitule le concept en vitesse lumière : No Man’s Sky débute alors que vous êtes écrasé sur une planète inconnue, avec un vaisseau spatial à vos côtés qui ne demande qu’à être réparé. Ni une ni deux, vous prenez votre courage à deux mains et partez explorer la planète en quête des ressources qui serviront à rendre une seconde jeunesse à votre engin (je parle toujours de votre vaisseau). Une fois les moteurs réparés, vous pourrez bien évidemment rester fouiller un peu ou bien prendre le large en dehors de l’atmosphère et visiter la galaxie qui s’offre à vous. La seconde étape est de récupérer ce qu’il faut pour fabriquer un moteur à distorsion et effectuer un saut interstellaire pour débouler dans d’autres systèmes solaires. L’objectif de No Man’s Sky est d’atteindre le centre de l’univers, rien de plus, rien de moins.

Il faut reconnaître que les premières heures sont fort charmantes. On gambade comme un gamin de huit ans, des étoiles plein les yeux et un monde gigantesque à explorer, avec une première planète aux couleurs éclatantes et une faune avenante (à défaut d’avoir des designs crédibles puisque les animaux eux aussi sont procéduraux). On saisit son fidèle multi-outils pour miner tout ce qui passe sous notre nez. Mais voilà que deux mots, probablement ceux que vous verrez le plus souvent, viendront gâcher le spectacle : « Inventaire plein ». On pourra pester contre la fréquence de ce message, téléporter vos marchandises sur le vaisseau pour faire de la place, rien à faire : ce message vous poursuivra tout au long du jeu, vous ramenant à la dure réalité d’un inventaire mal foutu. Limité à un certain nombre d’emplacements (extensible), il n’est pas comptabilisé en poids comme dans n’importe quel RPG mais bien en unités. Et bien évidemment, vos 200 tonnes d’or dûment récupérées à la sueur de votre front prendront moins de place que les deux pauvres breloques aliens que vous avez récupérez au fin fond du bâtiment générique numéro 8.

Ce système d’inventaire devient vite une véritable tannée, et le manque de place empêche de se faire plaisir en créant des améliorations puisqu’elles aussi consomment de la place. En plus de copier l’interface douteuse de Destiny (à coups de curseur et d’appuis longs), les switchs incessants entre l’inventaire du vaisseau et de sa combinaison deviendront un tantinet pénible. On comprend l’intérêt de séparer les éléments du vaisseau (moteurs, armes) et de sa combinaison (système de survie), mais un inventaire unique pour les ressources aurait grandement simplifié la tâche. On aurait évité des surprises vicelardes comme l’impossibilité de récupérer des ressources de son vaisseau quand on est trop loin (alors que l’inverse est possible) ou de vendre ce qu’il y a dans son engin dans un magasin sur une planète, sauf quand le bâtiment possède une zone d’atterrissage avec votre vaisseau parqué dessus. On en vient à douter de l’intelligence de ces formes de vie que l’on rencontre.

Mais alors, une fois que l’on a notre objectif (le centre de l’univers) en tête, que se passe-t-il durant cette extraordinaire aventure ? Peu de choses, en fait. Quelqu’un qui souhaite profiter de No Man’s Sky en minant sans se prendre la tête et en profitant simplement de ce que le jeu lui propose y trouvera son compte. Mais voilà, les promesses de No Man’s Sky ne sont pas celles d’un Minecraft. Le jeu se résume à récolter des ressources pour crafter, revendre et aller toujours plus loin, et en répétant le même schéma pendant des dizaines d’heures. La promesse de No Man’s Sky était celle d’incarner un explorateur, de passer de planètes en planètes en s’émerveillant, en découvrant et en appréciant ce fantastique univers. Ici, le merveilleux a ses limites, et se résume à éclater de joie quand une formation rocheuse ressemblera à autre chose qu’une banale crevasse. C’est le jeu, l’univers n’est pas au service du joueur, c’est le joueur qui doit appréhender le monde de No Man’s Sky et accepter qu’il n’est qu’un minuscule rouage dans l’infini.

Mais cet univers n’est pas intéressant. Les planètes n’ont aucun écosystèmes crédibles (pas de chaîne alimentaire entre les animaux), possèdent toujours la même gravité et les mêmes types de formations. Pas de géantes gazeuses, pas de surface avec de la lave en fusion ou de phénomènes particuliers. Notre propre système solaire actuel est bien plus varié et passionnant à explorer que les 18 446 744 073 709 551 616 planètes que le jeu se vante de posséder. Certes, on appréciera les variantes d’environnements, qui pourront aller de pluies acides à des planètes gelées, avec quelques plantes un peu grotesques, mais ce ne sont que des changements climatiques. Ne comptez pas sur la découverte d’une ville ou simplement d’un hameau paisible. On aura même le plaisir de se retrouver sur des surfaces proprement immondes et des couleurs qui ne vont pas du tout ensemble : les joies des algorithmes. Passées les premières heures encourageantes, l’explorateur spatial qui est en vous sera bien vite ennuyé, et la magie fondra aussi vite que le plutonium dans le moteur de votre vaisseau.

Et ce ne sont pas les quelques événements cosmiques qui viendront égayer votre voyage. Le scan des planètes offrira au joueur quelques points d’intérêts vaguement variés, qui se résument à des monolithes pour apprendre des mots aliens ou des plans d’améliorations ou des bâtiments avec des autochtones pour apprendre des mots aliens ou des plans d’améliorations. On trouve aussi des coffres pour des plans d’améliorations et des pierres de langages pour… devinez un peu… apprendre des mots aliens. Le langage découvert permet de décrypter les dialogues et répondre plus facilement aux questions héritées des jeux narratifs « où vous êtes le héros ». Je précise que toutes les nouveautés de gameplay que vous découvrez ne sont que des améliorations. Tout le game design de No Man’s Sky sera résumé dans les deux premières heures de jeu, et aucune nouvelle mécanique ne viendra entacher votre routine de voyageur de l’espace. On pourra sprinter plus longtemps, tirer plus fort, miner plus vite, mais ce sera toujours le même type de vaisseaux, le même type d’armes ou de combinaisons. Le paramètre « surprise » ne fait visiblement pas partie de leur fameux algorithme.

Et quid des combats spatiaux ? Vous vous attendiez à des combats furieux et intenses, où vous jouez votre vie alors que le cockpit de votre vaisseau est sur le point d’éclater en morceaux ? Pauvres hères que vous êtes, passez votre chemin. Au mieux, vous aurez droit à une petite joute ennuyeuse contre deux pirates de l’espace venus chercher des misères et qui finiront en pièces détachées ; au pire, le jeu décidera de vous balancer huit ennemis à la fois dans la figure, crachant du canon à protons à n’en plus finir. Autant dire que dans ces cas-là, votre chance de victoire est aussi proche que celle de trouver de l’oxygène dans l’espace. Et que dire des appels de détresse où vous voyez de gigantesques vaisseaux se faire attaquer par une bande de gredins ? Vous décidez, en bon samaritain, d’aider ces malheureux à vaincre ce gang sans scrupules et prenez en chasse l’un des vaisseaux pirates. Mais ayez le malheur de tirer par inadvertance sur l’un des cargos alliés (ce qui a de fortes chances de se produire en pleine poursuite), et vous passerez du sympathique voyageur altruiste à la pire enflure de l’univers en l’espace d’une seconde. Dans ces cas-là, même une molécule d’oxygène a plus de chances de survie que vous. Je ne parlerai pas des phases d’actions à la surface en vue FPS quand vous devrez défendre votre peau contre ces saloperies de sentinelles ou certains animaux belliqueux, je risquerais de m’endormir rien qu’en parlant de la mollesse de ces séquences.

Si vous avez le malheur de suivre l’une des voies annexes de No Man’s Sky, en l’occurrence la Voie de l’Atlas, rebroussez votre chemin très vite et pensez à vendre ces satanés pierres de l’Atlas qui prennent une place insolente dans votre inventaire dont vous avez désespérément besoin. La conclusion de cette « quête » est l’un des pires foutages de gueule que j’ai pu voir dans un jeu vidéo, une fumisterie qui nous fait clairement demander à quoi ont pensé les développeurs quand ils ont inclus ce segment « narratif ». On sent que No Man’s Sky possède un background qui ne demande qu’à s’étendre. Ces monuments mystérieux que l’on trouve sur certaines planètes, ces aliens qui nous parlent du fameux Atlas, on a l’impression qu’une ébauche de quelque chose se dessine par moments. Mais c’est malheureusement trop peu, trop ténu. Les planètes ne donnent pas envie de se laisser découvrir. On sent qu’elles ont été simplement posées là en attendant le joueur. Les animaux ou les sentinelles réagissent à votre passage, mais on a la désagréable impression qu’au moment du départ, la planète ne vivra pas sa vie comme elle devrait le faire. On ne sent aucune indépendance de l’univers, on a cette désagréable sensation que les mondes visités n’attendent que la visite du joueur pour se mettre en marche.

Rien ne donne envie au joueur d’approfondir ces aspects-là, car beaucoup de mécaniques deviennent exécrables au fil du temps. Il vous faut une cellule de distorsion pour changer de galaxie ? Il faudra crafter pas moins de quatre ressources spécifiques pour y arriver, alors qu’une seule aurait largement suffi. Votre bouclier est presque en rade pendant l’attaque de vaisseaux ennemis ? Une seule manière de remédier à cela : rajouter des ressources via votre inventaire. Je précise que le jeu ne se met pas en pause dans l’inventaire et, alors que vous pestez contre cette interface démoniaque, vos adversaires continuent à vous canarder gaiement. On les entendrait presque se moquer de vous et de votre inventaire alors que vous dérivez lentement dans l’espace en agonisant.

No Man’s Sky est victime de son concept de base, de l’attente des joueurs et d’une vision créative d’une équipe qui n’était pas celle qu’attendaient les joueurs. Je ne suis pas sûr que le jeu loupe ses promesses faites au départ, mais même si on considère No Man’s Sky comme un jeu contemplatif où on se laisse bercer par le plaisir de la découverte (puisque ce n’est finalement que ça : découvrir), on ne peut pas dire que le contrat soit rempli puisque même sur cet aspect le titre de Hello Games loupe le coche. On notera le léger plaisir d’admirer quelques jolis panoramas à l’atterrissage sur les planètes, le moteur graphique qui fait parfois des merveilles lorsque les conditions sont réunies et les agréables musiques du jeu. Mais une fois la moulinette procédurale effectuée sur le terrain, les couleurs, les conditions climatiques, la faune et la flore (principalement du visuel), les planètes sont identiques, organisés de la même façon. Ne comptez pas sur l’aspect survie du jeu, puisque tout est fait pour faciliter la vie du joueur : tous les éléments indispensables au fonctionnement du vaisseau ou de la combinaison seront disponibles en abondance.

Même si un joueur peut prendre du plaisir à jouer, No Man’s Sky possède des tares indéniables sur son gameplay et son game design, qui rendent souvent l’aventure pénible et ennuyeuse. Surprenant et même agréable les premières heures de jeu, le titre de Hello Games devient creux et laisse apparaître son cruel manque de profondeur, dans une aventure qui n’arrivera jamais à se renouveler. Si vous cherchez une aventure spatiale narrative intéressante, penchez-vous sur Out There ou FTL. Si vous êtes plutôt aventurier ou pilote de l’espace, Elite Dangerous ou les futurs Star Citizen et Everspace promettent bien plus. No Man’s Sky est contradictoire par son gameplay éculé en à peine deux heures face à l’immensité de son terrain de jeu. Alors que l’univers n’a jamais paru aussi infini, le jeu en lui-même se résume à un mouchoir de poche. Et les développeurs assument leur concept avec un tel aplomb qu’on a l’impression de s’être fait arnaquer en beauté. On attend évidemment la future feuille de route des mises à jour pour sortir les fourches, mais je vois mal comment ils pourraient arranger les choses. Au lieu de trop vouloir viser le ciel dès le début, No Man’s Sky aurait déjà dû réfléchir à ce qui se passait sur sa surface.

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