Une dernière chevauchée

Avis sur Red Dead Redemption II sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

(spoilers)

Quand on lance Red Dead Redemption II, on ouvre la porte vers une aventure, celle d’Arthur Morgan et de la bande dont il fait partie, dirigée par un charismatique truand à l’idéologie douteuse et suivi par ses « enfants », dont un bien connu John Marston.

C’est dans une neige épaisse que nous faisons nos premiers pas aux côtés d’Arthur Morgan, après un braquage qui a mal tourné le temps est venu de se poser loin des villes et de se faire discret. Et dès cet instant la magie opère, on se prend d’admiration pour l’univers sublime que nous offre les développeurs, cohérent et immersif qui nous en met plein la vue à travers ses paysages et ses jeux de lumière qui, pour la première fois dans mon histoire de « gamer », m’ont poussé à utiliser le mode photo. On se promène dans les plaines sur fond de couché de soleil rosée, dans des forêts épaisses pendant les nuits de pleine lune, dans le froid glacial et ensoleillé des hautes montagnes ou dans la brume verdâtre des marécages et, même après des heures et des heures de jeux, on continue à tomber d’admiration pour ce travail.

Rockstar fait un choix dangereux, celui de privilégier la lenteur lancinante inhérente au cinéma et souvent aux western, plutôt que l'action directe et frontale des triples A actuels. Ainsi, ceux ayant acheté le jeu sous le coup de la hype sans avoir touché au premier se sentiront surement dérouté, car ici, il faut accepter que l'observation et l'exploration sont belle et bien des éléments de gameplay. C'est là que le jeu nous ouvre toute sa richesse, en cherchant des détails dans la vie, car rarement un jeu n'a paru aussi vivant et rempli de secrets : les animaux se chassent entre eux, les vautours mangent les cadavres fraichement abattus, on trouve des maisons abandonnées ou brulée faisant état d'un passé douloureux pour les habitants, pour finalement tomber sur une carte aux trésors sous le plancher et nous pousser à repartir à l'aventure. C'est vraiment là que ce Red Dead Redemption II nous emmène dans une autre dimension et jamais, car j'ai accepté ce choix, jamais, je ne me suis ennuyé, c'est à nous de faire notre aventure parallèle et, comme dans le récent et excellent Zelda : Breath of the Wild, c'est en parcourant le monde que l'expérience devient optimale.

Tout l'enjeu de cet opus sera de savoir ce qu'il est arrivé au groupe de Dutch, ce qui à pousser John à atteindre cette fameuse « rédemption » pour redevenir un simple fermier, mais surtout, qu'est-il advenu d'Arthur, a-t-il réussit à s'en sortir ? on aimerait y croire, avoir le doute, mais les souvenirs du premier opus sont pourtant et malheureusement explicites sur ce point.
Ainsi l'intrigue prend un véritable tournant au milieu de l'aventure, après le passage sur l'île, lorsque l'on apprend la maladie d'Arthur tout devient plus clair, pour nous comme pour lui. Et alors plus les missions avancent, plus la fatalité s'abat sur le personnage et gagne le cœur du joueur qui s'est attaché à lui alors qu'il n'était qu'un simple bandit. Il est difficile de décrire l'émotion que j'ai ressenti dans ces moment-là, la façon dont change Arthur nous montre quel poids il porte sur ses épaules depuis des années, cela devient poignant de l'entendre parler de sa femme et son fils, mort tous deux le laissant détaché de ses actions. La musique planante prend un tout autre sens, les hurlements de loups solitaires font maintenant écho à notre situation, Arthur a beau faire partie d'un groupe, jamais il n'a été aussi seul, face à lui-même avec ce visage détruit confronté à son funeste destin. Ce sont d'ailleurs les missions secondaires qui auront la lourde tâche de nous faire ressentir cela, ces missions secondaires qui contrairement aux autres AAA ne sont pas accessibles à n'importe quel moment, puisqu'elles ont un lien direct avec l'évolution du personnage. Lors des dernières missions de dettes, Arthur prend conscience des vies qu'il a pu détruire et donne lieu à de nouveaux passages d'émotions, celles de voir son personnage en pleine rédemption. La dernière chevauchée d'Arthur, accompagné de celui qui est désormais son seul ami, John, ne laisse plus aucun doute quant à son destin car après ce dur adieu au cheval qui nous a permis de vivre cette aventure, ce sont toutes les possibilités de continuations qui disparaissent avec lui. Et si vous avez fait les bons choix, c'est une mort paisible, mais toutefois peu glorieuse qui attend le personnage principal, percher sur sa montagne admirant pour la dernière fois le soleil levant.

Si l’épilogue me semblait un choix étrange, il a finalement réussi à m’émouvoir et à m’offrir une « seconde fin » pleine de tension, de bonheur, mais aussi de tristesse en me rappelant ce qu’il adviendrait de John, il permet de laisser planer une ambiance amère et mélancolique grâce à ses petits détails ou aux dialogues avec, par exemple, la simple et triste évocation de la bague d’Arthur.

Red Dead Redemption II ne sera pas spécialement retenu pour son gameplay digne des dernières productions Rockstar, toutefois, il amorce le futur du jeux-vidéo de par la construction de son univers. On prendra plaisir à suivre la vie des gens du camp, des rencontres fortuites avec les habitants et surtout à comprendre la portée de l’émouvante aventure d’Arthur Morgan, qui en profite au passage pour sublimer celle de John Marston et nul doute que celle-ci marquera longtemps, de par son univers et surtout son histoire déchirante, mon expérience de joueur.

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