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Avis sur Red Dead Redemption II sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

NARRATION
Histoire : * * * * *
Huit années après la sortie du premier volet, Rockstar Games réitère son hommage aux westerns avec sa préquelle tant attendue : Red Dead Redemption II. Et quelle préquelle ! Nous voilà transportés en 1899 pour assister à la décadence d’une bande de hors-la-loi devenue indésirable dans une Amérique en pleine évolution ; avec la fin du XIXème siècle, c’est en effet l’effervescence de l’industrie et la mort de l’Ouest sauvage qui se profilent à l’horizon... On y découvre ainsi Arthur Morgan, bras droit du charismatique Dutch Van der Linde, et qui devra s’interroger sur son dernier rôle à jouer avant que la modernité vienne à son tour le cueillir : devenu la relique d’un monde où les seules immensités sauvages dictaient leurs lois, la vie de brigand qu’il menait jusqu’à présent, la seule qu’il ait jamais connue, trouve-t-elle encore un sens ? Et entre sa loyauté envers Dutch et sa conscience qui le taraude, où Arthur doit-il placer son honneur ?

Portée par une mise en scène cinématographique et des moments d’une émotion rare, c’est une magnifique épopée à travers les Etats-Unis à l'orée du XXème siècle que nous conte Red Dead Redemption II. Les thématiques d’époque sont ici passionnantes : l’industrialisation et son impact sur la société, la place des minorités en son sein (amérindiens, femmes, personnes de couleur), l’essor du capitalisme et l’émergence de nouvelles puissances (agences gouvernementales, mafias, grandes entreprises)… Et sans compter un autre thème beaucoup plus rare dans le média du jeu-vidéo :

la maladie et sa phase terminale…

L’histoire d’Arthur Morgan émeut ainsi autant qu’elle captive, parvenant presque à nous faire oublier celle de son confrère John Marston dans le premier épisode tant la richesse et l’écriture du scénario ont gagné ici en profondeur. Une sublime narration de bout en bout !

Personnages : * * * * *
Si RDR2 brille autant par son histoire, c’est aussi et surtout grâce à sa galerie de personnages extraordinaires : le clan Van der Linde se compose en effet d’une vingtaine de personnalités toutes plus marquées les unes que les autres, et que le joueur sera invité à connaître via les dialogues savoureux du jeu. Les comparses de Dutch sont ainsi génialement écrits et doublés, à l’image de John Marston, dont on assiste ici à l’ascension progressive au rang de héros, ou de Sadie Adler, la veuve éplorée qui va petit à petit se transformer en légende de l’Ouest. Quant aux deux figures principales du gang, elles sont de celles qui marquent à jamais : Dutch endosse ici le rôle du leader magnétique, dont on voudrait presque croire aux belles tirades pleines de promesses, mais qui va peu à peu sombrer dans la folie… ; quant à Arthur, avec sa personnalité bourrue et attachante qui transpire de charisme, de conflits intérieurs et d’humanité, il s’agit ni plus ni moins d’un des personnages les plus marquants de l’histoire du jeu-vidéo…

Lore : * * * * *
Dans la pure lignée de son histoire principale, les récits contés par l’univers du jeu sont tout aussi cohérents avec les problématiques d’époque : que ce soit par les missions secondaires ou via les évènements aléatoires, nos pérégrinations dans le monde de RDR2 seront ainsi émiettées de rencontres venant ajouter une surcouche narrative à l'ensemble. De plus, Rockstar Games a eu l’excellente idée de développer un système d’interactions avec n’importe quel PNJ du jeu, nous permettant d’opter pour tel ou tel choix de dialogue à la volée ; cette mécanique prendra d'ailleurs tout son sens dans les différents campements du gang, véritables lieux de vie et d'historiettes. Notons enfin la richesse et la reconstitution de cet Ouest sauvage flamboyant, dont les détails hallucinants sont archivés dans les appendices du jeu : faune, flore, armes, factions, secrets, etc…

JEU
Game Design : * * * *
Au sujet de son game design, Red Dead Redemption II pourra faire débat ; à première vue, on pourrait en effet juger le jeu comme trop archaïque, puisque bâti sur des fondations proches d’un GTA-like classique : monde ouvert généreux, missions à déclencher en certains points, trajets accompagnés de dialogues, puis phases d’action, le plus souvent sous forme de fusillades… Cependant, RDR2 cache aussi une vraie vision d’auteur, un parti pris qui pourra laisser certains joueurs de marbre, celle d’une simulation ultra-poussée de cow-boy. En effet, toutes les mécaniques de jeu sont pensées en faveur du réalisme et de l’authenticité : les innombrables possibilités d’interactions, la gestion de la fatigue et de la faim, la complicité avec son cheval, les armes à feu qu’il faudra entretenir et recharger manuellement, etc… Pour peu qu’on s’y investisse, l’expérience fera mouche à chaque fois et l’immersion sera totale ; en revanche, il y a tout à croire qu’on pourra estimer le jeu comme trop lent et peu original si l’on y reste totalement hermétique…

Gameplay : * * *
Même en appréciant la proposition de RDR2, impossible de ne pas reconnaître la lourdeur de sa maniabilité : la simulation a en effet un coût, celui du fun à tout prix. Les déplacements du héros, à pied comme à cheval, ont perdu en réactivité par rapport au premier épisode, et il arrive parfois de s’y perdre dans toutes ces combinaisons de touches à enclencher... Les phases de tirs restent toutefois très plaisantes, même si dénuées de toute subtilité, et leur inertie globale n’empêche jamais de s'y amuser… à condition bien sûr d'adhérer à cet aspect cow-boy simulator…

Level Design : * * *
En se basant uniquement sur son level design, l’open-world de Red Dead Redemption II reste très classique, car avant tout constitué d’immenses espaces contrebalancés par une topographie plus escarpée dans les montagnes d’Ambarino ou de Roanoke Ridge. Heureusement, c’est plus grâce à sa réalisation que ce monde gigantesque brille de mille feux…

PERSONNALITÉ
Direction artistique : * * * * *
Avec un budget pharaonique estimé à plus de 800 millions de dollars, Red Dead Redemption II étale ici ses ambitions en nous dévoilant le monde ouvert le plus impressionnant jamais conçu, tant au niveau technique que par sa direction artistique. C’est bien simple, même trois années plus tard, aucun des AAA actuels n’arrive à sa hauteur en termes de claque visuelle : les montagnes enneigées des Grizzlies (les Rocheuses), les grandes plaines des Heartlands (Midwest), les bayous de Lemoyne et Saint-Denis (Louisiane et Nouvelle-Orléans), les canyons de Roanoke Ridge (les Appalaches), le désert de New Austin (Texas)… C’est toute la diversité des paysages américains – sans compter la réalisation des personnages et leurs animations faciales épatantes – qui nous en mettent plein la vue !

Ambiance : * * * * *
Afin de nous immerger davantage dans la peau d’Arthur Morgan, les artistes de Rockstar Games nous ont concocté un sound design et une atmosphère exceptionnels : les bruits de la nature accompagnés de notes aux violons, le souffle du vent ou les embruns d’un ruisseau, les magnifiques effets de lumière à différentes heures de la journée, la météo dynamique… Un délice immersif de chaque instant !

Musiques : * * * * *
Déjà présent sur le premier Red Dead Redemption, Woody Jackson réitère ses partitions aux sonorités de western avec une bande son magistrale ! En plus de ses belles musiques orchestrales (Outlaws from the West, True Love, Jim Milton Rides Again…), l’expérience est aussi parsemée de superbes chansons qui viendront rythmer les aventures d’Arthur de moments mémorables : See the Fire In Your Eyes, Unshaken, That’s the Way It Is, House Building Theme, Come Live By My Side… Autant de magnifiques ballades !

CONCLUSION
Bénéficiant du plus gros budget jamais alloué à une œuvre culturelle, Red Dead Redemption II ne déçoit nullement les attentes en délivrant une expérience à la hauteur de ses ambitions, celle d’une épopée sauvage à travers les Etats-Unis de la fin du XIXème siècle. Le jeu est en effet une superbe réussite, tant narrative que visuelle et sonore, nous contant la destinée bouleversante d’un Arthur Morgan qui cherche à fuir une société ne souhaitant que sa mort. Au sujet de ses mécaniques de jeu, l’aventure pourra toutefois diviser, puisqu’elle demandera d’adhérer à sa simulation de cow-boy, avec toute l’inertie et la lenteur qui la caractérisent. Mais pour peu qu’on s’y investisse, on en retiendra une histoire magnifique, des personnages inoubliables et un monde ahurissant de beauté et de détails : un immense blockbuster d’auteur !

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