My Little Hedgehog

Avis sur Sonic Forces sur PlayStation 4

Avatar Raphaël Hennebois
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Version PlayStation 4

Eggman contrôle 99% du Monde. Sonic est porté disparu, et une forme de vie aux pouvoirs démentiels, Infinite, terrorise les civils. Une Résistance s'est formée autour des alliés du hérisson, rejointe par un petit nouveau, qui va devoir faire ses preuves sur le terrain pour aller libérer le héros dont la planète espère le retour...

J'aime comparer la saga Sonic à un rollercoaster- pas tant parce que ça va vite et que ça me fait vivre des sensations, mais parce que ça va haut et puis après ça va très bas, et des fois on vomit. Je suis fan hardcore du Blue Blur depuis que j'ai posé les mains sur une manette de Megadrive il y a plus de vingt ans. J'ai depuis suivi son évolution, de plate-forme en plate-forme, genre après genre, jeu après jeu. Sonic m'a donné un regard différent sur le gaming, il m'a prouvé qu'on pouvait voyager dans des univers tour à tour bariolés et sinistres, magiques et dangereux, comme un tour du monde pixellisé d'une longueur de partie. Il répondait au mignon Mario par des niveaux uniques, des musiques inspirées, une trilogie de base épique jamais égalée depuis. Et malgré ses nombreux points noirs, il est parvenu à vivre pendant plus de vingt-cinq ans.

Autant dire qu'avec un background aussi fouillé que le sien (près de soixante jeux, quand même), y avait moyen, pour le premier opus de la 8e Génération, de servir autre chose que ce produit mal branlé et pas fini. Sonic Forces porte bien son nom, en tout cas: c'est un forceur. Il se force à être cool, il se force à être badass, mais tu me forceras pas à t'apprécier.

Le "prétexte scénaristique" part sur une bonne base pourtant, avec une volonté de faire d'Eggman un ennemi menaçant et dangereux, aidé dans sa quête de domination par les rivaux les plus emblématiques de la saga. Que nenni, messire. Le Docteur surjoue comme il le fait maintenant depuis Sonic Colors, désamorçant aussitôt le danger. Quant aux rivaux, putain de blague de l'année: deux boss tous nazes (Metal Sonic pour la madeleine, et Zavok, de Sonic Lost World, parce que son réal a pas digéré le bide du jeu sur WiiU), un caméo de luxe (Shadow et son DLC dieu merci gratuit), et un bon gros mensonge de trailer (Chaos de Sonic Adventure, tout bonnement absent du jeu !). Et ce nouveau grand méchant, Infinite? Du troll de luxe. Sorte d'arme invincible capable de surpasser Sonic mais aux capacités réduites en fonction des besoins du jeu (ou alors il se donne pas à fond dans les boss battles, et dans ce cas, il est juste con), il est à l'image de ce jeu: grande gueule et faussement impressionnant.

Grande gueule, parce que malgré sa pléthore de modes, il demeure creux et vain. Y a trente niveaux? Ils sont tous réglés en deux minutes. Y a plusieurs styles de gameplay? Ah effectivement, tu laisses appuyé sur Avant+Boost pour traverser les levels, mais des fois, faut sauter. Y a plusieurs personnages? Pour sûr, un Modern Sonic qui booste mais sans drift (ce qui est gênant, dans des couloirs qui tournent), un Classic Sonic à la physique encore moins fluide que Sonic 4 (là où celui de Sonic Generations répondait plus ou moins correctement), et un Avatar à personnaliser soi-même, sorte d'appel du pied à une fanbase autiste qui se complaît dans la création de persos et de fanfics malsaines sur Internet. Un Avatar, et cela crève les yeux lors de ses phases de jeu, en remplacement du Sonic de la série Boom, flingué par la Sonic Team au début du développement suite à l'échec des jeux WiiU et 3DS...

Et faussement impressionnant, parce que certes très beau et très fluide, mais seulement en arrière-plan. Les backgrounds bénéficient d'un travail précieux et sont bien plus vivants que les niveaux, couloirs de boost-to-win parsemés de QTE et d'évènements scriptés où les ennemis attendent en quilles qu'on vienne les défoncer. La direction musicale est aussi assez étrange, passage à une électro dubstep qui recycle les mêmes accords trente fois en changeant juste les paroles (assez niaises, au passage). Le fait qu'un Sonic, produit unanimement reconnu comme porteur d'une bonne BO même si le jeu est moisi, se plante également sur sa musique, est assez interpelant. Et que dire du fait que l'on ait raccroché, au dernier moment, les wagons au merveilleux Sonic Mania, en faisant de cette perle de retro-gaming un prequel de luxe (caviar en entrée pour purée périmée, merci SEGA).

Ce Forces est le résultat d'un rendez-vous manqué. Trois ans passés depuis le dernier opus 3D, pour ça? Un remix sous-exploité de Generations recouvert de mauvais fan-service? A qui il est destiné, ce jeu, au final? Parce que c'est pas rendre service aux fans que de leur lâcher un fond de purge pareil, même si la garde-robe à débloquer pour l'Avatar est colossale. Les nouveaux seront pas tentés par cet énième épisode d'une série conspuée, les fans seront dépités par son effarante nullité et son aberrante facilité ... avec ses dialogues niais, sa morale guimauve et ses enjeux en polystyrène, impossible d'éprouver autre chose que de la peine pour ce jeu. A moins d'être émoustillé par le Pouvoir de l'Amitié que Sonic nous rabâche tout au long de l'aventure... Ah mais c'était peut-être ça, le but: caresser les amoureux du hérisson bleu et ceux de My Little Pony dans le sens du poil pour se mettre dans la poche les deux fanbases les plus cancéreuses de l'Internet. Merci, mais ce sera sans moi.

Jouer à Sonic Forces, c'est comme accueillir son cousin badass, qu'on adore parce qu'on a vécu ensemble des tas d'aventures folles, et se rendre compte qu'il est devenu Émo Goth, qu'il tient un Tumblr de citations d'Anime, et qu'il porte un t-shirt avec un poney, un manteau en cuir et des katanas.

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