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Avis sur The Last Guardian sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

J'ai mis beaucoup de temps à m'atteler à l'écriture de cette critique. Elle nait d'un processus plus long que d'habitude que je vais devoir vous livrer avec elle.

D'abord, il était pour moi impossible de ne pas faire l'acquisition de ce jeu day one puisqu'il se trouve que, par le plus grand des hasards de ma vie de joueuse, je suis une fan de Japan Studio et de l'oeuvre de Fumito Ueda depuis la première heure. J'ai fait l'acquisition de la Playstation 2 en 2001, année de sa sortie, avec deux jeux. L'un d'eux était Ico, qui m'avait séduite par sa formidable boite cartonnée que je conserve toujours précieusement aujourd'hui.

C'est quelques années plus tard, en 2005, que je me jetai presque sans hésitation sur Shadow of the Colossus, une expérience vidéoludique que je n'hésite pas à qualifier comme l'une des plus extraordinaires de ma vie. Vous le trouverez dans mon top 10 personnel, trônant fièrement à la deuxième place.

Plus de dix ans, bon sang, que j'attendais patiemment The Last Guardian. J'ai sans aucun doute eu d'excellents jeux à finir entretemps mais celui-ci, non, je ne le manquerais pas. Après de multiples annonces et changements de plateforme, le voici enfin.

Je l'ai dévoré en quelques jours, avec une avidité qui avait déjà marqué mes deux premières expériences. Prudente au départ, comme beaucoup après si longtemps, je ne savais pas quoi en attendre ; j'ai donc pris le parti de ne rien en attendre. Je me suis jetée dedans à l'aveugle, sans avoir vu autre chose que le teaser de l'E3, ni lu quoi que ce soit. Je lui ai ouvert les bras, faisant une confiance totale et aveugle au studio. En grande amoureuse du précédent opus, j'ai accueilli le choix d'une relation entre un enfant et un animal avec un scepticisme timide.

Une fois le jeu terminé, je n'ai pas su quoi vous dire. J'ai mis du temps à en comprendre la raison : lorsque j'ai éteint la console à la fin de la dernière session de jeu, j'étais sans voix.

Quelques jours plus tard, je tombai sur un article de The Economist (source surprenante), qui en dépeignait un portrait que j'ai estimé totalement fidèle à ma propre appréciation artistique et technique du jeu. Vous la retrouverez ici (pour les anglophones).

Cet article, qui pour moi présente l'énorme avantage de faire sortir de mon esprit tout ce que je pense d'un jeu qui m'a littéralement coupé le soufflet, me permet de reprendre les points essentiels à en tirer. La précision de l'anglais sied à merveille à The Last Guardian lorsqu'il s'agit de le décrire. Je ne peux me hasarder à une traduction complète du titre au risque de trahir l'idée de l'auteur de l'article, qui résume pourtant parfaitement la force hallucinante de ce jeu : les émotions.

Les émotions, vos émotions, sont la cible de Fumito Ueda. La délicate poésie, le minimalisme soigné et l'aspect éminemment contemplatif de ses oeuvres sont bien au rendez-vous ; mais à cela s'ajoute l'habile construction d'une véritable relation avec Trico, votre compagnon, qui sera presque exclusivement basée sur vos émotions.

Et de fait, en plus de 20 ans de jeu vidéo, je n'ai pleuré que devant deux titres dans ma vie. Je ne m'attendais certainement pas à ce que l'un d'eux soit The Last Guardian, qui en 2016 me fait pleurer trois fois comme une madeleine devant ma télé. Un exploit et, surtout, un magnifique cadeau pour la joueuse que je suis.

Je pourrais m'étendre des heures sur le formidable talent de Fumito Ueda et de ses équipes pour créer des jeux de cette envergure mais je vous laisse, pour cela, le plaisir d'une analyse approfondie et très juste de son oeuvre dans cet excellent épisode de Pause Process.

"The most emotionally involving game ever", titre The Economist. Comprenez bien qu'un tel jeu ne s'adresse pas à tous les publics. La contemplation et le minimalisme, au centre du style de Japan Studio, ne sont pas un plat digeste pour tous les joueurs, loin s'en faut. Car oui, le jeu vous impliquera émotionnellement dans son univers et son histoire comme aucun autre ne l'a fait. J'ose l'affirmer.

À côté de ce qui constitue pour moi, dans le paysage vidéoludique actuel, un véritable tour de force et une oasis au milieu d'un désert d'uniformité, ses quelques défauts paraissent bien dérisoires. "Set against this, the game’s minor faults – occasionally dodgy camera control, the hardware sometimes labouring to render the stunning and vertiginous landscapes – pale into insignificance", écrit Tim Martin. Je ne saurais comment mieux l'exprimer. On les soulignera malgré tout (histoire que vous n'alliez pas dire que je vous ai pris en traîtres...) : le gameplay, capricieux au point d'en être déroutant durant les premières heures et irritant par moments, les placements brouillons de la caméra, le fait que le moteur du jeu peine parfois à restituer le décor avec fluidité... Tout ça, très sincèrement, s'efface derrière le ressenti qu'il saura procurer à un joueur sensible à cette école de développement.

Je n'ai connu aucune expérience semblable à celle-ci. Cette page étant ma tribune dans l'immensité du net, j'en profite donc pour passer le message : Merci, Ueda-san. Merci mille fois.

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