Critique originale parue sur chronicart.com

Avis sur The Shivah sur iPad

Avatar Khanh Dao Duc
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Version iPad

Remake à peine amélioré d'un jeu sorti en 2006, The Shivah n'accuse pourtant pas le poids de son ancienneté sur tablette tactile. A sa sortie, il était en effet déjà comme sans âge, bien ancré dans le genre du point and click, avec ses graphismes pixelisés, ses énigmes retorses et ses menus austères : un cadre en parfaite adéquation avec son fond, confondant sa grisaille formelle avec une certaine grisaille religieuse (là où le récent Papers, Please touchait quant à lui à celle politique d'une bureaucratie soviétique et aliénante). Dans The Shivah, le joueur incarne ainsi Russell Stone, rabbin new yorkais aussi désabusé que croulant sous les dettes. Après un sermon donné dans un temple vide en guise de préambule au jeu, Stone apprend qu'un ancien fidèle lui a légué une somme importante. Forcé d'enquêter sur sa mort, le voilà propulsé détective par la force des choses au fil d'une aventure le rapprochant de ses propres fautes passées.

Héritant plus du roman mêlant policier et dogmes religieux que du jeu vidéo (la série du rabbin Small de Harry Kemelman ou du père Brown de Gilbert Chesterton), The Shivah touche avant tout par l'importance du dialogue et des mots. Ici, point de casse-têtes logiques ou d'objets à trouver pour ouvrir on ne sait quel mécanisme, il s'agit, sans cesse, d'avancer en dialoguant, en retrouvant des bribes de conversations par mail, où en déchiffrant un dictionnaire yiddish. Si cette dominante tient à la sensibilité de son auteur, Dave Gilbert, aussi connu pour la série des Blackwell du même acabit, elle trouve dans The Shivah des racines propres à la nature de son héros. Il est ainsi toujours proposé dans les discussions une réponse rabbinique consistant à répondre par une autre question. Plus loin, il faut convaincre un ennemi de l'inanité de ses actions, jusqu'à ce duel final cocasse entre rabbins, mêlant la morale religieuse aux coups de poing.

Sérieusement léger (ou légèrement sérieux), Shivah maintient l'idiosyncrasie rabbinique comme moteur de l'intrigue à la fois humoristique et ludique. Par là même, le jeu donne finalement sens à l'être de son personnage, même lorsque le sens de la vie et sa foi semblent lui échapper. C'est enfin le signe de son élégance, dépassant au final son austérité première : au charme de ces énigmes que le joueur ne cesse de résoudre, c'est un lien avec le rabbin qui s'établit, et la révélation qu'une question succède toujours à une autre, en quête d'une vérité insaisissable.

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