Vampyr : l'ennui mordant

Avis sur Vampyr sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

[critique avec spoils]

Après Life is Strange sorti en janvier 2015, véritable petite perle vidéoludique aussi inattendue que bouleversante, j’attendais le nouveau jeu du studio français Dontnod au tournant ! La perspective d’incarner un héros vampirique en proie au doute, entre humanité et bestialité a ravivé mon imaginaire adolescent, accroissant mon impatience au fil des mois.

Je vais d’abord commencer par les aspects positifs (avant de m’attaquer aux trop nombreux aspects négatifs...).

On incarne ici Jonathan Reid, docteur renommé, transformé récemment en jeune Ekon. Hautement charismatique avec sa voix envoutante et son nez imposant, j’ai pris beaucoup de plaisir à incarner ce personnage. Enquêtant à ses côtés pour déterminer l’identité de son « créateur » tout en démêlant les différentes intrigues, au cœur d’une ville londonienne rongée par une maladie contagieuse incontrôlable. L’idée de base est alléchante avec la possibilité de lier ses compétences scientifiques et vampiriques pour faire avancer la science.

À ce personnage fascinant s’ajoute un environnement travaillé, nous plongeant dans un univers sombre, morbide, à la limite du gothique. Miroir historique d’une ville principalement pauvre, polluée par une industrialisation massive qui ne cesse de s’accroître au cours du XXe siècle.

L’immersion du joueur est parfaitement réussie, servie par un contexte de première guerre mondiale et de chaos propice au vice, à la souffrance et à la destruction, dans lequel l’univers vampirique trouve toute sa place. Au-delà de cette esthétique captivante, c’est par le biais de la musique d’Olivier Derivière que se dévoile et se découvre le mieux l’univers de Vampyr. Tantôt mystérieuse, tantôt envoûtante, les touches de violoncelle accompagnées par des sonorités électroniques, ajoutent une dimension plus riche et plus mature, réussissant à capter parfaitement l’ambiance du jeu, laissant les différents personnages en proie à la mélancolie, au doute, à la rage et à la peur.

Malheureusement la coquille ne fait pas tout…

Les deux aspects les plus importants du jeu, à savoir les dialogues et les combats, s’avèrent rapidement lourds, répétitifs et donc ennuyeux. Vampyr souffre en effet d’un manque cruel de mise en scène.

Les dialogues totalement dépourvus de naturel, semblent fragmentés par des choix de phrases totalement décousues, alourdissant la prise en main déjà peu fluide lors de ces phases de discussion avec les citoyens des différents quartiers de Londres. Le doublage en VO est très bon mais l’absence de continuité dans les dialogues et les variations de tons inattendus et inappropriés quand on décide de tout sélectionner, rendent l’ensemble complètement foireux. J’attendais beaucoup de ces interactions avec les différents citoyens qui étaient censées me permettre de mieux cerner les secrets et personnalités de chacun afin de guider mes choix. Les quelques personnages secondaires intéressants sont malheureusement noyés dans la masse, nous empêchant de vivre chaque quête intensément. Je n’ai pour ma part pas eu le temps ni de détester les personnages malveillants, ni de m’attacher aux victimes. Visuellement les dialogues sont généralement figés, présentant la seule possibilité de faire tourner la caméra autour de notre personnage, ne faisant qu’accroître l’ennui et la volonté d’en finir au plus vite.

Ces scènes de dialogue nous laissent à première vue (je ne suis peut-être pas allée assez loin, faute d’intérêt) face à des situations impossibles à résoudre. Carolyn qui maltraite sa fille, le tueur en série protégé par sa mère, etc. Ces interactions ne semblent servir finalement qu’à déterminer qui l’on veut ou non laisser vivre. Particularité finalement totalement inintéressante pour les joueurs qui comme moi ont décidé de n’étreindre aucun personnage. L’idée de doser la difficulté selon le nombre de personnages que l’on décide de tuer ou sacrifier n’a eu aucun intérêt dans le cadre de mon expérience personnelle. J’ai réussi sans difficulté à vaincre les différents boss du jeu en effectuant simplement les quêtes secondaires pour gagner des points d’expérience nécessaires pour évoluer. Et c’est principalement sur ce point-là que Vampyr échoue ! La dualité médecin-soignant / vampire-bestialité perd tout son intérêt en l’absence de choix moraux déchirant permettant d’assurer sa survie. Je suis peut-être passée à côté d’une grosse partie du jeu en refusant d’étreindre les personnages rencontrés, mais je n’en voyais absolument pas l’intérêt.

Les phases de combats quant à elles sont plutôt réussies et intéressantes, nous offrant un choix varié, avec des compétences vampiriques originales ainsi que différentes armes de poing ou à distance, permettant à chaque joueur de se battre comme il le souhaite. Ce potentiel est toutefois gâché par la répétition totalement indigeste et incessante de combats à chaque coin de rue et par la présence des mêmes ennemies condamnés à reprendre vie sur les mêmes points de la carte et dans les mêmes positions jusqu’à la fin du jeu. La « téléportation » n’est pas assez exploitée alors qu’elle nous aurait permis de bouger et de nous déplacer de façon plus naturelle et rapide dans les différents quartiers, sans avoir à affronter ces groupes d’ennemies copier-coller un peu, partout alourdissant nos déplacements.

Les dialogues et les combats nous donnent l’impression de toujours refaire les mêmes choses inutilement. La possibilité de soigner les citoyens pour améliorer la situation des différents quartiers s’avèrent également vite pénibles et répétitifs puisque incessants. Peu importe nos actions et nos choix, l’univers de Vampyr semble évoluer dans une boucle qui se répète et que l’on ne peut contrôler, où l’on tue et pille inlassablement sans raison pertinente.

Concernant le scénario de l’histoire principale, j’ai éprouvé une certaine curiosité face aux secrets cachés par les différents protagonistes et à leurs motivations profondes (garde de Priwen, Ascalon Club, les Skals des souterrains, etc.) et aux liens les unissant. Néanmoins, le traitement inégal des personnages principaux est à déplorer, notamment concernant McCullum, frenemy de Jonathan ne se révélant qu’à la fin dont j’ai totalement oublié l’existence pendant une bonne partie du jeu ! À l’inverse, la découverte des skals dans les égouts et de la véritable identité d’Old Bridget a permis d’apporter une profondeur et de la nuance dans l’évolution des vampires et de leur hiérarchie naturelle.

En somme, Vampyr présentait tous les atouts d’un jeu foutrement jouissif, porté par un studio français ayant fait ses preuves avec Life is Strange. Potentiel esthétique et scénaristique totalement gâché par une lourdeur générale poussant le joueur vers la sortie. En espérant que Life is Strange 2 ne souffrira pas de ces mêmes facilités, en s’inspirant de ce que sait faire de mieux l’équipe de Dontnod : nous faire frémir d’émotions !

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