"Grand Theft Toto: Les Années MySpace."

Avis sur Watch Dogs 2 sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Il est devenu très rare qu'une série de jeux puisse déclencher en moi une réaction viscérale de dégoût. Après tout, depuis 1989, j'en ai vu des saloperies diverses passer sous mes yeux. Oh, je pourrais sans-doute vous énumérer les divers courants successifs qui nous ont mené à ce type de produits vides d'intérêt, étrangement prétentieux et cependant intégralement construits autour d'artifices de gameplay glanés dans d'autres titres. Ce ne serait pas dur, d'ailleurs. Il suffirait de faire remarquer qu'à une époque la mode des jeux de sport extrême – pour la plupart tous interchangeables et ça malgré les disciplines très diverses qu'ils étaient censés adapter – nous a amenés à contempler quelques instants un jeu de BMX minable construit autour d'un argument de vente stupéfiant : Clara Morgane en FMV 4/3 d'environ 480 pixels de haut. Imaginez qu'à une époque, d'ailleurs assez proche de celle que l'on vit aujourd'hui, ce type d'argument suffisait à vendre des jeux à nos congénères. Or, de nos jours, il en faut à peine plus. Promettez un mélange étrange de mauvais humour soi-disant dans l'air du temps mais cependant écrit par des quadragénaires sémillants, de voitures custominables qui font vroum-vroum, de flingues qui font brrap-brrap là où ceux d'antan faisaient pan-pan ou bang-bang et plongez tout ceci dans le monde interlope et autrefois très eighties des hackers... et vous obtiendrez l'enfer moderne que certains nomment Watch_Dogs 2.

D'une certaine manière, nous sommes dans le futur. Nous avons survécu aux phénomènes basés autour des petits monstres cutes à collectionner pour les voir devenir la Madeleine de Prouts – oui, de Prouts, ne pensez pas que je compte traîner Proust dans une blague sur la mouvance Tamagotchi, certaines choses sont sacrées – d'une nouvelle génération de bibendums presque totalement chauves, aux barbes clairsemées étrangement discutables, et portant pourtant encore ces étranges pantalons en stretch qui étaient à la mode il y à environ six ans de ça. (Vous savez, ceux qui coupent presque intégralement la circulation sanguine des parties les plus tendres de votre anatomie. Ce qui ne peut être que très sain pour le corps humain, hein, il adore être entravé de toutes parts par une camisole l'empêchant de fonctionner.) C'est à ce public que s'adresse ce nouvel opus de la série Regarder des Chiens. Oh, il fera tout ce qu'il pourra pour prétendre être conçu pour les jeunes cools et aérodynamiques de maintenant qui vont faire du dumpster diving en écoutant de l'EDM caparaçonnés de blousons vintage avant d'expérimenter le soir et cela assez joyeusement avec ces nouvelles substances récréatives construites en laboratoire pour un effet euphorique intense de quelques secondes déconseillé aux cardiaques... mais non, en fait, c'est un jeu pour vieux qui refusent de vieillir gracieusement. Vous savez, ceux qui portent des pantalons près du corps malgré l'évidence pondérale qui est la leur et donne à l'ensemble la triste apparence d'un b minuscule engoncé dans des baskets certes hors de prix mais malgré tout fondamentalement moches. Ces gens-là. Ceux sans espoir.

Votre nouveau protagoniste s'appelle Marcus – si ça c'est pas un nom de vieil homme passé maître dans l'art de faire oublier qu'il n'a jamais été capable de terminer un jeu vidéo et ça malgré le fait qu'il en cause professionnellement depuis la fin du XIXème – et il est « cool ». Enfin, en théorie. Il a une petite barbe à trous. Des jolies lunettes qui sont presque des Ray-Ban. (La licence coûte sans-doute trop cher pour un jeu Ubisoft.) Son finisher lui permet d'utiliser un élastique de vélo lesté – et ça même dans ce monde qui n'en comporte pas – pour mettre K.O. les divers gardes armés jusqu'aux dents susceptibles de lui trouer la paillasse en quelques secondes. C'est un héros moderne : il est fan de l'équivalent local de K2000. Ce n'est pas un anachronisme révélateur du tout, je tiens à le préciser. Dans son temps libre... il imprime en 3D des flingues inférieurs à ce qu'on trouve d'habitude sur le marché tout en causant de trucs lols avec ses amis les leetzors ouf guedins de la mort qui tue. Vous savez, ceux qui ressemblent à des top-modèles mal doublés présentant d'un air décontracté pas plus naturel que ça les habits qui étaient à la mode chez Hot Topic lors de la mise en route du développement de ce titre. Soit... 2014, j'imagine ?! Ouais, ça semble plus ou moins correct d'un point de vue purement chronologique. Disons 2014. J'peux me tromper d'une année, après tout. La pifométrie n'est pas une science.

J'entends déjà au loin le lecteur/la lectrice éventuelle de ce texte s'exclamer dans un moment étrange de convergence entre le narrateur et son audience : « mais, et le jeu dans tout ça ô magnifique colosse charismatique doté d'un bagout phénoménal devenu trop rare dans cette discipline maussade remplie de fanboys incompétents ? » Eh ben, c'est Grand Theft Auto avec des drones et la capacité d'utiliser ses capacités de hacker pour influer sur les scripts sous-jacents de ce type de titres tout autant open-world que génériques. Un peu comme le premier, hein, mais avec quelques avantages supplémentaires. Déjà, la conduite est excellente. Vraiment. Surtout pour un jeu aussi anodin que celui-ci. Les équipes d'Ubisoft Reflections ont fait un travail de toute première catégorie sur cette portion du jeu. Il serait peut-être temps de les laisser bosser sur quelque chose, d'ailleurs, ils méritent mieux que de rehausser le niveau de jeux génériques comme celui-ci. Le reste... vous l'avez déjà vu ailleurs. Le scénario soi-disant frondeur ? Saints Row 2. Les combats ? Similaires à ceux de Grand Theft Auto IV. Oui, IV. Les tentatives étrangement déplacées de tenter d'insuffler du gravitas dans un titre convenu en prétendant soudain s'attaquer à une cause sociétale ? Pan, cette fois on monte d'un chiffre, Grand Theft Auto V. Alors, j'imagine que si vous cherchez une compilation des hits de ces dernières années teintées de références à l'humour en .gif de l'internet... ce titre pourrait vous convenir. Inspiré tel qu'il l'est de ce qui fut populaire dans le passé proche, il fonctionne d'un point de vue purement mécanique. Si, par contre, vous cherchez un brin d'originalité dans vos blockbusters à 60€... passez votre chemin.

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