Un compromis intéressant entre l'héritage d'Alien Isolation et une orientation plus action. Même si le jeu porte les stigmates de la VR et semble freiné dans sa créativité par le format épisodique.
La borne de sauvegarde est ainsi conservée et malheur au joueur imprudent qui ne se méfiera pas des Xénomorphes ; notre vie descend rapidement et le jeu incite rapidement à devenir parano face au moindre bruit suspect. A ce titre, le détecteur de mouvements est notre allié principal et est peut-être même encore amélioré par rapport à celui d'Isolation, même s'il en devient carrément usant pour les nerfs.
La vraie question importante est surtout comment les Aliens tirent leur épingle du jeu par rapport à la créature mythique d'Isolation. Hé bien, finalement pas trop mal, même si ce n'est clairement pas le même rapport de force avec une Nemesis implacable : ici les Aliens peuvent nous submerger de manière aléatoire et le détecteur devient rapidement indispensable pour repérer les déplacements des Xénormorphes tandis qu'ils convergent automatiquement dans notre direction. Pas de cache cache donc mais une vraie tension tandis que les créatures utilisent fréquemment les ventilations au sol et au plafond pour nous contourner ou rampent sur les murs ou derrière des grilles pour échapper à notre regard ; il y a ainsi un vrai boulot de l'IA pour conférer aux créatures une mobilité inquiétante et l'usage des mines sera ainsi vite sollicité pour bloquer quelques accès aux prédateurs. Comme le disait un certain hurluberlu des années 2000, quand il y en a un, ça va mais quand il y en a plusieurs, c'est vite la galère et le jeu a également le mérite de varier le nombre d'ennemis à nos trousses, même si les embuscades les plus redoutables ont lieu à des moments spécifiques de l'aventure où il est même possible de limiter les points d'accès des créatures en verrouillant des sas et autres fenêtres (une idée qui aurait méritée d'être davantage réitérée durant l'aventure). Enfin, si la direction artistique n'est évidemment pas à la hauteur de celle d'Isolation, il y a tout de même un vrai travail sur les éclairages, les effets de fumée et les conditions météorologiques pour gêner notre regard et dissimuler les créatures aux joueurs les moins attentifs, même si je regrette que le cadre planétaire limite un peu les possibilités de décors angoissants par rapport à une station spatiale (on verra comment Isolation 2 s'en tire à ce niveau là).
Comme son modèle, si la confrontation avec l'Alien est une réussite, c'est dans le reste de l'exploration que le bât blesse. Si on nous épargne ici des affrontements contre des androïdes machiavéliques, le Level Design n'est franchement pas folichon pour inciter le joueur à la découverte de la station. Il y a déjà des limites assez grossières dans les barrières des niveaux (l'héroine a une mobilité réduite, sans doute pour éviter le Motion Sickness de la VR à la base, et son excuse d'une vieille blessure de guerre est bien accommodante à ce titre) et la structure légèrement MetroidVania du titre est surtout composée de cartes d'accès à récupérer (originalité quand tu nous tiens). Le scénario est anecdotique (et l'héroine est même franchement assez antipathique) et vous ne tomberez pas de votre chaise en apprenant qu'une corporation maléfique a encore voulu exploiter les xénomorphes pour des recherches à l’éthique douteuse (qu'ils sont cons ces humains, décidément) ; je ne me suis donc pas trop intéressé à la Lore du jeu, même si pour une fois l'héroine a déjà connaissance des Xénomorphes avant d'arriver sur les lieux, ce qui nous évite le traditionnel passage de "Tiens, des œufs géants? Mais qu'est-ce donc?".
Mais plus épineux encore, il y a aussi un problème d'équilibrage global où étant donné le harcèlement constant des Aliens à notre encontre, il n'est pas forcément intéressant de fouiller les alentours, sachant qu'on va gaspiller des munitions contre les aliens sans forcément trouver des outils intéressants en contrepartie. Un Risk vs Reward mal géré donc et qui dessert vraiment ce Rogue Incursion, malgré son excellent socle de départ (ce qui ne me donne pas spécialement envie de relancer un jour l'aventure, par exemple).
Quant à l'aspect épisodique, il y a fort à parier que la suite ne voit jamais le jour, suite aux déboires actuels du studio ; le jeu se conclut de manière relativement satisfaisante, néanmoins, avec un combat de boss assez mémorable. Et entre Isolation, Dark Descent et maintenant Rogue Incursion, la franchise Alien possède maintenant trois itérations modernes sur la manière de traiter la menace du Xénomorphe de l'angoisse la plus claustrophobique au raz de marée monstrueux à annihiler. Rogue Incursion tente de trouver un équilibre délicat entre ses deux extrêmes et il mérite sans doute votre intérêt si l'attente d'Isolation 2 commence à être trop longue, même si je ne pense pas que le titre surmontera l'épreuve du temps et subsistera autant dans les mémoires que son glorieux modèle.