Il y a des jeux qu’on attend, et d’autres qu’on découvre par hasard, comme une vieille cassette VHS retrouvée au fond d’un grenier. Astlibra Revision appartient à cette seconde catégorie : un action-RPG venu de nulle part, bricolé par un passionné nommé Keizo, et qui pourtant s’impose avec la force tranquille des grandes œuvres. Oui, grandes œuvres, car derrière ses sprites datés et son vernis artisanal se cache une fresque qui n’a pas peur d’écraser sous son poids narratif bien des productions AAA.
Dès les premières minutes, on croit tenir le scénario d’un RPG vu et revu : héros amnésique, village en flammes, quête de vengeance. Et puis, insidieusement, l’histoire bascule. Légère au début, elle se tord, se noircit, se charge d’ambiguïtés et de drames. Les retournements de situation s’enchaînent sans jamais sombrer dans la gratuité, et l’on réalise, chapitre après chapitre, qu’on ne joue plus un RPG indépendant, mais une tragédie sur la mémoire, le sacrifice et le temps qui s’écoule comme du sable entre les doigts. Là où beaucoup se contentent de recycler des archétypes, Astlibra ose. Et c’est ce qui le rend unique.
Le gameplay, lui, frappe juste : nerveux, clair, addictif. On slash, on balance des sorts, on débloque des compétences via la maitrise des armes et armures (Coucou FF IX) qui transforment peu à peu le héros en une machine de guerre parfaitement adaptée à notre style. Oui, certaines mécaniques sentent un peu la poussière, mais l’ensemble fonctionne avec cette efficacité brute qui compense largement son manque de souplesse. Et quand les boss déboulent, avec leurs patterns vicieux et leurs pics de difficulté, c’est une vraie claque : parfois injuste, souvent rageant, mais toujours mémorable.
On ne peut pas ne pas parler de la bande-son, tant elle porte le jeu. Mélancolique, épique, parfois presque trop emphatique, elle colle à la peau des scènes fortes et transforme un simple combat ou une révélation scénaristique en moment gravé. Et lorsque l'on sait que ces musiques ^proviennent de morceaux gratuits libres de droit d'une librairie sonore japonaise on ne peut qu'applaudir de plus belle. Ajoutez à cela un contenu gargantuesque — plus de quarante heures pour la trame principale — et vous avez là une aventure qui suinte la passion et le travail acharné.
Bien sûr, tout n’est pas parfait. Les décors recyclés rappellent un peu trop l’origine modeste du projet, certains chapitres s’étirent comme du chewing-gum, et il faudra supporter une traduction anglaise parfois maladroite. Mais réduire Astlibra Revision à ses scories techniques, c’est comme reprocher à une fresque médiévale ses fissures : on passe à côté de l’essentiel.
Verdict : Astlibra Revision est le jeu d’un passionné, et ça se sent à chaque seconde. Un RPG qui transcende ses limites pour devenir un témoignage : celui qu’avec du cœur, du temps et une vision, on peut encore créer des légendes. Atlus, Square et compagnie devraient se pencher sur le travail de keizo, qui pourrait peut être faire des merveilles au sein d'une équipe aguérie.