Vous aimez Hokuto No Ken ? Son histoire, son design et ses giclées ? Bah si vous pensiez retrouver ce jeu sur PC-FX c'est perdu... enfin presque. Batlle Heat est l'un des rares jeux de baston sur la dernière console de Nec avant l'abandon du marché du hardware par le constructeur. La PC-Fx est une console atypique, l'hybride d'une époque charnière entre la démocratisation du CD et l'arrivée des 32 bits. Il en va de même pour ce jeu, excellent exemple de l'euphorie technologique de l'époque. Celle ou les jeux en FMV, pour Full motion Video, représentaient l'avenir. Dans un sens, avec le tout dématérialisé, ce n'était pas totalement faux... mais revenons à notre jeu.
Battle Heat est donc un jeu de baston se jouant seul ou à deux et reprenant l'univers et le design de Ken Le Survivant. Vous avez le choix entre 8 personnages tous aussi typés les uns que les autres, voir même un peu trop... typés. Bon, on ne se plaindra pas de ce petit cachet sympathique 80/90 qui donne tout son charme au jeu. Enfin, au jeu, c’est beaucoup dire n'oublions pas qu'il s'agit d'un titre composé exclusivement de vidéos interactives. Ou plus modernement parlant, un jeu basé sur des QTE. Ici point de sprite, de scrolling ou de 3D. De la vidéo et uniquement ça. Alors là, je la vois venir la question : comment peut-on effectuer des coups sur des vidéos qui, de part leur nature, ne peuvent pas être modifiées ou contrôlées ? Éh bien c'est là tout le mystère et la magie de Battle Heat : on ne sait pas. Enfin sur le principe, si. Mais sur la pratique...
Il faut effectuer ses coups à l'aide des 6 boutons du pad PC-Fx. Avec les boutons du bas, de gauche à droite il y a le coup faible, la parade et la provocation. En haut : coup fort, saut et coup spécial. Le but du gameplay est celui d'un jeu de fighting classique : effectuer vos manip avant l’adversaire dans le timing qui convient. Sauf que question timing nous sommes ici dans la 4ème dimension. Là où dans un jeu de fight 2D ou 3D vous devez réagir en temps réel, nous avons ici une latence qui permet à celui qui reçoit le coup de le parer ou de riposter. L'exemple concret le plus approchant est Dragon Ball Z 1 ou 2 sur SNES. Lorsque votre perso dégaine un pouvoir à distance (écran splitté) l'autre a le temps de riposter soit par un autre pouvoir soit par une parade. Dans Battle Heat c'est la même chose, sauf qu'une barre qui oscille de gauche à droite détermine l'avantage. Si elle est de votre coté (gauche si vous jouez seul) vous gagnez, si elle est de l'autre c’est votre adversaire, si elle est au milieu les attaques s'annulent. Ce système de jeu est directement hérité de la façon dont est conçu le titre, c'est à dire à base de vidéos.
Chaque action du joueur déclenche la vidéo correspondante, un peu comme l'étape d’animation d'un sprite. Si par exemple le joueur se protège il déclenchera la vidéo correspondante de son personnage se protégeant de son adversaire. S'il ne se protège pas, il ira se vautrer contre un arbre-pilier-mur-sol, faites votre choix. La latence entre chaque vidéo permet donc au joueur de choisir ce qu'il va faire. En solo pas de soucis, le programme du jeu est fait pour vous résister mais pas trop. En revanche à deux c'est une autre histoire et on rencontre là les limites de ce type de jeu. En effet, si vous affrontez un autre joueur ayant de la bouteille sur ce titre, la partie risque de durer longtemps, très longtemps. On peut aisément parler en heures. Pourquoi ? Simplement parce qu’entre chaque attaque l'autre joueur a largement le temps d'effectuer la manip correspondante pour riposter. Et comme le système de FMV ne laisse pas la place au hasard, c'est toujours les mêmes combinaisons qui ressortent selon les personnages qui s'affrontent. C'est là tout le problème des jeux en pré-calculé, le déroulent est identique d'une session à une autre.
Ça veut dire aussi que le CD est remplis de toutes les combinaisons et interactions entre les personnages. Enfin presque puisque vous ne pouvez affronter que le camp adverse. Sur les 8 personnages sélectionnables 4 sont de bons samaritains et 4 autres de véritable petites saloperies. Vous n’affronterez donc que 4 perso plus les surprises de fin et bonus cachés of course. Étrangement, et malgré le coté très heu... pré-calculé du jeu on s'y attache plutôt facilement, sans doute grâce à une jouabilité millimétré avec la mise en scène des vidéos. Finalement le jeu est assez attachant et plutôt dynamique. En tant que spectateur les combats sont agréables à regarder, et même parfois assez comiques. Si 2 joueurs maîtrisent bien le jeu, ils peuvent s'amuser très facilement à parodier leur combat en "choisissant" quelle vidéo il veulent voir apparaître. Un grand détournement à la sauce Battle Heat en quelque sorte. Non pas que ce soit le top du plaisir, mais c'est très agréable et au final les combats se déroulent de manière assez fluide. Ça c'est aussi grâce à la technique.
La PC-Fx n'est pas totalement dépourvue de ressources. Cette console est notamment spécialisée dans la décompression vidéo à l’instar de la PSX. De cette génération, ces 2 consoles ont proprement pété la baraque en matière de qualité vidéo pour les cinématiques. Auparavant pixelisées et/ou manquant de couleurs on se retrouve ici avec des vidéos encodées proprement, quasiment sans artefact ni pixels (sur un CRT) et proposant des couleurs naturelles. A l’époque, une véritable avancée en la matière. Battle Heat profite donc allègrement de cette technologie en dévoilant des vidéos d'une qualité et d'une animation sans faille. Sur une TV CRT, l'image est lisse et sans pixel. Les transitions et les temps de latence entre chaque séquence vidéo sont imperceptibles. Sur ce point précis de la gestion de fichiers vidéo sur CD, la PC-Fx fait jeu égal avec la PSX et ses vidéos intégrées au ingame (l'intro de FF7 par exemple). Aucune machine à l'époque, n'a réussi à dépasser la PSX et la PC-Fx sur leurs capacité à nous restituer des vidéos lisses et fluides. Cependant on ne peut pas en dire autant du son.
Battle Heat est l'archétype de l'anachronisme de la PC-Fx. Coincé entre la glorieuse période PC-Engine et l'arrivée des 32 bits, la console reprend un peu de la technologie de sa grande sœur. On y trouve donc entre autre un processeur sonore quasi identique à celui de la PC-Engine. Je vous le donne en mille, celui-ci reproduit des sonorités strictement identiques à celle de la 8 bit de NEC. On se retrouve donc à se taper dessus avec des BGM en chiptune alors que, quelques minutes avant, l'intro du jeu nous pétait les oreilles avec de la jpop. Un bien étrange mélange qui, malgré tout, fonctionne quand même.
Au final, Battle Heat n'est pas un mauvais titre. Un peu bâtard de par son concept, sans doute même le jeu de l'époque le plus aboutit en terme de FMV+QTE, il est aussi étrange qu'amusant. Au niveau technique, là aussi c'est un grand écart improbable avec ces vidéos léchées agrémentées de musiques chiptune période 8 bits. On aime ou pas mais, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'au final tout ça est quand même cohérent. Étrange, je vous l'accorde, mais il y a parfois des curiosités qui valent la peine d'être découvertes. Loin d'être transcendant, Battle Heat est le digne représentant d'une époque. Le découvrir c'est un peu revivre "en vraie" l'histoire de cette époque où ce medium tentait encore des expériences totalement improbables. Et les expériences, même si ça vous pète à la figure, il n'y a rien de mieux !