Certains jeux vidéo se rapprochent de plus en plus des films. Ici, Bioshock Infinite dépasse le septième art en nous offrant un scénario époustouflant digne des plus grands thrillers, où le dénouement vous laissera bouche bée. Mais commençons par le commencement. Booker DeWitt est un homme alcoolique et violent qui doit se rendre dans la ville aérienne de Columbia pour sortir une jeune fille nommée Elizabeth des griffes d'un mystérieux prophète. « Libérez la fille pour effacer la dette ». Mais, de quelles dettes parlons-nous ?

Bienvenue dans un style semi-baroque où les couleurs flamboyantes font voyager votre esprit dans des endroits inconnus. Bienvenue dans des décors fantastiques à l'ambiance festive, où la musique résonne de mille sons. À moins que ces notes ne soient un tantinet angoissantes. À moins que ces décors ne soient glauques à souhait à cause de son absence totale de monde à certains endroits. À moins qu'enfin, de véritables tueries ne soient présentes à des étages plus sombres, et se cachent sous cette façade utopique. À moins que...

Ce mystère si bien ressenti se prolonge dans l'identité même du personnage que nous incarnons. Antihéros par excellence, cet homme charismatique à la voix bien virile reste un archétype dans le monde vidéo-ludique. Sa singularité réside dans son caractère énigmatique. Pourquoi s'est-il retrouvé ici, à devoir sauver cette fille ? À l'image d'un polar parfaitement orchestré, vous ne le saurez qu'à la fin. Sa jouabilité est quant à elle très intuitive, simple et jouissive avec ces pouvoirs magiques impressionnants. Mais les créateurs misent vraiment tout sur l'ambiance, grâce à des couleurs très saturées avec un univers à la fois graphique et réaliste. Ce qui donne une atmosphère tout simplement majestueuse à l'ensemble, et qui ne ressemble à nulle autre pareille.

Parlons maintenant du sujet qui nous a donné l'envie de prendre la plume pour ce chef-d'œuvre. L'apparition du septième art dans ce jeu vidéo se fait en filigrane. La jeune fille que nous devons sauver a l'aptitude d'ouvrir des fenêtres sur le monde. Par ce pouvoir, elle a la formidable capacité de modifier l'espace-temps, le monde et donc, notre vision des choses. Les développeurs s'amusent parfois à transformer notre aire de jeu en représentation théâtrale (passage avec les bâtiments de Fink), où l'on fait notre propre mise en scène. De magnifiques mises en abîme avec des jeux d'ombres sont opérées lorsque nous jouons à l'intérieur même d'un décor pré-établi (expositions du musée). Vos yeux ne seront pas les seuls à vous rappeler que le cinéma n'est jamais loin. La bande-son est également au plus haut niveau pour donner à Bioshock Infinite des allures d'œuvre culte. Des voix off constantes parsèment votre aventure dans tous les recoins de Columbia, comme si Big Brother de 1984 pouvait vous suivre partout. Et quand la pression montera et que le danger se fera sentir, des cordes violentes dignes des plus grands Hitchcock vous accompagneront dans votre effroi.

Des sujets sérieux que le jeu vidéo ne prend pas souvent le risque d'aborder de cette manière rendent cet épisode de Bioshock encore plus mature. « Travail. Famille. Patrie. » sont remis au goût du jour même si nous pourrions ajouter « Religion ». En effet, le prophète joue un rôle prépondérant dans le récit, en prouvant la dangerosité de la foi aveugle en quelqu'un que l'on croit supérieur. Cette question spécifique de la religion et plus généralement de la croyance a déjà été vue de nombreuses fois (récemment dans The Master) au cinéma. La vision pessimiste qui nous est faite du travail (homme = objet et profit) ou la critique de l'Histoire (guerres et héros oubliés) participent activement à la réussite de ce divertissement, qui est évidemment bien plus que cela.

Arrêtons-nous là pour n'affirmer qu'une chose : le jeu vidéo est un art à part entière qui peut réussir à utiliser d'autres domaines de manière brillante, afin de constituer des perles comme cet inoubliable Bioshock Infinite.
Hugo_Harnois_Kr
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 7 févr. 2014

Critique lue 321 fois

BioShock Infinite

BioShock Infinite

9

Prodigy

le 9 avr. 2013

Suivre

Critique de BioShock Infinite par Prodigy

MICRO SPOILERS MAIS SPOILERS QUAND MEME. Ne pas lire si vous n'avez pas fini le jeu. Bon, 24 heures après l'avoir fini, après moult cogitationnements, j'ose le 9. Culotté, le mec. Pourtant, je...

BioShock Infinite

BioShock Infinite

9

facaw

le 7 avr. 2013

Suivre
Dernière modification

le 7 avr. 2013

Confessions d'un "fanboy"

Non, Votre Honneur au risque de vous décevoir, je ne suis pas un de ces illuminés qui hurlait au prochain "GOTY" ni au messie suite à l'annonce du jeu. Pas même après le visionnage de trailers où...

BioShock Infinite

BioShock Infinite

8

ThoRCX

le 31 mars 2013

Suivre

Une porte vers un autre monde

Exit Rapture, nous voilà à Columbia, une ville flottante de 1912 sous un soleil brillant. Ce changement de contexte peut être déroutant à priori pour ceux qui ont connu la ville sous-marine, mais au...

Didier

Didier

8

Hugo_Harnois_Kr

le 9 févr. 2014

Suivre

Critique de Didier par Hugo Harnois

Qui a dit que l'Académie du cinéma ne récompensait pas la comédie lors des Cérémonies des Césars ? Alain Chabat fait mentir tout le monde en obtenant, pour son premier film, ce prix convoité par...

Citizenfour

Citizenfour

4

Hugo_Harnois_Kr

le 17 mars 2015

Suivre

Critique de Citizenfour par Hugo Harnois

Wim Wenders peut aller se rhabiller avec Le sel de la terre. Vivian Maier n’aura pas eu la chance d’être récompensée pour son brillant travail de photographe à titre posthume. Aux dernières...

Love & Mercy - La véritable Histoire de Brian Wilson des Beach Boys

Love & Mercy - La véritable Histoire de Brian Wilson des Beach Boys

7

Hugo_Harnois_Kr

le 1 juil. 2015

Suivre

Critique de Love & Mercy - La véritable Histoire de Brian Wilson des Beach Boys par Hugo Harnois

Ici, le conditionnel est d'usage. Et si Brian Wilson, leader des Beach Boys, n'était pas tombé sur Melinda, ange-gardien l'ayant sauvé des abimes ? Peut-être serait-il déjà mort. Et si ce même homme...