Après des expériences compliquées avec Bioshock 1, puis Bioshock 2, je lance Bioshock Infinite en ayant en tête les nombreuses critiques qu'il a pu recevoir au moment de sa sortie. Avec une approche très différente par rapport aux deux premiers jeux (au moins du point de vue de l'environnement à explorer puisque nous ne sommes plus à Rapture), le jeu marque une cassure qui n'était pas évidente à opérer pour les développeurs. Paradoxalement, en essayant de simplifier les choses pour être plus accessible, le jeu perd de sa profondeur et de son identité, mais élimine également une grande partie de la frustration que générait les jeux précédents.
Le joueur se trouve jeté dans le feu de l'action sans trop savoir ce qu'il se passe, mais cette fois-ci, au lieu de se retrouver au fond de la mer, l'action prend la direction des cieux avec la ville de Columbia. Aussi, notre héros a enfin une langue qui lui permet de parler. On sent rapidement que le jeu est plus moderne que les opus précédents. La mise en scène est plus marquée, il y a un petit côté hollywoodien, même le héros a ce côté un peu cliché du mec mal rasé qui a des muscles pour faire la bagarre (c'est autre chose que le héros du premier jeu avec son pull en laine). Mais ce qui saute aux yeux niveau modernisation, c'est sans doute l'aspect gameplay.
Même si le jeu continue d'avoir ce mélange de pouvoirs magiques et d'armes à feu, force est de constater qu'il y a eu une sacré simplification. Plutôt que d'avoir la possibilité de jongler entre huit armes différentes et huit pouvoirs, notre personnage n'a plus que deux armes disponibles en tout temps, mais garde huit pouvoirs. Notons quand même que les deux premiers jeux avaient plus que huit pouvoirs au total, alors que dans Infinite, il n'y a que huit pouvoirs à découvrir, il y a donc une simplification sur cet aspect aussi. Il n'y a plus non plus les multiples types de munitions pour une même arme. Désormais, vous prenez une arme, vous tirez et voilà, fin de l'histoire. Fini également les recherches à effectuer sur les ennemis pour leur faire des dégâts bonus.
En outre, au lieu d'avoir à passer d'une arme à l'autre quand on arrive à court de munitions, ici, le joueur peut simplement ramasser des armes sur le corps des ennemis pour continuer le combat. Autre mécanique intéressante, mais qui fait un peu cache misère pour combler ce nouveau système : Elizabeth peut nous donner des munitions, du soin ou de l'Eve, généralement quand on arrive à court de l'une de ces ressources, quelle coïncidence. Ainsi, si vous vous retrouvez en difficulté, il suffit de se mettre à l'abri, et Elizabeth viendra donner un coup de main. La mécanique fait un peu artificielle et donne l'impression de recevoir de l'aide en mode Deus Ex Machina, un peu dommage que ça n'ait pas été implémenté de façon un peu plus subtile.
Le concept général de Bioshock, c'était aussi de pouvoir utiliser l'environnement à son avantage et de manipuler ce qui nous entoure. Ici, même si c'est encore possible, on sent que le jeu est beaucoup plus dirigé vers l'aspect traditionnel du FPS, c'est-à-dire tirer sur tout ce qui bouge. Il est possible de faire globalement tout le jeu en se reposant uniquement sur les armes et de ne pas rencontrer trop de difficulté, alors que dans les opus précédents, les pouvoirs étaient quasiment obligatoires, au risque de ne pas avoir assez de munitions (ou d'argent pour en racheter). Les combats sont également beaucoup plus présents dans Infinite, on pourrait même dire qu'ils sont omniprésents, à croire que les développeurs avaient peur qu'on s'ennuie. Bioshock 1 et 2 se reposaient beaucoup plus sur l'ambiance et sur des conflits localisés avec des combats face à quelques ennemis seulement. Ici au contraire, on affronte des vagues d'ennemis, et je pense que si on s'amusait à compter, Infinite à lui tout seul doit contenir plus d'ennemis individuels que les deux autres jeux combinés. Il y a eu une vraie volonté de se tourner vers l'action, encore et encore, ce qui aurait pu marcher avec un peu plus de variété, mais la répétitivité des affrontements rend le tout un peu redondant à la longue.
Pourtant, le fait est que le jeu est beaucoup, beaucoup moins frustrant que les deux premiers opus. Là où il était possible de mourir en boucle (notamment face aux Big Daddies), de se faire plomber à trois kilomètres par des ennemis qui ont un aimbot intégré et de galérer à gérer des ressources trop rares (au moins dans le premier jeu), ici, rien de tout cela. Les combats ne sont pas particulièrement difficiles, même en difficulté maximale, notamment grâce à l'ajout d'un bouclier qui se recharge automatiquement si vous restez à couvert pendant quelques secondes (ce qui est purement un élément de gameplay puisque ce bouclier n'est jamais mentionné par les personnages et son fonctionnement n'est jamais expliqué). Comme mentionné, Elizabeth peut vous donner des ressources si la situation devient compliqué. Elle peut aussi faire apparaître des alliés et autres éléments utiles comme des armes ou des lieux où se couvrir. Les attaques au corps à corps sont également beaucoup plus puissantes. Le joueur peut littéralement enchaîner plusieurs ennemis en leur donnant quelques coups, ce qui était impensable dans les autres jeux. Et globalement, le fait d'avoir simplifié le nombre d'armes et l'accès aux pouvoirs rend le jeu bien plus simple à prendre en main. Il n'y a plus ces moments de panique à devoir réfléchir sur quelle touche appuyer pour prendre la bonne arme pour le bon ennemi (de ce que je me souviens, il n'y a même plus de bonus de dégâts selon les ennemis et les armes que le joueur utilise, toutes les armes infligent les mêmes dégâts à un ennemi donné).
La seule frustration vient de quels passages où des ennemis apparaissent derrière nous alors qu'on se trouve dans une impasse avec globalement aucun endroit où se cacher. Si on ne réagit pas à la perfection, c'est la mort presque assurée, pas très fun comme mise en scène.
Le revers de la médaille, c'est que ce jeu simplifié, bien que moins frustrant, est aussi un peu moins satisfaisant. Là où on peut se contenter de tirer dans le tas, pourquoi essayer d'utiliser nos pouvoirs pour trouver des solutions ingénieuses ? Il y a des pouvoirs que je n'ai globalement jamais utilisé de toute ma partie. Le jeu se rapproche donc plus d'un FPS classique où le héros dispose de pouvoirs, que d'un jeu où notre personnage a des pouvoirs avec en plus des armes à feu.
Pour ce qui est du scénario, si à première vue l'action semble bien éloignée de Bioshock 1 et 2, tout vient prendre sens à la fin de l'aventure et en particulier dans le DLC. Personnellement, je ne suis pas un gros fan des histoires où on ne comprend rien pendant 90 % du temps, puis dans les 20 dernières minutes, le jeu offre une explication complète de ce qui se passe depuis 15 h. Ici, c'est un peu ce qui se passe.
Mais la vraie plus value de Bioshock Infinite, c'est son DLC, qui vient véritablement relier son histoire à celle du tout premier jeu. Pour une fois, je ne vais pas spoiler, disons donc simplement que le DLC est ce qui a scénaristiquement le plus gros impact sur toute la franchise. C'est véritablement ça qui a donné une toute nouvelle dimension à la franchise et qui m'a permis de l'apprécier davantage sous un nouveau jour après avoir eu une expérience détestable lors de mes parties. Et en y réfléchissant, sortir un jeu 7 ans après le premier opus qui parvient à approfondir une histoire adorée par des millions de joueurs, c'était pas donné, mais ils ont réussi à le faire de façon remarquable.
Je trouve malgré tout un peu regrettable qu'il faille passer quelques heures à faire des recherches supplémentaires sur l'histoire pour en comprendre pleinement les tenants et les aboutissements. Même dans les explications fournies par le jeu lui-même, il reste une part peu compréhensible au premier abord qu'il est nécessaire de clarifier en recoupant des détails faciles à louper.
Je ne suis pas non plus extrêmement fan de tous ces univers aux règles mal, peu ou pas définies qui rendent la logique de ce qui est possible ou non floue. Il y a un peu ce côté "On noie le poisson comme ça s'il y a des incohérences, elles sont moins visibles et on peut les justifier par le fait que tout ça fonctionne de façon mystérieuse". Même après avoir passé un petit moment à réfléchir aux tenants et aboutissements du scénario, il me reste cette impression que l'histoire, si on y réfléchit bien, n'a pas vraiment de sens. Par exemple :
Le fait qu'il y ait un Comstock qui échappe à la purge à la fin du jeu parce qu'il est parti dans un autre univers (celui du DLC), techniquement je comprends, mais s'il y a réellement une infinité d'univers, ce cas est censé se produire un nombre incalculable de fois, pas juste une seule fois, et le DLC ne devrait pas être cette dernière mission finale pour Elizabeth.
En outre, quand on y réfléchit, ces histoires de mondes parallèles, c'est vraiment bête parce que ça vient atténuer l'expérience du joueur dans les jeux précédents. Finalement, le message qui est envoyé c'est : "Ta partie où tu as fait des choix et obtenu tel ou tel résultat, ça n'a au final pas beaucoup de valeur puisqu'il existe une infinité d'autres univers où l'histoire que tu as vécu se termine autrement. Le dénouement que tu as obtenu n'était qu'un dénouement parmi des milliards, pas le vrai dénouement définitif."
Au-delà de tout ça, j'ai été surpris qu'Infinite fasse moins bien que Bioshock 1 et 2 sur certains plans, par exemple sur le fait que les enregistrements audio n'ont pas de sous-titres alors que tout le reste du jeu en a. Enregistrements audio qui étaient bien moins nombreux qu'à Rapture et beaucoup plus axés sur les éléments essentiels de l'histoire.
Il en va de même pour le système de sauvegarde. Désormais, impossible d'enregistrer quand on veut, il faut forcément atteindre un checkpoint arbitraire. Très pratique quand on veut arrêter de jouer, mais que la dernière sauvegarde remonte à il y a cinq minutes.
Il faut aussi que je mentionne l'aspect technique du jeu, qui est de nouveau très mauvais. Déjà au premier lancement, j'ai le droit à un écran noir, rien ne s'affiche. J'ai dû passer une heure à trifouiller des forums pour trouver une solution qui consistait à modifier certains fichiers .ini du jeu. Avoir à faire ça en 2026, si c'est pas triste. Ensuite, le jeu se lance enfin, sauf que le HUD est tout petit, de même que les sous-titres. De nouveau, retour dans les fichiers à modifier des paramètres. Puis la sensibilité de la souris n'était pas non plus bonne, et le curseur d'ajustement dans les options était tout merdique, ça rendait la sensibilité soit beaucoup trop basse, soit trop élevée. Là encore, il a fallu que je modifie les fichiers sur mon PC.
Bref, Bioshock Infinite est un jeu assez moyen de par des mécaniques simplifiées et une évolution de l'histoire pas particulièrement intéressante qui accumule les détours scénaristiques pour prolonger la durée de vie. Il a ce côté un peu générique à vouloir s'adresse davantage aux masses plutôt que de faire un jeu un peu plus niche. Toutefois, le jeu sait se rattraper, notamment avec sa fin qui vient donner de l'ampleur à l'univers exploré et aux personnages rencontrés. Mais le vrai intérêt se trouve à mon avis dans le DLC qui offre de la variété niveau gameplay tout en ajoutant une bonne couche de profondeur (bien que parfois de façon un peu artificielle) à l'ensemble de la série. Si vous cherchez un bon jeu d'action, Infinite est peut-être un peu basique et pas particulièrement excitant en dehors de quelques scènes, par contre si vous êtes un fan de Bioshock, c'est une étape indispensable malgré le changement d'environnement.