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le 1 sept. 2019
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J'ai entendu la sortie du derniers chapitre pour pouvoir enfin partager tous l'amour que je porte à cette série. Gintama, que j'ai dans un premier temps connu fin 2006 avec son adaptation animé, que...
Découvert au hasard d'une liste des jeux indépendants les plus attendu de l'année, je ne m'attendais pas à tomber sur un réel antidépresseur. Pourtant, je pense que beaucoup de "vrais" joueurs risquent de se méfier de sa forme un peu trop enfantine et ce serait une erreur monumentale, car rater un tel jeu c'est criminel!
J'avais dû voir passer le titre une ou deux fois dans des listes de jeux indépendants qui ont fait parler d'eux ces derniers temps. Curieux, je m'étais dit que je mettrais bien la main dessus un de ces quatre, mais sans plus. Je n'avais aucun passif avec le studio, je ne connaissais pas leurs deux précédents projets et je ne savais absolument pas à quoi m'attendre. Mes seules vérifications s'étaient limitées à regarder si le jeu était bien disponible en français et à observer ses graphismes mignons. Je m'attendais éventuellement à un petit jeu narratif, mais j'étais tellement loin de me douter que j'allais autant me régaler.
Pour moi, c'est un projet qui mérite quasiment un 10 sur 10, et je pèse mes mots!
En me documentant un peu, j'ai compris d'où venait cette saveur si particulière...
Les développeurs animent une petite communauté sur Discord où ils s'amusent à créer des jeux, à chanter et à délirer ensemble. Ils ont tout simplement injecté tous leurs délires internes dans ce projet. C'est ce qui explique ce côté artisanal unique; avec les voix des personnages qui sont ultra-délirantes, au point qu'un seul acteur incarne parfois six personnages différents, et les bruitages faits à la bouche. Pour autant, le tout est traité avec un sérieux et une application qui font que l'on y croit.
Ce n'est pas de la parodie gratuite, c'est un univers cohérent et follement attachant.
D'un point de vue purement mécanique, le jeu se présente comme un petit jeu de stratégie en un contre un, à la manière d'un jeu de dames amélioré. Sur un plateau, nous déplaçons de petites pièces qui sont en réalité des grenouilles. Le but est tout bête, il nous faut atteindre l'autre bout du plateau. Seulement, le titre intègre une centaine de pouvoirs différents et il faut jongler avec ces capacités et créer des synergies entre les pièces pour progresser. On affronte l'ordinateur qui dispose lui aussi de pièces surprenantes que l'on peut débloquer par la suite.
Cette profondeur insoupçonnée se reflète également dans la construction de notre équipe. On ne se contente pas de déplacer bêtement les mêmes pièces, le jeu intègre un système d'œufs boosters que l'on peut acheter dans des boutiques avec une monnaie locale, les cocotruc.
C'est une sorte de mécanique gacha extrêmement généreuse qui permet de collectionner plus de quarante types de grenouilles différentes, allant des catégories offensives aux unités de contrôle. Ce qui est brillant, c'est que le déblocage de ces œufs est directement lié à une jauge d'estime de soi de notre petit ourson (comme une barre d'expérience). Plus on gagne des matchs de Frogtime, plus son amour-propre remonte, ce qui symbolise magnifiquement sa guérison progressive et nous ouvre les portes vers des grenouilles plus rares et stratégiques. Tout est fait pour nous récompenser sans jamais nous imposer un de ces farmings intensifs et pénibles qui gâchent tant d'autres jeux de rôle.
Pour ne rien gâcher, le jeu pousse à l'exploration. En fouillant les décors, on tombe sur une foule de blagues dissimulées dans les moindres détails, mais aussi sur des coffres contenant des cosmétiques. On peut ainsi affubler nos grenouilles de petits chapeaux. Si l'intention est esthétique, elle s'avère aussi stratégique, puisque cela permet de repérer immédiatement sur le plateau nos "grenouilles maîtresses". Celles qui possèdent les pouvoirs clés, pour ne pas les oublier dans le feu de l'action.
Certes, le jeu est léger, il pèse très peu de gigas sur la console et son contenu pourrait sembler modeste à première vue. Mais personnellement, je préfère mille fois une aventure courte et impactante qu'un titre qui tire inutilement sur la longueur. Avec un enchaînement d'affrontements tactiques, le jeu aurait pu devenir redondant ou ennuyeux. Ici, ce n'est jamais le cas. On récupère des grenouilles de plus en plus puissantes sans pour autant casser l'équilibrage, ce qui nous oblige à toujours jouer en bonne intelligence. C'est un jeu bien plus complexe qu'il n'y paraît.
Mais alors de quoi ça nous parle?
L'aventure nous fait quitter notre chambre puis notre petite île pour explorer des environnements aussi farfelus que magiques. Au début, le concept peut rappeler Pokémon, mais sans aucune violence, pas de bagarres, pas de créatures mises KO par des pouvoirs dangereux. On est dans un émerveillement constant, soutenu par une mise en scène extrêmement théâtrale qui rappelle énormément la vibe et l'humour absurde d'un Paper Mario, avec ses décors en 2D et ses parodies.
Le rythme des dialogues est d'une efficacité redoutable. Les personnages se coupent la parole, d'autres interviennent en arrière-plan pour ajouter une couche de comique, et le titre est parsemé d'intermèdes musicaux savoureux. Une discussion peut être interrompue d'un coup parce qu'un personnage ressent le besoin de chanter une chanson entraînante et farfelue, et le joueur est invité à taper le rythme sur sa manette comme ça lui chante. On est alors comme impliqué dans l'histoire et les délires de tous ces personnages... Ce n'est pas anecdotique à mes yeux, j'interprète ça, comme une réelle invitation à la fête!
L'humour occupe 98 % des lignes de texte et m'a provoqué six véritables fous rires. Certaines répliques me restent encore en tête, comme le mémorable « Sa mère la grenouille ! », ou ce personnage au petit ventre tout rondouillard qui entonne un hymne à sa propre gloire pour qu'on puisse admirer la vision de ses abdos. J'en passe et des meilleurs... On vit dans un univers fantastique et tellement chaleureux qu'on s'y sent immédiatement chez soi. C'est un crève-cœur de devoir le quitter à la toute fin.
Cette cohérence absolue, on la doit au studio néerlandais Bonte Avond et à leur éditeur Offbrand Games, qui ont fait un travail formidable pour concrétiser cette ambiance de troupe théâtrale. On sent que le projet a été façonné par des passionnés, des musiciens à la base, qui ont invité toute leur bande de copains à faire les voix et à improviser les dialogues. C'est pour cela que l'univers fourmille de détails absurdes et de figures inoubliables, à l'image d'Ann, notre meilleure amie qui a littéralement un ananas en guise de tête et qui finit aspirée par un coquillage magique, ou de Rik Spek, ce fameux rival aux abdos imaginaires qui lance toute notre quête en volant nos cadeaux sur la plage.
Même les imperfections, comme les quelques bafouillements volontairement laissés au montage des doublages, participent à cette sensation de proximité. Le jeu ne cherche pas à être un produit calibré et sans âme, il nous accueille comme des étudiants en improvisation qui nous ouvriraient la porte de leur loge en nous tendant un instrument et un chapeau rigolo, rendant chaque intermède musical totalement unique et libéré de toute pression.
Pourtant, derrière cette avalanche de blagues et cette légèreté apparente, le jeu cache une profondeur émotionnelle magnifique qui se lit entre les lignes.
On incarne un petit ourson enfermé chez lui depuis un an dans un immense pyjama-grenouille qui l'enveloppe complètement. On apprend qu'il s'est reclus à la suite d'un grand malheur. Le jeu ne montre aucun flashback, ne tombe jamais dans le pathos et garde ce secret bien caché, mais cette mélancolie nous suit tout au long de l'aventure. Ce pyjama, c'est le symbole de quelqu'un qui a fui la réalité, qui a voulu s'isoler du monde et ne faire que jouer pour oublier sa douleur.
C'est là que se situe le grand paradoxe de Bonnie Beer Save Frog Time, il a du mal à cerner son public. Sa forme visuelle laisse penser qu'il s'adresse aux enfants, mais ses thèmes adultes, ses répliques piquantes truffées de petites insultes gentilles et sa difficulté ciblent clairement un public plus mûr. Le jeu nous apprend à peine ses bases et nous lâche face à des pics de difficulté qui peuvent surprendre. Un enfant habitué aux jeux de plateau pourra trouver par lui-même des astuces et des méthodes de déplacement très utiles, ce qui est très sain pour son développement, mais le titre demandera sans doute l'accompagnement d'un parent pour éviter la frustration.
Ce décalage graphique est d'ailleurs mon seul vrai regret... à cause de son look "Télétubbies", je ne peux actuellement le conseiller à aucun de mes amis sans qu'on me dise "Mais c'est quoi ce jeu ? Tu joues dans le monde des Télétubbies ? C'est quoi cette merde où des grenouilles avancent petit à petit ?". Et c'est dommage, car c'est un projet d'une cohérence absolue où le fond et la forme se répondent parfaitement.
Le boss final en est la preuve ultime. C'est un mur, un pic de difficulté abusé avec une pièce tellement surpuissante qu'elle s'apparente à de la triche. Pourtant, en réfléchissant et en adaptant sa stratégie, on peut le battre in extremis. J'y ai vu un message philosophique d'une grande beauté, en écho direct avec le thème de la dépression. Le jeu nous montre que parfois, la vie nous balance des murs en pleine gueule et qu'on a l'impression qu'on ne pourra jamais les dépasser. Mais si on bloque, ce n'est pas parce que c'est impossible, c'est juste qu'on n'a pas encore trouvé la bonne idée, la bonne stratégie.
Certains joueurs font l'éloge de jeux extrêmement difficiles comme Dark Souls, expliquant que surmonter ces monuments de douleur les a aidés à vaincre leur propre dépression. Bonnie Beer Save Frog Time démontre qu'on n'a pas besoin d'aller dans de telles extrémités de souffrance. Il propose de la difficulté, certes, mais sur un ton calme, axé sur la réflexion au tour par tour et la bienveillance.
Ici, il y a un parallèle évident entre l'expérience gagner au fil des affrontement et l'estime de soit que l'ont gagne petit à petit. Au plus on progresse et au plus on nous ouvre un univers fantastique en plus de gagner en confiance. La progression symbolise des insécurités qui s'effondrent... D'ailleurs même dans la forme du jeu, on va dans ce sens, puisque les bafouillements, les rires et les ratés des doubleurs ont été volontairement conservés dans la version finale.
Ce choix technique renforce le message de bienveillance du jeu en acceptant et en riant des imperfections humaines.
Ce petit bonhomme, poussé vers le haut par ses amis pour sortir de chez lui, finit par tendre la main aux autres à son tour pour les inviter à rejoindre la fête. Le jeu met en scène une boucle positive extraordinaire, il nous montre que c'est en relevant le nez de sa loupe, en arrêtant de broyer du noir et en regardant ce qu'on a autour de soi, qu'on guérit. Qu'on devient à son tour un symbole d'accompagnement et de bienveillance. Ne vous laissez surtout pas avoir par son emballage enfantin, ce titre possède une âme, une richesse immense, qui fait un bien fou.
Je voudrais revenir sur Bonnie, qui m'a d'ailleurs hanté pendant l'aventure...
Cette pudeur dans l’écriture est d’ailleurs ce qui m’a le plus bouleversé en creusant le passé de notre petit personnage. Le jeu refuse le voyeurisme ou les flashbacks explicites pour nous expliquer son traumatisme, au lieu de cela, il nous laisse assembler nous-mêmes les pièces de son deuil et de son année d'isolement à travers la mélancolie qui transpire des décors de sa chambre.
C’est un choc émotionnel de réaliser que ce grand pyjama de grenouille, si mignon et absurde au premier abord, est en réalité une véritable armure psychologique, un mécanisme de défense contre une réalité devenue trop douloureuse à supporter. Le contraste entre ce costume ridicule et la tristesse profonde qu’il renferme est d’une justesse incroyable.
On comprend que Bonnie a été brisé par une perte, mais le projet choisit magnifiquement de ne pas s’attarder sur sa souffrance pour mieux se concentrer sur sa résilience.
Offrant une représentation de la dépression d’une humanité rare qui résonnera chez quiconque a déjà traversé des moments sombres.
Oui, Bonnie bear saves frogtime c'est toutes ces choses là!
Passer à côté, se serait vraiment dommage, car au-delà d'offrir une aventure courte, parsemé de rire et de réflexion, elle apporte aussi un très beau message, dans le plus beau des emballages.
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Créée
le 21 mai 2026
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