Madeline se sent un peu perdue, sa vie n'a plus beaucoup de sens. Elle est indécise, et ne parvient pas à choisir une voie sur laquelle s'engager. Tous ces doutes lui ont causé beaucoup de peine. Son mal-être l'a fermée sur elle-même, et, désormais seule, elle est sans secours quand ses pensées noires l'assaillent. Mais Madeline veut s'en sortir, et elle ne voit comme éventuelle solution qu'une nette rupture avec ce qui serait, elle en rêve, un "avant", mais sur lequel elle ne saurait mettre des mots.
Il y a quelque part une montagne mystérieuse, dont ceux qui l'ont escaladée reviennent tout à fait changés. Certes, Madeline n'y connaît rien en alpinisme ; mais peu importe, elle en découdra avec le Mont Céleste.


Le fil directeur de Celeste semble bien sommaire de prime abord : il s'agit d'aller au bout de ses décisions, et dans ce défi lancé à soi-même, d'apprendre à se connaître. Rompre avec le quotidien, voilà une idée pour mieux dessiner ces strates qui nous composent, mais qu'on ne parvient pas à saisir au creux de la main, à observer sous un jour clair.
Bien vite pourtant la fable se double de récits plus noirs. Parfois simplement effleurés, – comme les sentiments paradoxaux, malaise face au dévoilement et attirance du succès qu'entretiennent chez Théo les réseaux sociaux –, les récits annexes se montrent souvent vibrants et profonds. L'histoire d'Oshiro va fleurer les replis d'une âme monomaniaque égarée, Dont la passion qui brûlait autrefois survit au corps qui la portaitm corps de celui qui, face au cadavre de son ancien amour, ne sait plus que maquiller sa perception du réel.


Le Mont Céleste a ce pouvoir : loin du reste du monde, il aide ses ermites à écouter les messages de leur dépression. Il est la destination d'un voyage aussi dépaysant par ses aspects que dans les rêveries qu'il suscite. Son ascension, objectif matérialiste, n'est qu'un prétexte. À mesure que Madeline s’élève sur ses pans abrupts, c'est intérieurement qu'elle grandit.


Il reste que le récit ne prendrait aucun relief sans celui qui lui permet d'avancer : le joueur. C'est bel et bien celui qui tient la manette ou s'agrippe à son clavier, le véritable alpiniste. Il est le double de Madeline quand, face à ses échecs successifs, il s'efforce d'aller de l'avant, de ne pas renoncer. Grâce à des contrôles précis et un level design toujours renouvelé, Celeste pousse le joueur à se surpasser, à ne jamais abandonner. Chaque échec lui est fécond, et c'est par ses propres efforts qu'il atteint les objectifs qu'il se propose. Quand le niveau s'achève, d'abord réjoui d'une courte conversation que Madeline et Théo viennent d'avoir (avec synthèse vocale adorable !), il soupire de contentement... Repos du juste.
L'ascension est souvent difficile, ne serait-ce que lors de l'apprentissage des premières commandes ; mais il en vient à bout, pas à pas. Et si l’on croit avoir tout accompli, qu'on se détrompe : des objectifs annexes lui donneront bien des occasions de se proposer des défis, à sa guise. Dans ces derniers, l'histoire s'efface, et Madeline devient une boule d'énergie à contrôler, exigeant encore plus de répondant qu'auparavant. Plus loin, le joueur voudra peut-être revenir sur ses pas. Alors il mesurera comme il a grandi, et tâchera de se dépasser, allant toujours plus vite, quand la furie du speedrun se sera emparée de lui. Enfin, avant de dire Adieu, un dernier niveau, ajouté deux ans après la sortie du jeu, pousse jusqu’à ses limites l’endurance, le souffle et la psyché des alpinistes.


Celeste est une fable généreuse qui investit réellement ses acteurs en son sein. Le Mont Céleste est pour nous un jeu vidéo : il nous détache d'un monde qui nous dissous parfois et nous fait perdre nos repères. Il n'est qu'une réalité éphémère, mais dans laquelle on trouve à se ressourcer et à ressaisir une partie de nous qui nous échappe. Celeste est une lanterne qui ne brûle qu'un soir, mais dont les reflets sont les aliments des rêves des toutes les nuits.


Découvert en profondeur en mai 2018, rejoué entièrement après l'ajout du niveau 9 en mars 2020

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le 27 mars 2020

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