Une adoption rend toujours une journée meilleure dans notre refuge. Ces boules de poil méritent mieux que de rester coincées ici, et ne demandent qu'à être aimées. Et aujourd'hui justement, une vieille femme est venue non pas pour les chatons dont tout le monde raffole, mais pour les chats adultes. Son regard s'est alors posé sur la petite Dawn, une chatte assez craintive et intrépide... mais un doute me prend. Cette femme paraît un peu malade, fragile... et son ancien chat, qui ressemblait en tout point à Dawn, s'est à priori sauvé. Je commence à me demander si c'est une bonne idée. Alors, suis je prête à signer pour ce nouveau départ, ou aurais-je mieux fait de garder le stylo dans ma poche ?
❤ Pour un jeu développé par seulement deux personnes, Copycat affiche une véritable patte visuelle. D'un côté, on y trouve un aspect réaliste dans sa représentation de la banlieue australienne ; de l'autre, on plonge par moments dans des panoramas plus oniriques, lorsque les rêves de Dawn se dévoilent sous des formes plus cubiques et des couleurs plus vives. On sent un vrai soin apporté dans les détails, qu'il s'agisse des jeux de lumière ou des animations félines de Dawn. le rendu est donc certes modeste mais maîtrisé et marque fièrement son territoire.
❤ Les thèmes musicaux sont agréables à l'oreille et traduisent très bien les différentes humeurs de Dawn. Son côté plus sauvage est marqué par des sons plus percussifs aux accents légèrement tribaux, tandis que ses peurs et ses incertitudes se reflètent à travers des mélodies plus atmosphériques, avec ses notes suspendues au piano. Les voix des personnages fonctionnent tout aussi bien, ainsi que celle de notre petite héroïne à quatre pattes dont les petits bruits sonnent particulièrement naturels et adorables ; d'ailleurs, il existe un compteur de miaulements qui débloquera un succès steam pour les chats les plus bavards. Inutile de dire que j'en ai un peu abusé.
+/- Le gameplay est ultra simpliste, se résumant à un walking simulator ponctué de quelques QTE. Rien de bien exigeant en somme, et cette grande facilité rend par moment l'expérience un peu expéditive. Mais avouons le, incarner un chat est irresistible : chasser des créatures volantes, faire tomber des objets "par accident", grimper partout, miauler à volonté... jusqu'au ronronnement accentué par les vibrations de la console. C'est exactement ces petits plaisirs félins que l'on attend dans un jeu du genre.
+/- Quelques lignes de narration s'incrustent de temps en temps dans le décors pour décrire un peu ce que ressent Dawn. C'est une idée plutôt pertinente, puisqu'elle nous permet de suivre son évolution mentale au fil de ses mésaventures. Mais ces pensées manquent parfois de flair et sonnent souvent beaucoup trop humaines ; un chat qui se met à réfléchir aux taxes en regardant une statue... sérieusement ?
+/-Copycat ne m'a pas émue, il m'a révoltée ! Et au départ, c'était un point positif à mes yeux. Beaucoup de joueurs ont fait des remarques concernant les personnages humains, plutôt détestables, mais présentés comme des "bonnes personnes", qui par maladresse ou ignorance, finissent par négliger leurs animaux... et c'est malheureusement une réalité. Alors certes, il existe des individus horribles qui abusent volontairement de leurs compagnons, mais aussi des personnes pas foncièrement mauvaises, mais qui échouent à saisir la responsabilité qu'implique une adoption. De mon point de vue, le jeu choisit ce second angle, ce qui est d'autant plus frustrant quand on voit l'attachement de Dawn envers sa nouvelle famille irresponsable, et dont on perçoit clairement qu'elle ne mérite pas sa loyauté. C'est ce décalage qui fonctionne le mieux pour ouvrir les yeux sur la cause animale et la prévention des abandons...... s'il n'y avait pas cette fin absurde qui trahit le fond du message. "Une maison c'est là où on a besoin de nous" ?? en gros, ils vous aimeront quand même et reviendront vers vous, donc le monde est beau, tout le monde est content.... je ne comprends pas l'idée derrière ce final, qui décrédibilise complètement le message initial et laisse juste un goût amer.
✖ Un narrateur accompagne les faits et gestes de Dawn comme une sorte de commentateur animalier, et ses interventions sont déjà inutiles, puisque les bulles de pensées suffisent largement à nous faire comprendre ce que vit Dawn intérieurement. Mais pire encore, ses remarques omniprésentes brisent constamment la dramaturgie des scènes et ne laissent jamais la liberté à l'image de parler d'elle même. De quoi hérisser les poils.
✖ La caméra semble parfois vivre sa propre vie ; au lieu de vouloir suivre notre petite boule de poils, elle préfère se perdre dans des angles assez improbables. Il faudrait presque la tenir en laisse.
✖ La traduction française comporte quelques fautes qui font un peu feuler.
J'ai observé impuissante depuis mon refuge les déboires de la petite Dawn et je ne peux pas m'empêcher de penser que la démarche de ce Copycat était sincère et que ses efforts parviennent malgré tout à nous apprivoiser un petit peu. Cependant, l'ensemble reste maladroit et cette histoire, elle, ne retombe pas bien sur ses pattes. A vous de voir maintenant, serez vous prêt à l'adopter ?