J’ai découvert Balatro un peu tard, après quelques heures à traîner autour du jeu. Et comme beaucoup, je suis tombé dedans assez violemment. Pas parce que j’aime les jeux de cartes, bien au contraire. Les rois, les dames, les valets, les piques… tout ça m’a toujours laissé complètement froid. J’ai joué à des jeux de cartes comme tout le monde, le temps d’une soirée, puis j’ai oublié. Mais Balatro, lui, a réussi à me faire rester. Parce qu’il ne se contentait pas d’être un jeu de cartes. Il réinventait quelque chose de très ancien avec une intelligence assez folle.

Le principe était simple mais redoutable. Un jeu de cartes classique, enrichi couche après couche. Les cartes pouvaient être modifiées, dopées, transformées avec des multiplicateurs, des ajouts de points, des effets spéciaux parfois absurdes mais toujours jouissifs. Les jokers venaient complètement casser les règles du calcul, devenant presque le cœur stratégique du jeu avec leurs effets passifs et parfois actifs. À côté de ça, les cartes de tarot servaient de consommables, et la monnaie permettait de structurer toute la progression. Quatre piliers très clairs, extrêmement lisibles, mais qui ouvraient une profondeur insoupçonnée.

Et surtout, cette sensation permanente de pouvoir briser le jeu avec un bon combo.


Forcément, avec un succès pareil, il fallait s’y attendre. Des jeux allaient tenter de reprendre la formule. Et je ne vois pas ça comme un problème. Au contraire, je trouve ça sain. Réinventer la roue, encore et encore, c’est souvent comme ça qu’on obtient les meilleures variations. J’ai donc cherché. Beaucoup. Le prochain jeu capable d’égaler, voire de dépasser Balatro. Et la plupart du temps, je suis resté assez de marbre. Beaucoup de propositions, souvent très orientées hasard, ce qui est logique, mais rarement capables de retrouver cette alchimie. Même si certains sortent un peu du lot comme Clover Pit, qui m’a agréablement surpris.

Puis il y a eu Dice Million.


Un vrai choc!

Parce que pour la première fois, j’ai eu l’impression de tomber sur un jeu qui ne se contente pas d’imiter Balatro, mais qui comprend profondément ce qui faisait sa force… et qui va ailleurs. Peut-être même mieux. Je sais que ça peut paraître complètement abusé de dire ça, mais plus j’y ai joué, plus cette sensation s’est installée.


Le principe est encore plus simple. On lance des dés. On doit atteindre un score. Rien de plus. Mais ce score, exprimé en pixels, devient aussi notre monnaie. Et ce simple changement transforme complètement la dynamique. Là où Balatro séparait score et économie, Dice Million les fusionne. Chaque réussite devient immédiatement une opportunité d’investissement. Chaque dépassement de score te donne de l’avance pour la suite. Il y a une satisfaction double, presque organique, qui s’installe très vite.


Surtout, ça parle immédiatement. Là où les cartes peuvent créer une barrière mentale, les dés, c’est universel. On lance, on espère, on calcule. C’est basique, presque idiot dans sa forme, mais terriblement efficace. Et moi, qui n’ai jamais accroché aux cartes, je me suis senti beaucoup plus impliqué ici.

Alors oui, tout n’est pas parfait. Là où Balatro brillait énormément, notamment sur la diversité des modifications de cartes, Dice Million est plus limité sur un point précis. (Les enchantements de dés) On tourne autour de quatre bonus, quatre malus, et on retrouve souvent les mêmes effets. Doubler un score, récupérer un dé, ce genre de choses. Ce n’est pas très original, et clairement moins riche que ce que proposait Balatro sur cet aspect. Mais étrangement, ce n’est pas vraiment un problème. Parce que le jeu compense ailleurs, et même très largement.


Déjà, les “jokers” de Dice Million, ici appelés bagues, sont à mon sens bien meilleurs. On retrouve cette idée d’effets passifs ou actifs qui viennent modifier les runs, mais avec une différence majeure. L’espace disponible. Là où Balatro limite fortement le nombre de jokers, Dice Million te donne une dizaine d’emplacements de base. Et ça change tout. La variété de builds devient délirante. Les combinaisons explosent dans tous les sens. Tu passes ton temps à imaginer de nouvelles synergies, à tester des idées, à casser le système. Et c’est exactement ce qui m’a redonné cette frénésie que j’avais sur Balatro. Cette envie de relancer encore et encore, juste pour voir jusqu’où tu peux aller.


Mais là où Dice Million va vraiment plus loin, pour moi, c’est ailleurs.


Pas non plus sur les consommables, qui restent assez classiques, dans la lignée des cartes de tarot. Non.

Le vrai coup de génie, c’est la variété des dés.


Parce qu’on ne parle pas juste de dés classiques. Il y a les dés que tout le monde connaît, ceux des jeux de rôle, et surtout toute une quantité de dés inventés, pensés pour créer des interactions spécifiques. Et ça, ça ajoute une couche entière de gameplay en plus. Une surcouche qui n’existe pas dans Balatro. Là où Balatro empile ses systèmes, Dice Million rajoute un étage complet à la structure. Et cette seule idée suffit à transformer l’expérience. Plus de complexité, plus de synergies, plus de possibilités. C’est comme si on avait pris Balatro et qu’on avait décidé de le pousser un cran plus loin.


Au final, sur le contenu, la variété et cette capacité à enchaîner les parties sans jamais se lasser, je m’y suis retrouvé complètement. Et c’est pour ça que, malgré tout le respect que j’ai pour Balatro, mon temps sur Dice Million a été encore meilleur. Balatro reste une œuvre fondatrice, presque légendaire dans ce qu’il a apporté. Mais Dice Million, lui, a compris cette base, l’a respectée, et a réussi à en faire quelque chose de plus complexe, de plus riche, et à mon sens plus engageant.

Évidemment, il y a des défauts. La RNG est très présente. Il faut accepter de relancer une run quand le hasard n’est pas de ton côté. Certaines situations peuvent sembler abruptes, voire injustes. Et avec toutes ses couches de gameplay, le jeu est globalement plus difficile. Mais honnêtement, ça ne m’a jamais dérangé. Parce que relancer une partie ici, ce n’est pas une punition. C’est une opportunité. Chaque nouvelle run est une chance de tester autre chose, de découvrir une nouvelle combinaison, de comprendre un peu mieux le système.


Et surtout, le jeu est généreux. Il cache énormément de contenu et le distille petit à petit. Tu sens qu’il y a encore des choses à découvrir, encore des mécaniques à comprendre, et ça te pousse à revenir.

Au point où, sans vraiment m’en rendre compte, je l’ai lancé presque machinalement, alors que j’avais des jeux bien plus gros, bien plus ambitieux en apparence. Et pourtant, c’est lui qui a pris le dessus. C’est lui qui a occupé une grosse partie de mon année 2026.


Alors non, ça n’a pas vraiment de sens de comparer les deux. Le mieux, c’est de pouvoir jouer aux deux. Parce qu’ils font tous les deux quelque chose d’excellent. L’un a posé les bases. L’autre les a comprises et ensemble, ils représentent quelque chose que je trouve assez fascinant.

Cette manière de prendre des jeux ancestraux, de jouer avec les maths, les probabilités, les systèmes, et de les transformer en expériences modernes, complexes, mais toujours lisibles. Il y a quelque chose de très sain là-dedans. Très respectueux aussi. Comme si le jeu vidéo venait rendre hommage à ce qui existait bien avant lui, tout en y injectant ce qu’il sait faire de mieux aujourd’hui. C'est un pont intergénérationnel, entre les joueurs de tous les âges!

Et parfois, en jouant à ces jeux-là, j’ai presque l’impression qu’on dépasse le cadre du jeu vidéo. Qu’on est simplement en train d’assister à une continuité. Une transmission entre générations. Quelque chose qui évolue, mais qui n’oublie jamais d’où ça vient.

KumaCreep
9
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Créée

le 14 avr. 2026

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