"Ecco the Dolphin", en 1992 sur la Megadrive , c'était quelque chose. Non content de s'imposer comme une merveille visuelle grâce à ses paysages marins au splendide rendu 16-bit, le jeu proposait quelque chose de singulier en nous mettant dans la peau d'un dauphin résolvant des énigmes et se défendant contre une multitude de dangers aquatiques.
Néanmoins, encore fallait-il pouvoir arriver à cet aspect du jeu. Si vous parcourez internet à la recherche de témoignages de (très) jeunes joueurs ayant découvert "Ecco" à sa sortie, vous trouverez nombre d'anecdotes de joueurs évoquant n'avoir jamais dépassé le premier niveau. "Ecco" était en effet renommé pour son absence d'indications claires et ses consignes cryptiques.
Si vous continuez de cherchez d'autres témoignages, vous trouverez également des joueurs qui évoqueront avoir abandonné le jeu car ils n'arrivaient tout simplement pas à surmonter la difficulté bien corsée des niveaux suivants. C'était un peu ça en somme, "Ecco" : ce mélange retors d'une chatoyante apparence, avec des difficultés non visibles au premier abord... ce qui pourrait être en quelque sorte la définition même des fonds marins.
Plusieurs épisodes plus tard et nous voici en 2000 sur la Dreamcast. Comme beaucoup de licences, Ecco passe à la 3D. Comme beaucoup de licences, l'inquiétude est présente : l'ajout d'une nouvelle dimension pourra t-il véritablement fonctionner ?
Contre toute attente, le pari est complètement tenu. Les développeurs d'Appaloosa ont magnifiquement retranscrit l'esprit de la série, à tel point que vingt-cinq ans plus tard, les graphismes de cet épisode impressionnent encore. C'est dire si la question des textures de l'eau était à l'aube des années 2000 très importante (nombre de jeux de cet époque mettent en scènes des paysages tropicaux) et un effort est clairement visible dans l'animation des différentes espèces. Il n'y a qu'à voir la contorsion d'Ecco lorsqu'il jaillit hors de l'eau pour reprendre sa respiration, grand moment qu'on ne se lasse jamais de répéter.
Fidèle dans sa direction artistique, le jeu l'est également dans son esprit : c'est toujours aussi labyrinthique, les indices fournis pour avancer dans les niveaux gardent leur caractère abscons. En résulte alors cette sensation si étrange de se sentir abandonné dans un endroit immense et peu accueillant. Il peut y avoir quelque chose de véritablement angoissant, surtout pour ceux qui ont déjà eu des problèmes en lien avec l'océan, à parcourir les niveaux de cet "Ecco", à se sentir perdu dans un endroit profondément hostile, où l'on doit toujours avoir un oeil sur la barre d'oxygène. Il existe d'ailleurs le terme de "Thalassophobie" pour décrire la peur irraisonnée des étendus marins. Beaucoup de théories existent pour expliquer la présence de cette peur, mais peu me semblent insister sur un fait vraiment propre aux fonds marins, à savoir leur absence de limites : comment les déterminer ? Que se cache-t-il derrière cette faible profondeur de champ ? Jusqu'où pouvons-nous aller sans risquer notre peau ?
Ce questionnement sur les limites va étonnamment bien avec l'étrange scénario du jeu, la saga poursuivant son attirance pour la science fiction, cette fois-ci en engageant David Brin, auteur entre autres du Cycle de l'Elevation (Uplift en anglais).
Sortie plus tard que la version Dreamcast, l'opus sur PS2 présente quelques améliorations bienvenues, telle une mini-map difficile à lire mais qui a le mérite d'exister, ainsi qu'une possibilité d'appuyer sur le bouton L3 pour que Ecco se tourne directement vers son prochain challenge, une bénédiction dans un jeu où l'on peut facilement passer une dizaine de minutes à chercher son chemin.
Malgré ses réelles qualités, le jeu ne fera pas vraiment de vagues. Encore aujourd'hui reste cette question : pourquoi les épisodes précédents d'Ecco ont-ils tant fonctionné ? Etait-ce une simple histoire de tromperie sur la marchandise ? Ou alors était-ce une autre forme de résidu de cet irrésistible attirance humaine pour l'élément marin, si dangereux et pourtant si attirant ?
"Ecco" est en somme bien à l'image de son milieu : la beauté des océans n'a d'égale que les dangers qu'elle recèle.