F6. J'avance dans la salle suivante. Je tire machinalement et abats les 2 monstres. Un autre surgit et je dois vider un chargeur avant de l'achever. 90 d'armure, 92 de vie, merde ça va pas. F7. Je recommence.
Pour ceux qui ont joué à Half-Life, ce court paragraphe introductif doit leur rappeler des souvenirs. Je dois avouer qu'à l'époque j'ai eu du mal à mesurer le potentiel d'un tel jeu. Je ne l'avais d'ailleurs pas fini (honte sur moi), la faute à un de ces rares défauts sur lequel je reviendrai dans cette chronique.
Petit rappel pour nos amis troglodytes qui ne seraient pas sortis de chez eux pendant 15 ans. Half-Life est un FPS qui vous met dans la peau de Gordon Freeman, jeune scientifique fraîchement diplômé, évoluant dans le centre de recherche secret appelé Black Mesa. Alors qu'il travaille sur une expérience de téléportation, un accident ouvre une brèche inter-dimensionnelle laissant des extraterrestres envahir le complexe. Rien que ça. Bien que l'intrigue soit très classique, la grande innovation de l'époque était la narration entièrement intégrée au gameplay. Aucune cut-scenes, pas de cinématiques. Rien ne vient perturber l'action. Vous êtes quasiment toujours dans la possibilité de vous déplacer ce qui renforce l'immersion. Au fur et à mesure, une histoire de complot viendra pimenter quelque peu le scénario. Néanmoins, cet aspect novateur n'empêche pas l'histoire d'être assez classique, même si elle reste nettement plus développée que dans n'importe quel autre FPS de l'époque (et que certains actuellement).
Un deuxième aspect révolutionnaire de ce jeu, et qui fonctionne toujours très bien de nos jours, est ce mix de genres que l'on retrouve tout au long de l'aventure. Bien sûr, le côté « shoot » domine mais de temps un temps, des énigmes ou des passages typés plate-forme viennent varier le gameplay. Le grand intérêt de ce mélange est qu'il vient renforcer la sensation d'évoluer dans un environnement cohérent. Il n'est pas toujours question de flinguer tout ce qui bouge, des fois il faut juste grimper ou ramper le long de tuyaux. Et là on arrive à un des points noirs du jeu : la plate-forme au clavier et en vue intérieure, c'est pas de la tarte. Alors, on saute, on tombe dans le vide, on recommence et ainsi de suite. On en arrive au syndrome évoqué en introduction : on use et abuse de la sauvegarde. Un saut réussi, hop, un coup de sauvegarde et ainsi de suite. Certains passages millimétrés sont rageants et étaient sûrement dispensables. Globalement, l'idée s'avère tout de même excellente.
L'arsenal est assez diversifié, mélangeant les classiques (glock, fusil à pompe, lance-roquettes...) et quelques armes extraterrestres. Le bestiaire est également fort sympathique avec la même variété hommes/aliens. Chaque ennemi a son propre comportement qui permet d'adapter sa stratégie d'attaque particulière. Une mention spéciale pour les militaires qui agissent en groupe, ce qui était une première à l'époque. Bien que les bestioles soient introduites tout au long du jeu, certains chapitres sont peu intéressants et assez laborieux à traverser. Dans ma jeunesse, ce point m'avait refroidi. L'ambiance, assez stressante en début de partie, laisse la place à plus d'action dès l'arrivée des militaires. A partir de là, le jeu est bien moins intéressant. Les phases de combat sont prenantes mais elles s'enchaînent sans liant. La fin de l'aventure, très différente du reste, apporte la fraîcheur qui manque au milieu. Un mot rapide sur les boss, qui peuvent rarement être abattus et demandent généralement de remettre en route des générateurs/turbines pour les tuer. C'est bien sympathique. L'autre point sur lequel on n'est pas floué est la durée de vie. La traversée du complexe est très longue et l'est toujours au vu des standards imposés par les FPS actuels.
Tout au long de cette rétrospective, j'ai largement insisté sur les points qui, à l’époque, avaient fait de ce jeu un titre majeur. Mais qu'en est-il aujourd'hui ? Comme dit précédemment, le mélange des genres marche toujours, la narration de l'histoire, bien que moins surprenante actuellement, reste originale. Graphiquement, le jeu est loin d'être moche mais, ce qui impressionne encore de nos jours est la vivacité du héros. En effet, celui-ci se meut extrêmement rapidement ce qui assez déconcertant au départ mais très agréable au final.
Alors, oui, le jeu est moins impressionnant qu'à sa sortie mais il n'en reste pas moins original et efficace. Malgré une aventure qui s'essouffle légèrement à la moitié et quelques passages assez frustrants, Half-Life est toujours un bon FPS pour ceux qui l'auraient raté. D'autant plus qu'il ne coûte plus grand chose de nos jours. Après 1 heure de jeu, impossible de s’empêcher de recommencer les mêmes séquences jusqu'à les avoir exécutées parfaitement. D'ailleurs, attention, les touches de sauvegarde (F6) et de chargement (F7) sont situées côte à côte.