Je ne vais pas pousser le vice à prétendre que j'ai préféré ce titre à Hogwarts Legacy mais ça fait quand même plaisir d'avoir un jeu davantage ancré dans l'ambiance de la saga littéraire (et non des films), même si ça reste une adaptation très libre du roman éponyme.
Le Prisonnier d'Azkaban est un de mes tomes préférés de Harry Potter et en tout cas le premier où j'ai commencé à devenir réellement fan de l'univers façonné par J.K Rowling, au lieu d'être une simple lecture amusante pour la jeunesse. De ce fait, j'étais assez curieux de découvrir son adaptation en jeu vidéo car elle incarne malheureusement le dernier volet de la saga à bénéficier d'une transposition fidèle à l'imaginaire des romans; par la suite, Electronic Arts préférera uniformiser ses productions récurrentes sur Harry Potter en adaptant plus directement les films, nous imposant ainsi le visage de l’infâme Daniel Radcliffe et surtout des jeux avec une personnalité bien moins marquée, devenant simplement un outil d'accompagnement médiatique des longs métrages.
Les trois premiers opus de la saga Harry Potter étaient pourtant plus ambitieux dans leur démarche et surtout encore portés par une certaine liberté créative, par rapport au matériau d'origine; pour ceux qui l'ignorent, ces trois premiers Harry Potter représentent une anomalie singulière dans le paysage du jeu vidéo car ils étaient confiés à différents studios selon la plateforme concernée et que ces différentes adaptations ne partageaient ainsi qu'un socle commun de Voice Actors et d'éléments graphiques, chacun lorgnant dans une direction différente malgré la base commune du roman. Il faut ainsi considérer que les versions PS1, PS2 et PC d'un même jeu Harry Potter représentent trois jeux différents à part entière, chaque fan ayant généralement sa préférence entre ses versions (souvent lié à une certaine nostalgie de la console qu'il possédait à l'époque ou des PC pour les plus riches). Ce n'était sans doute pas le plus rentable pour l'éditeur et une certaine prise de risque à chaque nouvel opus mais c'est aussi la raison pour laquelle les joueurs retournent encore vers ces jeux originaux tandis que les suites transposées des films sont généralement plus dédaignées. Néanmoins, vu la cadence assez rapide de productions de ces jeux vidéos, ces Harry Potter avaient aussi tendance à recycler des éléments de leurs prédécesseurs sur leurs plateformes respectives (un peu à la manière des Yakuza côté Japon), l'action se déroulant évidemment toujours dans les couloirs de Poudlard; de telle sorte que si vous souhaitez avoir une expérience distincte à chaque volet de cette trilogie, autant opter pour une console différente à chaque fois ou une version PC à l'occasion. Pour plus d'informations, je vous renvoie à la très sympathique chaine de Flandrew qui décortique justement chaque différence entre les multiples versions d'un même opus, avec quelques interviews de développeurs à l'appui.
Mais revenons à nos moutons avec en l’occurrence la version PS2 de ce Prisonnier d'Azkaban qui présente la particularité...D'être un Zelda Like. Je ne m'attendais pas à voir deux de mes franchises préférées réunies de la sorte mais finalement ce mélange est plus cohérent et harmonieux qu'on pourrait le croire au premier abord : la logique de la franchise de Nintendo est ici réitérée avec l'usage des sorts comme items / clés pour progresser dans les donjons; donjons qui sont ici omniprésents car ils incarnent les différents cours à accomplir pour nos apprentis sorciers. Une idée qui semble un peu saugrenue également mais finalement qui n'est pas si fantaisiste dans le cadre de Poudlard; le château étant caractérisé par son aspect changeant et ses salles secrètes, un décor propice à un jeu d'aventure dans une ambiance légère donc. Enfin pas si légère que ça car le Prisonnier d'Azkaban intègre également le changement de tonalité amorcé par ce troisième opus avec une ambiance plus inquiétante et des couleurs moins chatoyantes que ses prédécesseurs.
A ce tableau prometteur s'ajoute également l'excellente surprise du jeu : l'emphase sur le trio emblématique de Harry, Ron et Hermione avec la possibilité d'incarner chaque héros emblématique de la franchise et surtout de pouvoir alterner à loisir entre ces personnages, selon les nécessités de l'énigme présentée au joueur. Chaque adolescent possède en effet sa propre caractéristique : Harry est davantage sportif grâce à ses entrainements au Quidditch et peut grimper aux cordes, Ron est visiblement devenu un cochon truffier à force de vivre au Terrier et peut déceler de nombreux secrets tandis qu'Hermione pourra ramper dans des passages plus exigus. Néanmoins, au delà de ses caractéristiques premières, l'intérêt réside surtout dans les sorts uniques à chaque personnage, obligeant ainsi le joueur à alterner dès que possible entre ces héros pour lancer le sortilège approprié ; cela peut sembler à nouveau étrange dans l'idée mais cette restriction s'avère en vérité plus cohérente avec l'univers qu'il n'y paraît, chacun étant généralement plus à l'aise avec une matière et les sortilèges associés ; et dans la pratique, cette approche fait merveille en donnant vraiment l'impression d'une entraide entre des camarades de classe et une amitié qui s'exprime directement dans le gameplay. Si vous avez de bons souvenirs des quelques donjons coopératifs de Wind Waker, la formule devrait également vous plaire dans le cas présent.
Honnêtement, l'alchimie a très bien opérée en ce qui me concerne avec une ambiance délectable, une bande son remarquable composée par Jérémy Soule (l'un des rares compositeurs à pouvoir faire jeu égal avec John Williams sur un terrain similaire) et toute l'affection associée aux souvenirs de la merveilleuse saga littéraire. C'est néanmoins de ce côté là que l'aventure a commencée à être entachée par une certaine déception car le Prisonnier d'Azkaban s'avère en vérité une adaptation assez synthétique de l’œuvre de JK Rowling et cette troisième année à Poudlard s'écoule malheureusement bien trop vite, à mon goût. S'il serait fastidieux d'énumérer chaque entorse à l'univers ou déformation du récit originel, voici néanmoins les quelques points qui m'ont le plus chagrinés à ce titre :
-Le Quidditch n'est pas de la partie et n'est simplement représenté qu'en toile de fond pour la narration ; le stade est inaccessible et même le balai n'est pas utilisé pour voler autour du château (l'Hippogriffe est néanmoins votre monture volante pour toute l'aventure).
-L'astrologie est totalement absente du jeu alors qu'elle représente une particularité récurrente du roman.
-L'engueulade entre Ron et Hermione est à nouveau écartée, comme dans le film de Cuaron ; sans doute car les développeurs ne voulaient pas priver le joueur du trio (et des sortilèges associés) durant une bonne partie de l'aventure. L'immersion en prend quand même un coup.
-Pré-au-lard n'est visité que dans le cadre d'une mission scénarisée et ne constitue pas une fugue du château pour le personnage principal.
-La dernière partie est malheureusement globalement expédiée et l'intrigue de Sirius Black s'avèrera assez incompréhensible, sans avoir la connaissance du bouquin en amont (le contraire serait certes étonnant mais j'estime qu'une adaptation devrait néanmoins être suffisante en elle même).
Mon enthousiasme a été ainsi quelque peu mouché par tous ces écueils mais je ne cracherais pas dans la soupe pour autant; retomber en enfance pendant quelques heures dans le monde d'Harry Potter, ça n'a pas de prix, surtout quand vous avez comme moi un vrai attachement envers les bouquins mais un intérêt très modéré envers les films (même si le Prisonnier d'Azkaban est justement le long métrage le plus réussi de la franchise ; souvenirs de lointains débats sur les vieux forums d'Allociné à ce sujet. :p)
Bref, ne boudez pas votre plaisir si vous avez envie de retrouver momentanément l'ambiance de ce chapitre atypique d'Harry Potter. Je ne peux que regretter pour ma part que les romans ultérieurs n'aient pas été adaptés de la sorte car la Coupe de Feu se prêtait incroyablement bien à l'exercice avec des Tâches reconverties en Donjons (voir même la scène du bal!). J'aurais également tendance à croire que Hermione devait être la petite chouchou des développeurs car ses sorts s'avèrent extrêmement utiles dans l'exploration et pour la résolution des énigmes. Tant mieux car c'est bien la découverte de Poudlard qui déterminera le vainqueur de la Coupe des Quatre Maisons au dénouement de l'aventure avec des points littéralement disséminés dans les niveaux ou en récompenses d'objectifs secondaires à accomplir, à nouveau une idée un peu saugrenue mais cohérente avec la démarche du titre.
Une adaptation décidément plus maline et respectueuse de son matériau d'origine que Hogwarts Legacy à bien des égards. Zut, je l'ai dit, finalement. :p