La licence Castlevania, je dois vous avouer que ce n’est pas trop mon truc. On me parle d’ambiances gothiques, de châteaux humides et de héros raides comme des piquets, et mon cerveau décroche. On me brandit Symphony of the Night, on me dit que c’est culte, que c’est mythique, que c’est LE Castlevania à faire absolument, et oui, je veux bien croire tout ce beau monde : l’ambiance me parle, la réputation aussi, mais bizarrement ce n’est pas celui vers lequel je reviens sans cesse. Celui qui, depuis quelques années, me trotte vraiment dans la tête… c’est Haunted Castle, la version arcade de Castlevania, celle de 1988, développée et éditée par Konami, et dont l’existence même semble constituer une sorte d’anomalie culturelle.
Pour m’y replonger sérieusement, j’ai emprunté à la bibliothèque du coin la Castlevania Dominus Collection — la version Switch 1 limitée de chez Limited Run Games — que j’ai évidemment lancée sur ma Switch 2, tant qu’à faire. Le genre de petit plaisir moderne : tu vas chercher Hyrule Warriors dernier du nom, et tu repars aussi avec un Castlevania obscur qui sent le formol. Dans cette compilation, Haunted Castle est proposé dans sa version originale mais aussi dans une version revisitée, ce qui est déjà très cool… même si on ne peut pas basculer de l’une à l’autre d’une pression de bouton. Il faut choisir son camp et s’y tenir. Émulation oblige, on peut sauvegarder, on peut même revenir en arrière, et pour quelqu’un qui a grandi avec des bornes qui ne connaissaient pas la pause — tu lâchais le stick, tu mourais — c’est presque indécent.
Je connais Haunted Castle depuis un moment, car je le possède sur une borne d’arcade maison, un vieux PC maquillé sous Windows 7, le genre de machine qu’on aime autant pour sa rusticité que pour son système d’exploitation coincé dans une autre époque. Mais c’était l’occasion de le découvrir dans des conditions un peu plus modernes, sans passer par des tripes de PC déguisé en borne.
Dès le lancement, difficile de se tromper : c’est Castlevania en arcade. On incarne un chasseur de vampires, probablement fraîchement marié, dont la femme se fait kidnapper par Dracula dans ce qui est peut-être le mariage le plus expéditif de l’histoire du jeu vidéo. Pas de transition : on vous jette dans le premier stage et c’est parti pour péter des gueules en cadence. Le souci, c’est que techniquement… le jeu a vieilli. J’adore les jeux rétro, sincèrement, mais là, il faut reconnaître que Haunted Castle, même replacé dans le contexte de 1988, pique un peu les yeux.
Comme tout Castlevania old-school, le héros a une rigidité corporelle qui défie la logique. Le gars se bat avec un fouet mais bouge comme s’il portait un exosquelette rouillé. Les sprites sont grands, ce qui, à l’époque, faisait impression, mais ne compense pas tout. Le gameplay est d’une simplicité atomique : sauter, frapper, subir. On a une barre de vie — luxe suprême pour certains jeux d’arcade — mais les niveaux sont minutés, histoire de vous rappeler que le stress fait partie du package.
Les musiques ? Je ne suis pas expert en OST Castlevania, je ne prétends pas reconnaître les thèmes cultes à la première note, mais globalement, ça fait le job. Pas inoubliable, mais loin d’être honteux. Les fans hardcore auront probablement un avis tranché, qu’ils n’hésitent pas à partager, car moi je reste prudemment dans le flou artistique.
Le jeu surprend malgré tout : tomber dans le vide ne signifie pas forcément la mort instantanée, on réapparaît parfois un peu en arrière, preuve que le jeu possède des checkpoints pas très bien signalés. Il y a les ennemis, les pièges, les cœurs à ramasser pour les armes secondaires — choix que je n’ai jamais compris, d’ailleurs. Pourquoi des cœurs ? Pourquoi des organes représenteraient-ils les munitions ? Sérieusement, si quelqu’un connaît l’histoire derrière cette décision, je suis preneur. Le déclenchement des armes secondaires se fait en appuyant sur haut + attaque, comme si on jouait sur une Game Boy à deux boutons, alors que la Switch en a largement assez pour faire mieux.
Mais le vrai problème, celui qui casse mon petit fantasme d’arcade, c’est le game over. Haunted Castle original ne permet pas de continuer le stage après avoir perdu toutes ses vies. Pas de vraie continuité, pas de “je mets un crédit et je vois la suite”. Et pour quelqu’un comme moi, qui joue aux jeux d’arcade modernes en émulation pour voir le jeu complet, c’est une énorme déception. Je ne cherche pas la performance en un crédit, ni à montrer que je suis le champion de la rigidité motorisée. Je veux juste découvrir l’intégralité des niveaux, et là, le jeu m’en empêche.
Heureusement, il y a la version revisitée.
Visuellement, c’est le jour et la nuit : les stages sont entièrement refaits, plus beaux, plus lisibles, et même si la cinématique d’intro laisse un peu perplexe, l’ensemble est largement supérieur. Le personnage est moins rigide, plus dynamique, les effets visuels ajoutent de la vie, de l’impact, du plaisir. Pour être honnête, j’ai presque eu l’impression de jouer à un autre jeu. Et, surprise agréable, la difficulté est largement adoucie : tomber dans le vide ne signifie plus la mort instantanée mais juste une perte de vie avec retour à la plateforme précédente. Un boss en deux phases ? Même si vous mourrez sur la seconde, vous reprenez directement à cette phase. Pour quelqu’un comme moi, qui voulait avant tout découvrir le jeu, c’est une bénédiction.
J’ai pu terminer les six stages de cette version modernisée, ce qui aurait été inimaginable sur la version originale. Je comprends que la version revisitée ne puisse pas adopter un système de continue à l’ancienne : ce serait trop facile, même déjà comme ça certains puristes la jugeront sûrement trop gentille.
Pourtant, malgré ses défauts, Haunted Castle — original ou revisité — dispose d’un charme particulier. Les musiques sont sympa, certains ennemis ont une vraie gueule, les boss sont énormes (parfait pour ceux qui comparent encore les tailles de sprites comme on compare des cylindrées), les pièges sont bien intégrés, et les petites trouvailles de gameplay — le fouet qui se renforce, les orbes, le fameux poulet qui vous rend la vie — apportent une vraie variété.
Si vous êtes déjà fan de Castlevania et que vous aimez les expériences 2D classiques, vous devriez passer un bon moment. Je vous conseillerais même de commencer par la version revisitée, puis de tester l’original par curiosité intellectuelle (et pour comprendre la souffrance de 1988). Quant à moi, même si j’ai été déçu par l’absence d’un vrai esprit arcade dans la version originale, j’ai finalement trouvé dans la version modernisée exactement ce que je cherchais : un Haunted Castle jouable, plaisant, exigeant juste comme il faut, et suffisamment modernisé pour que je m’amuse sans m’arracher la moitié des cheveux restants.