Ça me fait un peu mal de descendre un jeu bourré de bonnes intentions, mais allons-y gaiement : Iris and the Giant est un jeu de carte qui parle de dépression, et il ne le fait pas très très bien.


C’est un rogue-lite inspiré de Slay the Spire (que je n’avais que moyennement aimé), dans lequel on progresse d’étage en étage en améliorant notre deck. Les règles sont basiques, même si pas toujours très bien expliquées (j’ai mis un moment à comprendre pourquoi à certains tours je piochais, alors qu’à d’autres non), alors ça se joue bien. C’est pas transcendant hein (pour le coup Slay the Spire avait des règles plus intéressantes), mais si on a déjà tapé le carton d’un TCG réel ou virtuel dans sa vie, on retrouve vite ses marques.


On débloque des perks en arrivant à des objectifs secondaires plus ou moins cachés, et on a donc une méta-progression qui vient réduire peu à peu la difficulté. Parce que oui, au début c’est un peu dur, le genre de jeu où, lorsque vous croisez un boss pour la première fois, il vous ramone alors même que vous aviez l’impression d’avoir un chouette deck. Bref on enchaîne quelques parties, et c’est clairement okay-mais-sans-plus côté gameplay.


Et côté narratif / thématique, c’est encore pire : déjà, venir nous parler dépression quand on est un jeu indé, faut en avoir envie. Parce que la barre a été placée assez haute par des titres assez massifs, donc on va forcément pâtir de la comparaison, mais aussi parce que ça n’est pas forcément un sujet à propos duquel il est évident d’écrire. Et j’en veux pour preuve qu’Iris and the Giant n’arrive jamais à sonner « juste » : il nous sert des petites scénettes de harcèlement / tristitude / incompréhension parentale qui ont l’air d’avoir été écrites par un collégien (« hahaha tu es vraiment trop moche »), et doublées par ses frères et sœurs (le doubleur du père est un vrai amateur, capable de briser toute immersion en une phrase). Ca régurgite les clichés les plus rincés du harcèlement scolaire sans jamais se les réapproprier, et du coup ça sonne terriblement faux.


Au lieu de ressentir de l’empathie pour une personne que je devrais plaindre, je facepalmais devant la lourdeur du jeu et son approche « tout le monde il est méfant avec la pauvre choupinette » qui ne faisait jamais preuve de la moindre finesse. Et c’est pas en saupoudrant vaguement tout ça de mythologie grecque (la valeur refuge de l’héroïne) que ça va changer quelque chose...


Je pense que c’est pas pour rien qu’on trouve encore tant d’histoires bêbêtes à base de princesse ou de héros virils dans les jeux vidéo : c’est bien plus facile à écrire qu’une histoire dramatique façon Le Grand Meaulnes. Si tu prends l’histoire de base du Grand Meaulnes, et que tu le confies à quelqu’un dénué du talent de son auteur (genre moi), ça peut potentiellement être horrible à lire, et vide d’émotions. Ben là c’est pareil : c’est pas que la dépression n’est pas dramatique, ou bien que je suis un gros con pro-harcèlement, mais à aucun moment le jeu n’a réussi à me faire me sentir impliqué, et donc je n’ai rien ressenti pour son héroïne.


Et là on en arrive au stade où je vous dis que j’ai abandonné le jeu, parce que ça m’a gavé de repartir de zéro à chaque fois, et que l’histoire me blasait. Sauf que... Sauf qu’en ouvrant un banal coffre, le jeu m’a donné un objet (la toison d’or, thématique grecque oblige), complètement pété, qui m’a permis de rouler sur tout le jeu, jusqu’au boss final. J’étais tellement invincible que j’avais l’impression d’avoir activé un cheat-code, et seul le fait que le boss final soit une énigme (beurk) m’a bloqué un peu (et oui, j’ai du aller voir sur le net, c’était trop alambiqué pour moi). Voilà un rebondissement surprenant pour un roguelite qui se voulait assez difficile.


Bref j’ai pas vraiment aimé ce Iris and the Giant.


11/20


Jopopoe
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le 3 mars 2026

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