Kingdom Come: Deliverance 2 est un jeu développé par Warhorse Studios et édité par Deep Silver.
C’est un RPG médiéval déconseillé aux moins de 18 ans (PEGI 18), disponible sur toutes les plateformes sauf la Switch.
Suite directe de KCD 1, ce jeu, qui s’est fait attendre pendant plus de sept ans, a immédiatement suscité une immense hype autour de lui avant de subir un report au début de 2025.
Ce délai visait à optimiser le titre et à maîtriser les contraintes de la Xbox Series S, qui l’a à la fois (apparemment) freiné et aidé.
Malgré cela, tout semblait au vert : le jeu était très attendu, et ses ventes le prouvent.
Mais que vaut-il vraiment ?
Nous allons le découvrir maintenant !
Les +
- L’écriture, dans tout ce que cela englobe
- Le gameplay
- L’univers
- La musique
- Les quêtes secondaires
- L’aspect très vivant
- Le monde ouvert
- La beauté visuelle
Les -
- La progression
- La difficulté
- L’aspect RPG et le game design en général
- De nombreux bugs
- Ce côté "à suivre" toujours frustrant
- L’IA en infiltration
C’EST QUOI L'HISTOIRE ?
Ouh là, dire ce qu’est l’histoire transformerait cette critique en un demi-roman à elle seule, tant l’histoire est ultra-massive, la plus dense que j’aie eu à critiquer (et j’ai déjà parlé de The Witcher 3 ou de Baldur’s Gate 3).
Le postulat de base, c’est que nous, Henry, sommes envoyés avec le seigneur Hans Capon dans une région pour rencontrer son seigneur et lui remettre une lettre d’alliance de notre camp.
Bien entendu, tout part en vrille, notre groupe est attaqué et décimé, seuls Capon et Henry survivent sauf qu’ils n’ont plus rien , ni équipement, ni lettre, ni compagnons, et tout cela dans une région où ils sont des inconnus.
Ils vont être pris pour des mendiants lorsqu’ils se rendront au château local, puis arrêtés pour une bagarre dans une taverne et, à partir de là, leur mission sera de tout faire pour entrer en contact avec le seigneur local lors d’un mariage auquel celui-ci doit assister.
Sans oublier ceux qui ont attaqué nos héros et qui veulent également s’en prendre au seigneur local, Henry et Capon devront donc trouver de nouveaux alliés, remonter dans la hiérarchie sociale pour accéder au mariage et enfin rencontrer le seigneur local.
Voilà, ça, ce sont juste les prémices, à peu près les cinq premières heures de jeu sur les cent heures qu’il m’a fallu pour le terminer, en rushant pas mal la quête principale vers la fin.
Autant vous dire que ces prémices ne représentent absolument pas l’histoire du jeu : c’est une excuse scénaristique pour que le joueur reparte de zéro, rien d’autre (une excuse sacrément bien écrite, cela dit).
L’histoire, la vraie, c’est des trahisons, de grandes batailles, des prises de châteaux, des discussions politiques, philosophiques et morales, un discours sur la guerre et la vengeance, le rapport à la guerre civile, à l’horreur, au devoir, elle brasse une foule de thèmes, tous traités avec justesse.
L’histoire de ce jeu est l’une des meilleures jamais écrites depuis Silent Hill 2 (en même temps, elle s’inspire en partie de l’histoire de la République tchèque).
C’EST QUOI LE GAMEPLAY ?
Le gameplay est sensiblement identique à celui du premier opus et je dirais que c’est l’élément le plus standard du jeu, il s’agit d’un FPS médiéval typique (comme dans Skyrim) avec bien entendu la feature des angles d’attaque pour les combats, qui fait son retour avec 4 angles au lieu de 5.
Autre nouveauté : tu peux donner des ordres à ton chien, même en combat (mais en soi, il est assez autonome).
C’EST QUOI LES QUALITÉ ?
Je l’ai un peu dit dans le segment sur l’histoire, mais oui, la plus grande force du titre, c’est son histoire, et pas seulement.
La plus grande force du titre, c’est son écriture globale : les personnages sont fabuleux, les missions secondaires sont immenses, le tout en sachant changer de tonalité, parfois dans l’épopée épique absolue, parfois dans la gaudriole la plus potache, parfois dans le drame romantique ou dans la tragédie pure, le jeu sait être ultra-sombre tout en étant parfois très drôle, passant même de l’un à l’autre au sein d’une même mission ou quête.
Et le plus fort, c’est aussi le traitement du héros, Henry, qui évolue énormément dans cet opus.
On le façonne dans son évolution avec nos choix tout du long, des choix à conséquences qu’on ne perçoit pas tout de suite, mais qui reviennent au fil du jeu, sur le long terme, pas juste un choix dont le jeu t’assomme ensuite en te disant "C’est la conséquence !".
Ici, c’est bien plus subtil : c’est comment le personnage se perçoit lui-même au fil du jeu, comment ses alliés le perçoivent, certaines piques dans des dialogues en apparence innocents, des relations qui se créent ou non à cause de cela.
Je pense avoir perdu la plus grosse relation amoureuse du jeu à cause de choix qui ne plaisaient pas, mais sans que ça paraisse trop abrupt : juste un ressenti, le Henry que j’ai façonné ne pouvait pas être avec cette personne au vu de son passé à elle.
Dans ce jeu, il y a des scènes de dialogue qui font passer certains films récents pour des trucs d’amateurs.
Un dialogue vers la fin du jeu, complètement optionnel (car le jeu te laisse le choix d’aller à la rencontre du personnage ou pas), est d’une force que j’ai rarement vue dans un jeu vidéo : voir deux ennemis mortels discuter avec autant de respect que de haine, tout en gardant un sens de l’honneur du début à la fin.
C’est presque dommage que ce personnage soit trop rare, j’aime ce genre de scènes où deux ennemis parlent tranquillement (comme la scène entre De Niro et Pacino dans Heat), et le jeu est rempli de dialogues de ce style.
Alors oui, ça parle de violence et de vengeance de façon assez classique : on n’a pas ici une autre manière de voir ces thématiques.
En gros, la violence amène la violence, la guerre, c’est mal, tout le monde est victime de la guerre, etc.
On n’est pas dans Vinland Saga ou, dans le domaine du jeu vidéo, dans A Plague Tale 2, qui abordent ces thèmes d’une façon bien plus ambiguë et profonde.
Surtout que, malgré tout, ce jeu nous sert une bonne grosse morale des familles à la fin, avec Henry qui imagine un dialogue avec ses parents morts jugeant ses actions (c’est le côté conséquence "in your face" qui aurait pu être évité, à mon sens).
Bien entendu, on croit à tous ces personnages et à cette histoire, car l’univers est vraiment excellent.
Encore une fois, c’est inspiré de la vraie histoire, mais tout l’aspect médiéval ultra-réaliste et détaillé t’immerge complètement, le souci du détail dans la reconstitution est hallucinant, même si je ne doute pas que des libertés ont été prises pour faciliter l’approche ludique du titre.
Mais entre la construction des deux maps, qui sont parfaites, et la qualité d’écriture des choses que tu peux y faire, forcément, tout l’aspect narratif et visuel (donc immersif) du titre fusionne pour te donner une aventure marquante à ce niveau-là.
Tu prends plaisir à faire toutes les quêtes secondaires, à écouter les personnages, et ensuite à te balader dans les maps qui offrent rien de moins que les plus belles forêts jamais créées dans un jeu vidéo.
Tu y crois : les arbres ne sont pas trop petits, tu te sens vraiment écrasé par eux, les forêts sont denses, ce qui renforce leur côté réaliste.
Tu vois les animaux vivre leur vie, tu peux cueillir des plantes placées de manière réaliste.
Tout est tangible dans ce jeu.
Bien entendu, tout ça est grâce au CryEngine, qui fait des merveilles malgré l’absence de ray tracing, par exemple.
Et pourtant, le jeu est ultra-beau.
Seuls les visages de certains personnages sont un peu en retard (alors que d’autres sont vraiment bluffants).
Et pour finir, la musique est digne d’un film, même si elle compte trop peu de morceaux, donc ils se répètent assez souvent.
Tu as souvent un ou deux morceaux par situation, mais ils sont de qualité et élèvent des scènes déjà très fortes (ou drôles).
Le gameplay fait le taf : il est assez exigeant (surtout au début) et assez souple pour être bien pris en main.
C’EST QUOI LES DÉFAUTS ?
Le plus gros défaut du jeu, qui, pour moi, l’empêche d’être un chef-d’œuvre et lui coûte pas mal de points, c’est son game design, qui est raté.
En fait, il va à l’encontre de la philosophie du jeu.
KCD 2 est un jeu qui mise sur son réalisme et sur le fait que c’est un jeu historique.
Alors pourquoi, au nom du ciel, avoir foutu un système de stats sur les armes et armures du jeu, et pire encore, pourquoi avoir mis une sorte d’arbre de compétences à débloquer ?
Vous allez me dire : "Dans le 1, c’était pareil."
Oui, mais c’était moins visible, car les compétences étaient moins cheatées et surtout, tu avais beaucoup moins d’aides.
Le jeu restait rugueux jusqu’à la fin.
Et de toute façon, ça reste un défaut : quand tu vises le réalisme, il ne doit pas y avoir de stats pour dire que telle arme est meilleure qu’une autre ou que telle armure est meilleure qu’une autre.
Ça doit se jouer sur le skill pour les armes et sur l’aspect visuel pour les armures.
Bien entendu, une armure de plates entière te protégera mieux qu’un bout de tissu déchiré, c’est évident, et cette évidence devrait être au cœur du jeu.
Tu devrais faire un game design basé sur des bonus et malus en jeu : genre, tu portes une armure complète, bah, tu es ultra-lent et tu peux moins bien bouger, etc.
Tu as une arme à une main, tu vas galérer face à un homme avec un bouclier ; tu as une arme à deux mains, tes coups vont être plus lents, mais tu pourras casser le bouclier, sauf que cette fois, les armes d’hast seront un cauchemar pour toi.
Tu prends une lance, tu peux facilement tuer à distance, mais de trop près, tu prends cher.
C’est avec ce genre de choses qu’il faut équilibrer le jeu, pas avec des stats à la con qui tuent l’équilibrage et donc le plaisir de jeu.
Car, truc tout con, avant même d’arriver dans la deuxième map, tu obtiens la meilleure épée du jeu.
Y a juste rien qui la touche niveau stats, elle peut tuer en un ou deux coups des ennemis en armure complète.
À partir de ce moment, le jeu tue toute sa progression.
Le pire, c’est que les compétences que tu débloques renforcent encore ton arme, ta résistance, voire te donnent une seconde chance quand ta vie tombe à zéro (ça n’a aucun sens dans un monde réaliste, on est d’accord).
Ajoute à ça que la meilleure armure du jeu, tu peux l’acheter dès ton arrivée dans la deuxième map (ou la voler), et tu deviens un tank qui tue en un ou deux coups.
Et comme si ça ne suffisait pas, tu as aussi une compétence qui booste ton endurance et ta vitesse de course, ce qui fait que tu cours plus vite que beaucoup de chevaux, avec une meilleure endurance que beaucoup de chevaux, le tout avec la meilleure arme et armure du jeu.
Et si ce n’est pas encore assez facile, tu as ton chien qui peut tuer des mecs à lui seul aussi (et tout ça sans être à la moitié du jeu).
Toutes les quêtes de la seconde map, tu peux les faire avec ça.
Sachant que la façon dont tu t’habilles conditionne ton charisme et donc ton éloquence, tu es aussi un monstre en dialogue, tout ça sans avoir dépassé les 30 heures (pour rappel, je l’ai fini en 100 heures).
Tout l’aspect stats et RPG détruit complètement l’intérêt ludique du jeu et le rend ultra-chiant.
C’est le seul défaut majeur du jeu.
Le reste, c’est quoi ?
Certains bugs qui te forcent à revenir au menu du jeu pour les débloquer (ça prend même pas une minute, donc osef), des scènes où les perso sont invisibles, des dialogues où y a pas de son, la map qui s’ouvre mal, des perso bloqués.
C’est casse-couilles, mais pas bloquant.
Tu as aussi, comme dans le 1, à la fin, ce côté frustrant de te dire que la suite de l’histoire, ce sera dans le prochain jeu.
Et comme toujours, l’IA qui est aux fraises, surtout en infiltration (ça rejoint les stats, car tu as des compétences cheatées à ce niveau : genre, les gardes ne te voient pas, même devant eux).
RÉCEPTION DU JEU
La presse pro a noté ce jeu 88/100, et les joueurs, qui sont d’accord, lui ont donné la note de 8,6/10 sur Metacritic.
Les points que j’ai avancés, je ne les ai pas vus mentionnés par d’autres.
Là où certains disent, par exemple, comme défaut que les dialogues sont statiques, ce qui est faux , tu as beaucoup de dialogues en cutscenes, justement, qui sont très vivants.
Donc cette critique, ils la sortent de leur trou de balle.
J’ai vu des gens dire que c’est une expérience radicalement différente des autres jeux.
Non, enfin, passé les dix premières heures, non.
Le jeu t’indique où aller, il devient ultra-facile dans tout, il a les mêmes tares que les jeux actuels, juste il les cache mieux.
Donc oui, j’ai vraiment l’impression que la presse et les joueurs ont plus critiqué leur vision des choses que le jeu en lui-même.
Je me demande même si beaucoup ont passé la première map pour écrire des trucs pareils.
D’un côté, ils voulaient tellement avoir un jeu différent qu’ils l’ont fantasmé, et de l’autre, ils voulaient tellement qu’il soit vieillot qu’ils l’ont fantasmé aussi (il n’est pas moins mis en scène qu’un The Witcher 3 ou Baldur’s Gate 3).
CONCLUSION
Graphismes : 18/20
Gameplay : 16/20
Histoire : 19/20
Contenu : 19/20
Level Design : 18/20
Game Design : 10/20
Musique : 17/20
Note globale : 17/20 (qui n’est pas une moyenne)
Et oui, il perd facilement 2 points à cause du game design.
Sans tous les soucis liés à cet aspect RPG mal intégré, le jeu est un immense 19/20.
Il a une des meilleures écritures que j’aie jamais vues, il est beau, il est profond, généreux, immersif.
Il a tout pour être un chef-d’œuvre, sauf la cohérence entre son game design et son essence même de jeu réaliste/historique.
Merci d’avoir lu.