Quel dommage!
Laika avait tout pour plaire : une animation chiadée portée par une esthétique oscillant entre Mad Max, Blacksad et la Seconde Guerre Mondiale (voire le franquisme), de jolies chansons dont la douceur contraste avec l’âpreté de ce monde, dans une tonalité mélancolique, un univers qui se dessine par à-coups mais dont la profondeur se laisse rapidement deviner, une maturité dans le traitement de ses thématiques qui est assez rares, et une portée féministe elle aussi peu coutumière du médium.
Quel dommage alors que l’idée principale du jeu, son hybridation du metroidvania traditionnel à un jeu de trial, soit aussi pauvrement exécutée. Car si la manipulation de notre bécane roule rapidement sous le pouce, les imperfections sont si nombreuses qu’elles viennent ternir l’expérience globale de jeu.
Dans un jeu de trial, on est censé garder d’un coin de l'œil l’orientation de la moto pour bien atterrir sur les pistes. Sauf qu’ici, la tâche est souvent rendue impossible par la prépondérance des effets visuels tels que de la fumée ou des explosions, ou des dézooms très larges (notamment sur certains boss) qui nous empêchent de voir notre personnage, et ce même sur un écran de 55 pouces. Quand ce n’est pas simplement le nom d’une zone dans laquelle on rentre qui vient occulter la portion de l’écran où l’on se trouve, ou des communications intempestives par radio qui viennent s’incruster sur un quart de l’écran. Et c’est sans compter sur les pétarades aléatoires du véhicule, créant des à-coups de vitesse que l’on ne peut pas prévoir, qui vient nous foutre dedans alors que l’on roule en ligne droite.
Des manquements de finition purement mécaniques qui se conjuguent par ailleurs à un design assez rédhibitoire au niveau de la map, forçant les backtrackings peu passionnants via une palanquée de quêtes fedex qui, non contentes d’être ludiquement dénuées de toute intérêts, ne procurent aucune forme de récompense digne de ce nom.
Je suis tout de même allé au bout de l’aventure (une quinzaine d’heures pour le 100%), porté par sa réussite narrative, mais ne pouvant m’empêcher de pester tout du long. Et ce jusqu’à la toute fin, anti-paroxystique à souhait de par la faiblesse du boss proposé et l'abrupte déclenchement du générique après dix secondes de cinématique.
Quel dommage, Laika aurait pu être immense.