Je crois que Le Vaillant Petit Page m’a surtout donné envie de l’aimer plus que je ne l’ai réellement aimé.
Dès les premières minutes, il y a ce charme évident, presque désarmant. Le jeu te prend par la main avec une certaine douceur, t’ouvre un livre coloré, te parle de chevaliers, de héros de papier et d’imaginaire enfantin. Visuellement, c’est indéniable, c’est superbe. Il y a une vraie attention portée à la direction artistique, une poésie graphique qui rappelle les albums jeunesse qu’on feuilletait trop longtemps, juste pour le plaisir de rester dedans.
À ce niveau-là, on sera d'accord pour dire qu'il est difficile de ne pas être séduit.
Le concept est aussi malin sur le papier. Passer d’un monde en 2D dans les pages d’un livre à un univers en volume, jouer avec les mots, les phrases, la mise en scène du récit lui-même, c’est une idée forte. Le jeu a une vraie identité, quelque chose à dire sur la narration, sur la manière dont on raconte des histoires et dont on les traverse.
Pendant un moment, ça fonctionne. On sourit souvent, on apprécie l’inventivité, je me suis laissé porter.
Mais assez vite, une sensation s’installe. Celle d’un jeu qui n’ose jamais vraiment nous lâcher. Tout est expliqué, réexpliqué, souligné. Les énigmes sont rarement laissées à ton interprétation. Le jeu te souffle constamment la solution, parfois avant même que tu aies eu le temps de réfléchir. Là où j’aurais aimé me sentir un peu plus joueur, un peu plus acteur, je me suis souvent senti spectateur d’idées pourtant brillantes. Ce n’est pas que ce soit mal fait, c’est que ça manque de confiance envers celui qui tient la manette.
La narration, elle aussi, finit par peser. Elle est généreuse, très présente, parfois trop. Le rythme en pâtit, avec des phases de jeu régulièrement interrompues par des dialogues ou des explications qui auraient gagné à être plus légères, ou simplement optionnelles. On sent une volonté sincère de bien faire, d’être accessible, de ne perdre personne en route… mais à force de vouloir inclure tout le monde, le jeu oublie parfois de créer de la tension ou du mystère.
Et c’est là que la question du public devient centrale.
Le Vaillant Petit Page est clairement pensé pour un public jeune, ou familial. Dans ce cadre-là, il remplit plutôt bien sa mission. Il est doux, bienveillant, jamais punitif, jamais frustrant. Un enfant ou un joueur peu habitué aux jeux vidéo peut y trouver une porte d’entrée idéale, un terrain de jeu rassurant, presque pédagogique. En revanche, pour un joueur adulte, habitué à être challengé, surpris ou mis en difficulté, l’expérience reste trop sage. Les mécaniques ne se renouvellent pas assez, les idées ne sont pas poussées jusqu’au bout, et l’ensemble donne parfois l’impression d’un jeu qui se retient constamment.
Au final, je ne peux pas dire que j’ai passé un mauvais moment. Loin de là!
J’ai apprécié l’univers, j’ai respecté la proposition, j’ai même été touché par sa sincérité. Mais je suis resté à distance. Comme si le jeu voulais nous faire croire en le côté malin de son concept et qu'on finisse par ne plus être distrait par lui. J'ai même un sérieux doute sur le fait qu'un enfant puisse avoir envi de lui même d'aller jusqu'au bout d'une aventure aussi répétitive.
Pour moi, Le Vaillant Petit Page est un jeu attachant, élégant, rempli de bonnes intentions, mais qui manque d’audace ludique et de profondeur pour marquer durablement. Un joli livre interactif, plus qu’un grand jeu vidéo.