Ou comment balancer la 2D aux orties pour mieux pousser des caisses en 3D molle

Les Chevaliers de Baphomet 3 : Le Manuscrit de Voynich – Ou comment balancer la 2D aux orties pour mieux pousser des caisses en 3D molle

"Je voulais que tu saches, si jamais il m'arrive quoi que ce soit, je te lègue ma collection de Tintin."

Pas la peine, George. Elle est déjà complète.

I. Le Manuscrit, les Templiers et la Géométrie Sacrée du désespoir

Tout commence bien. Trop bien.

Un moine en armure qui évoque l’énergie tellurique, un manuscrit ancien traduit par un nerd qui sent le patchouli et le Red Bull, un crash d’avion dans une jungle congolaise. George Stobbart est là, voix suave de Emmanuel Curtil, qui tutoie le sarcasme comme d’autres boivent des pintes de Guinness. Il discute avec un Australien dont l’accent pue le barbecue de kangourou, et ça fait plaisir.

Mais soudain… l’ombre du désastre.

C’est de la 3D.

Pas celle qu’on admire. Non. Celle qu’on subit. Celle qui rend les personnages aussi expressifs qu’un sandwich SNCF. Les visages figés, les décors flous comme une VHS oubliée, la caméra qui nous suit quand elle a envie, comme si les développeurs nous punissaient d’aimer l’aventure.

Et puis l’impensable.

Le sacrilège.

Ce n’est plus un Point & Click.

II. Pousser des caisses : un art martial dégénéré

Le gameplay ? Une sorte d’auto-flagellation polie.

On déplace George librement avec un stick, comme un pion triste sur l’échiquier de la modernité. Mais surtout, on pousse des caisses.

Des caisses, encore des caisses, toujours des caisses.

Un festival de cubes. Un puzzle d’entrepôt sans fin.

On veut bien tolérer ça si l’on voit le short ultra-échancré et le sillon sacré de Lara Croft s’étirer au rythme de l’effort…

Mais là, c’est George Stobbart.

Et George a le postérieur rigide d’un huissier en préretraite.

III. L’infiltration : l’orgasme raté du développeur mal renseigné

Et comme si ce n’était pas suffisant, le jeu se rêve en Metal Gear.

Des séquences d’infiltration, oui monsieur. George accroupi derrière une caisse (encore elle), qui attend que le garde tourne le dos pour passer, l’air aussi discret qu’un poney dans un sauna.

Cecil, on t’aime, mais fallait pas.

On a fait Splinter Cell, on a saigné MGS, on a tâté du Hitman en slip. On sait ce qu’est une infiltration.

Là, c’est un sketch.

Un mauvais.

Même un fan de Sam Fisher, après avoir subi ça, envisagerait la reconversion dans la poésie pastorale.

IV. Le retour du club des vieux Templiers

Mais Broken Sword, c’est aussi une famille.

Et ils sont là.

Nico, bien sûr, égale à elle-même, ironique et courageuse. On la contrôle d’ailleurs beaucoup plus souvent, par souci de parité ou juste pour équilibrer le taux de brushing dans l’intrigue.

André Lobineau, l’éternel universitaire frotteur de bibliothèques.

Flap, le copain de Guido la version fascisante de Bowser.

Bruno, le scientifique slave.

Et au centre, le nouveau croque-mitaine : Susarro, fusion impie entre Ivan Drago et Aleister Crowley, secondé par une Russe dont les yeux invoquent l’URSS et la sodomie simultanément. Il veut activer l’énergie tellurique à travers le globe. Oui. Rien que ça.

V. Des pyramides, des bidonvilles et un voyage dans la géographie approximative

On voyage, encore et toujours.

Du Congo à Paris, d’un château gallois au cœur du Glastonbury ésotérique, de l’Égypte à Prague

C’est beau. Sur le papier.

Mais dans la 3D pâteuse de l’époque, chaque lieu ressemble à un décor de théâtre monté sous acide, avec des textures qui hurlent Pentium II.

VI. Entre deux blagues, un frisson tragique

Et puis, dans ce monde de sarcasmes et de gags bien ficelés, vient Anubis le dieu égyptien.

Une séquence courte. Déchirante.

Où l’émotion perce, comme un couteau dans la mousse.

Où Broken Sword prouve qu’il peut faire pleurer, quand il le veut.

Sans musique sirupeuse.

Juste avec un regard. Un cri. Et l’ombre du sacrifice.

VII. Chevalier Stobbart, par la Sainte Chiasse des Templiers

George devient chevalier.

Vraiment.

Avec cérémonie, dialogues en latin mal articulé, et tout le tremblement. Il en rit. Nous aussi. Mais c’est touchant, au fond. L’avocat américain cynique devient héros mystique à son insu.

La boucle est bouclée.

Ou presque.

Verdict : 8/10

Un Broken Sword qui change de peau mais garde son âme.

On a perdu la 2D, la souris, et une partie de l’élégance.

Mais l’esprit est là : l’humour, l’aventure, le parfum moisi des vieux secrets et le rire en coin de George.

On pousse trop de caisses, on se faufile trop maladroitement, mais on ne décroche pas.

Parce que malgré ses errances, le Manuscrit de Voynich reste une vraie histoire.

Une fable ésotérique emballée dans une mécanique brinquebalante, avec des éclats de grâce dans les fissures.

Et on en redemande.

"Oublions le protocole, mes amis. Seigneur Stobbart d’Idaho, ça ira pour l’instant…"

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Créée

le 20 mars 2026

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