Évacuons déjà l'éléphant de la pièce : personne ne joue à un Mafia pour le gameplay. Ce sont des jeux qu'on déguste pour s'immerger dans des époques peu explorées par le jeu vidéo (respectivement les années 30 et 50, pour les deux premiers opus), vivre des histoires pleines de crimes et de trahison sur fond de mafia italo-américaine, et pour déguster une bande son phénoménale en conduisant des bagnoles légendaires.
Mafia 2 n'a pas cassé la baraque à sa sortie, mais s'est assez bien vendu pour justifier une suite. Si les critiques l'ont plutôt bien reçu à son époque, il s'est depuis construit un petit succès d'estime par des joueurs lassés des open worlds interminables, et qui lui trouvent le charme simple des jeux de l'ère PS2-3 où on pouvait encore se faire raconter une histoire en une dizaine d'heures sans avoir à errer dans des mondes sans fin ni âme à répéter les mêmes tâches jusqu'à nausée pour faire monter des chiffres pendant 80 heures.
C'est en tout cas ce que je cherchais, et le fait que je suis légèrement obsédé par les histoires de crime organisé font de moi le client idéal de cette série, mais ça ne m'a pas empêché de voir tous les problèmes qui tentent de ruiner l'expérience.
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Le gameplay est réellement mauvais dès que vous avez un flingue entre les mains. Les ennemis se planquent derrière des obstacles dont ils ne bougent jamais et montrent leur tête avec une telle régularité que j'avais l'impression de jouer au tape-taupes. Tirez une balle dans une bouche et mettez-vous vite à l'abri derrière une caisse dont personne ne viendra jamais vous déloger, car ils sont trop cons pour contourner ou lancer une grenade. Et pas question d'être agressif : les ennemis vous tuent si vite que vous êtes condamné à faire caca derrière votre caisse pour régénérer votre petite jauge de vie.
La conduite est acceptable, mais pas spécialement réjouissante. Profitez bien de la vue et de l'excellente bande son d'époque, car le jeu vous demande sans cesse de faire des aller-retours dans le même petit centre-ville, à rouler d'un point A à un point B pour commencer ou terminer une mission. Il aurait été aisé de faire des ellipses pour vous épargner quelques kilomètres, mais 2K Czech devait craindre que son temps de jeu tombe sous la barre fatidique des dix heures et se mettent la presse sur le dos.
Les missions sont narrativement variées, et c'est ce qui m'a fait aller de l'avant, mais vos tâches se limitent à conduire, tirer sur des mafieux, ou casser des gueules à mains nues dans un gameplay encore plus apathique que le reste. Cette monotonie est renforcée par la structure assommante du jeu qui vous oblige à aller vous coucher entre chaque chapitre et sortir du lit tous les matins, créant ainsi une désagréable routine de tacot-boulot-dodo dont il aurait été si facile de s'affranchir.
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Le seul compliment que je peux adresser au gameplay de Mafia 2 est qu'il n'est pas assez mauvais pour ruiner l'expérience, et que j'ai apprécié le jeu pour son enrobage artistique et son écriture. Les nombreuses cinématiques sont bien montées et mises en scènes, le doublage anglais est systématiquement excellent, les dialogues sont drôles ou tragiques et le script emprunte à tous les classiques du genre, mais principalement à Goodfellas, au point de se payer un faux Robert De Niro plus vrai que nature.
L'histoire est... relativement oubliable. Vous incarnez Vito, vétéran de la Seconde Guerre mondiale qui a besoin d'argent et se fait entrainer par son meilleur ami dans une spirale d'auto-destruction. Leurs premiers délits et leur avidité vont vite les propulser dans des organisations criminelles qui les mettront aux centres de leurs querelles intestines, et on aura droit à toutes les étapes emblématiques : petits larcins, contrat qui tourne mal, séjour en prison, mentor, rite initiatique, ambition et trahisons. Tout est parfaitement retranscrit dans des environnements détaillés et immersifs, grâce à un moteur maison qui fait encore étonnamment bien le taf 15 ans plus tard.
Mais cette histoire ne serait rien sans la véritable âme du jeu : votre pote Joe Barbaro, brillamment doublé par Robert Costanzo, et dont la relation fraternelle avec Vito donne lieu à des dialogues formidables au doux parfum de buddy movie.
Mafia 2 est un jeu que je ne pourrais recommander qu'aux inconditionnels de films et séries mafieuses. Si ce thème vous fait vibrer autant que moi, vous passerez certainement un bon moment. Dans le cas contraire, vous avez mieux à faire.