En passant sur d'autres critiques, j'observe avec amusement qu'on a tous envi de commencer par la folie de la découverte... Un rpg, tour par tour, avec des GTE d'esquive et d'attaque dans l'univers loufoque de Mario!
Oui, pour l'époque, c'était une véritable bombe atomique!
Il y a quelque chose d’assez fascinant dans la manière dont Mario & Luigi détourne les codes de l’univers Mario pour en faire une aventure aussi improbable que cohérente.
C’est un jeu qui ne ressemble à aucun autre de la série, ni un Mario classique, ni un RPG au sens strict, ni même un Paper Mario (malgré les ponts évidents).
Et ce décalage permanent, ce ton gentiment absurde, c’est à la fois ce qui m’a plu… et ce qui m’a parfois tenu à distance.
Le pitch est déjà une déclaration d’intention... Peach ne se fait pas enlever, non, on lui vole sa voix. Ce vol entraîne Mario et Luigi dans le Royaume de Végésia, un univers parallèle bourré de personnages délirants, de couleurs criardes, et de situations qui flirtent sans cesse avec le non-sens. Tout est fait pour casser les habitudes du joueur. Le scénario ne se prend jamais au sérieux, les dialogues sont bourrés de blagues méta, et l’ambiance générale relève plus du cartoon sous acide que du conte héroïque.
Pour le coup, ça fonctionne terriblement bien. C’est drôle. Parfois très drôle. Même les PNJ secondaires ont des lignes improbables, et il y a une vraie inventivité dans les détournements comiques de l’univers Mario. Sans oublié les réactions de Luigi, dont on savourer le moindre pixel d'animation, tellement qu'il génère des moments de rires au kilo!
Mais ce qui m’a le plus accroché, c’est le système de combat. Là où beaucoup de RPG au tour par tour se contentent de mécaniques passives, Superstar Saga t’oblige à t’impliquer à chaque attaque, chaque défense. Il faut appuyer au bon moment, esquiver avec le bon frère, combiner des actions en rythme… C’est ce gameplay actif qui fait toute la différence. On ne regarde pas les combats, on y participe. Et même s’ils peuvent devenir un peu longs ou répétitifs sur la fin, ils gardent une vraie fraîcheur.
Les frères Mario ne se contentent pas de se battre. Tout, dans le jeu, est pensé autour d’eux. l’exploration, les énigmes, les dialogues. Les actions sont toujours en duo, avec un bouton pour Mario, un autre pour Luigi. Il faut les faire sauter ensemble, les faire se transformer, les faire coopérer. C’est une belle idée, parfois un peu laborieuse dans l’exécution, mais qui donne une vraie identité au jeu. On n’a pas juste Mario et Luigi, on a Mario avec Luigi, indissociables, maladroits, solidaires.
Le problème, c’est que ce système peut aussi devenir un peu pesant. À force de demander au joueur de coordonner les deux frères en permanence, le jeu ralentit un peu. L’exploration devient parfois mécanique. On passe beaucoup de temps à alterner les formations, à enclencher les bons pouvoirs pour traverser une salle, et ça casse le rythme. Les énigmes sont rarement complexes, mais elles demandent souvent une exécution précise, voire un peu fastidieuse. Même si l’idée de départ est brillante, elle s’épuise un peu sur la durée.
Visuellement, le jeu est charmant. On est dans un style GBA assumé, avec des sprites expressifs, des animations hilarantes, et un vrai soin apporté aux décors. Chaque zone a sa palette, son ambiance, son identité. La direction artistique a ce petit côté grotesque et volontairement excessif qui colle parfaitement au ton du jeu. Et même si certains environnements sont moins marquants, l’ensemble tient bien la route, surtout avec les musiques entraînantes et parfois complètement barrées de Yoko Shimomura.
Le vrai défaut, s’il faut en pointer un, c’est peut-être une certaine irrégularité dans le rythme. Le début est enthousiasmant, l’univers surprend, les mécaniques intriguent. Mais sur la longueur, le jeu peine à se renouveler. Certaines phases traînent en longueur, d’autres se répètent, et même si l’humour vient souvent relancer l’intérêt, on finit par sentir les coutures. Il manque parfois un vrai souffle épique, un sentiment de progression dramatique. L’histoire est là pour amuser, pas pour émouvoir.
Et du coup, l’investissement émotionnel reste assez léger... Au point ou... Si comme moi, vous l'avez lâché pendant un moment, vous ne vous rappellerez même plus des enjeux et allez enchainer les combats et boss, au moins pour en voir le bout.
Pourtant, j’y ai pris du plaisir. Parce que malgré ses défauts, Superstar Saga reste un jeu généreux, inventif, sincère dans sa volonté de proposer autre chose. Ce n’est pas le plus grand RPG de la GBA, ni le plus profond, mais c’est sans doute un des plus attachants. Il ose des choses. Il rate parfois, mais il essaie. ça, ça mérite d’être salué.
Un jeu à part, foutraque et lumineux, qui porte bien son nom, une saga d’étoiles filantes, de rires, de ratés… et de moments qu’on n’oublie pas.