C’était une soirée de fin d’été, le ciel était suffisamment clair pour apercevoir la route arc-en-ciel et il ne restait dans les champs que les résidus de blé qui perçaient la terre comme des milliers de petits coutelas et nous, joyeux lurons qui fêtions la réussite de chacun à l’examen du permis de conduire, qui nous ouvrait, un peu à la manière d’un final fantasy I, un ultime moyen de déplacement qui ouvrait les possibilités de futurs possibles.
Dans cette euphorie pétillante, embellie par des amuse-gueules interdits par la loi n°70-1320 du 31 décembre 1970, nous vint, à mes amis et moi-même, une splendide idée. Pourquoi ne pas faire la course pour rentrer chez nous ? Afin de voir qui d’entre nous avait le mieux incorporé les leçons de l’auto-école. Certes, nous n’avions pas les mêmes modèle, Wario le bourgeois avait une Cabriolaile, Peach avait obtenu de ses parents un carrosse royal tandis que Luigi le fils de plombier devait se contenter de la Cheepmobile. Avec tout ce beau monde, ma Doryphare ne faisait pas partie des favorites mais offrait suffisamment de possibilité d’offrir la victoire pour me laisser rêver. De plus, on s’était mis d’accord pour se limiter à 150cc pour ne pas trop mettre Luigi sur le carreau. L’objectif étant de rejoindre le supermarché de Corzé (Coco pour les intimes) pour récupérer les invendus et s’offrir un bon repas à prix bradé.
Nous nous lançâmes donc sur nos bolides. 3… le regard figé, à l’inverse de nos cœurs… 2… les moteurs grondèrent… 1… le temps s’arrêta. PARTEZ ! Nous démarions à toute allure sur la route Clair-de-Lune. Sauf Wario qui calla au démarrage (il avait surement décidé d’accélérer trop tôt). La nuit était nuageuse, on distinguait à peine la Lune. Seuls les phares des voitures entre lesquels nous slalomions dans le pur respect du code de la route transperçaient la pénombre. Deux ou trois accrochages nous ralentirent mais sans nous arrêter. Bientôt le silence de Nyx se vit voler par une interminable ligne de voiture roulant à contre-sens. Comment tant de voiture pouvait rouler à contre-sens sans que Lakitu n’intervienne ? Peach, qui prit dès le début la tête de course à bord de son bolide dernière génération, laissait entrevoir un sourire narquois dans ses rétroviseurs. Il fallait un plan pour la rattraper, car le désavantage mécanique empêchait une supposée remontada par la vitesse. J’ai donc décidé de piocher dans la boîte à outil mystère qui m’a donné un champignon rouge. Ces savoureuses toxines offrirent à ma pensée les éclaircissements nécessaires. Au lieu de suivre notre leader au travers des sinueux Bois Vermeil, il fallait que je m’offre une ligne droite au sein des prairies Meuh-Meuh.
Arrivé devant le boisement, je fis donc une sortie de route sur le plancher des vaches, suivi de Luigi qui semblait avoir compris mes intentions. Malheureusement, le vieux Gustave avait eu la mauvaise idée de laisser ses bovidés profités de la douceur des soirées estivales. Luigi en fit les frais, et son épave se s'écrasa dans une charolaise qui devait dépasser la tonne. Le choc ne semblait pas avoir perturbé l’indolent titan, qui continuait de ruminer en regardant ce qui restait de mon camarade, comme si elle essayait de deviner les parties organiques des parties métalliques de cet étonnant crêpoïde.
Cependant comme prévu, ce raccourci me permis d’arriver dans Corzé en première position, talonné tout de même de mes deux camarades. Un peu avant le Supermarché Coco, nous entendîmes une sirène, la police nationale semblait vouloir sa part du gâteau. Et elle était venue équipée d’objets puissants, puisqu’elle envoya des Bill Ball sur la voiture de Wario, dont l’âme semblait quitter le corps en même temps que son bolide quitta la route, pour s’écraser dans un centre hospitalier construit un peu plus loin. Heureusement pour nous, l’explosion qui en découla vint mettre un arrêt brutal à la vaine tentative des forces de l’ordre de nous voler notre goûter. Pour ne pas perdre de temps, d’un commun accord, nous entrâmes dans le supermarché à bord de nos autos. Par chance, Peach, qui n’avait pas ses lunettes car se trouvait « moche » avec ne vit pas que les escalators en face d’elle n’étaient pas dans le bon sens et s’écrasa dans un cri qui finit de réveiller toute la ville.
La ligne d’arrivée était devant moi. C’est à ce moment que je la vis, ces palettes de constructions posées là à l’oblique offrant un saut final, le genre d’événement normalement destiné au speedrunner. Il fallait que je tente ce saut. Pour le spectacle mais aussi pour l’honneur, parce qu’il est là. Ce saut… cette envolée que dis-je cette ascension (!) m’emmena beaucoup plus de haut que prévu, je senti, à ce moment-là mes roues arriver sur l’Arc-en-ciel, brillante ! filante ! telle la plus belle astérie.
Puis la chute.
Pour cette raison Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les jurés, je ne comprends pas pourquoi mon placement en maison d’arrêt pour 47 chefs d’accusation après ma période de 2 ans coma existe d'autant plus que j’ai réussi à transcender les sommets les plus hauts de l’imaginable humain. J’espère que ma lettre vous fera comprendre de la prouesse de mon art, et aussi, que mes amis pourront vous apportez un témoignage similaire, une fois que Lakitu les aura ramenés.