Metro Exodus
7.3
Metro Exodus

Jeu de 4A Games et Deep Silver (2019 · PC)

(Critique sans spoil)


Metro Exodus, ou le troisième opus de Metro, toujours développé par 4A Games.

On y suit toujours Artyom de VDNKH, dans la suite de ses aventures après Metro Last Light, toujours selon le roman de Dmitri Gloukhovski.


FPS avant tout, ce titre emprunte aux autres genres diverses caractéristiques, dont avant tout l'infiltration, mais aussi la gestion des armes, des munitions, des améliorations, l'exploration de mondes semi ouvert, avec une pointe d'horreur et un soupçon de système de moralité.



Contrairement à ses prédécesseurs, le jeu ne se déroule plus en circuit fermé et propose plusieurs cartes ouvertes desquelles on pourra explorer les reliefs. Certes, comment reprocher à un jeu qui s'appelle "Metro" d'offrir une expérience et un ressenti "couloir", étant fait de dédales souterrains...

Et pourtant, 4A Games souhaite casser cette dynamique, et s'en donne les moyens. Se rapprochant d'avantage d'un STALKER, on prendra plaisir à chercher dans les cartes ouvertes des munitions, des armes, mais surtout des améliorations d'équipements. Ces cartes sont rendues très vivantes par un système météo, qui nous contraindra à nous cacher ou à fuir parfois, ainsi que par une gestion horaire ou jour et nuit. Ce système permet de jouer d'avantage sur le tableau de l'infiltration. Ainsi, il est fréquent de laisser passer la journée pour attaquer un groupe de nuit, surtout si l'on souhaite ne pas faire de victimes..


Parce qu'Exodus, encore une fois comme 2033 et Last Light, contient un système de moralité très discret, voire invisible au premier abord. Dans certains moments du jeu, on est amené à prendre des décisions plus ou moins importantes, ou même anodines (aider des prisonniers, favoriser une approche discrète pour faire le moins de victimes possible, ou tout simplement rendre un ours en peluche à un enfant ou donner une pièce à un mendiant). Ces choix influenceront l'intrigue de manière assez significative, sans que l'on puisse deviner directement quel choix a poussé à quelle conséquence.

Ainsi, si on comprend bien qu'une approche discrète met moins en danger son coéquipier qu'une approche de front, il est plus compliqué de faire le lien entre l'ours en peluche et le choix d'un personnage de nous suivre ou non dans l'aventure plusieurs heures après...

Ce petit système de moralité est intéressant en cela qu'il n'est pas ostentatoire comme dans un Fable par exemple... Pas moyen de devenir un auréolé justicier ou un bourreau démoniaque dans Metro Exodus.. Le jeu agit plus comme s'il nous testait régulièrement, s'il prenait la température de notre empathie vis à vis des personnages, amis comme ennemis. Si on tient une ligne de conduite plutôt conciliante et juste, il faut la tenir tout au long du jeu. On se retrouve donc à assommer plutôt qu'exécuter ses adversaires, des fois que le jeu nous gratifie d'un petit point de bonté, signalé par un éclaircissement de l'écran et un bruit de chaussure qui glisse par terre (sérieusement, si quelqu'un a l'explication de ce bruitage, je suis preneur).

En revanche, il peut être frustrant de ne pas avoir un œil sur nos choix précédents comme dans un Telltale par exemple, ou une barre de moralité qu'on pourrait s'efforcer de faire basculer d'un côté ou de l'autre (à grands renforts de tofu ou de crousti poulets comme dans Fable, ça non plus j'ai pas compris mais soit). Ce système perdurant depuis Metro 2033, il est peu probable que 4A décide d'en changer... Pour le meilleur ou pour le pire.


On se trimbale donc bon an mal an d'une phase un peu plus libre à une phase un peu plus couloir, en canonisant mutants et bandits et en assommant ce qui reste. Ce qui en fait un opus étrangement répétitif, et étonnamment dur à boucler malgré les efforts déployés par 4A. Passé les deux tiers, les améliorations sont toutes acquises, les munitions et équipements sont plutôt abondants, les quêtes secondaires se raréfient... Ne reste que l'intrigue développée par les personnages pour nous faire avancer dans le jeu.



Exodus offre donc à Artyom un nouveau défi mais aussi de nouveaux compagnons. Toujours sous les ordres de Melnik, toujours en compagnie d'Anna, mais en compagnie d'une fine équipe haute en couleur. Les personnages sont réalistes et creusés, chacun ayant sa personnalité propre. On aura l'occasion de papoter avec eux au fil des explorations et de créer petit à petit une vraie empathie avec eux. Les niveaux étant ponctués de phases de voyages, on prend plaisir à aller boire un verre, fumer ou jouer de la guitare en bonne compagnie. Surtout, on admire l'esprit de groupe des Spartiates. Contrairement aux opus précédents, une équipe voyage avec nous et tient office de foyer, contrastant avec l'aspect horrifique de certaines explorations. Là, Exodus diffère de son grand frère de Tchernobyl en proposant un vrai récit, une vraie histoire, voire des proto-quêtes secondaires construites autour de nos équipiers.

On peut regretter qu'Artyom soit désespérément muet en compagnie de sa chère et tendre comme de ses compagnons. Il est décrit de temps à autres par un de ses compagnons, mais la magie ne prend pas comme avec un Gordon Freeman quasi mystique débarquant d'on ne sait où grâce à un énigmatique G-Man. Ici, on a Artyom de VDNKH, bavard comme une buche, s'exprimant par borborygmes quand il est touché... Ne l'étant manifestement pas par ses comparses. Dommage.



A moins qu'il s'agisse de l'un des nombreux bugs de cet opus.

Sur le plan technique, Exodus déçoit. Après des premiers chargements interminables (je pensais à un problème au début, mais non, c'est bien normal), le jeu est truffé de mauvaises surprises en tous genres, Artyom ayant du mal à grimper correctement, lévitant dans les escaliers, tout comme le décor qui reste en suspension en l'air quelques fois... Le titre est loin d'être injouable, mais loin aussi d'être bien fini. La mention spéciale étant réservée aux actions furtives (assommer ou exécuter) lorsque l'on approche d'un adversaire, qui n'apparaissent pas une fois sur trois, rendant les phases d'infiltration.... Très frustrantes.


Pas d'avis sur les graphismes, qui ne m'ont ni flatté l’œil ni fait pleurer. Les décors en revanche sont beaux et dignes d'un STALKER, d'autant qu'ils se permettent d'être variés et inspirés. Mettre le jeu en russe pour augmenter l'immersion et tout y est, des églises orthodoxes aux bulbes dorés aux salles sombres de laboratoires secrets... En passant par de nombreux décors naturels du plus vaste pays du monde.



En revanche, le système de sauvegarde automatique est un scandale à lui tout seul. Il mélange sauvegarde automatique et sauvegarde rapide, ainsi que sauvegarde tout court.... Alors surtout, n'allez pas trop vite... Ou le jeu sauvegardera pour vous et tant pis pour recharger votre partie. Ce point est particulièrement frustrant en phase d'infiltration, lorsque partiellement repéré, je veux revenir en arrière mais... Trop tard, le jeu a sauvegardé pour vous.

Il est des exemples de jeu sans retour possible, y compris avec des choix impactant (The Walking Dead de Telltale par exemple), mais lorsque le parti pris est assumé, on soupèse ses choix avant de les faire.. Là, on marche sur des œufs en craignant que le jeu fasse un autosave dans un moment délicat, nous interdisant tout essai/erreur particulièrement agréable en phase d'infiltration. J'ai donc hésité plusieurs fois à refaire certains chapitres en entier pour une sauvegarde gâchée par Metro Exodus, trop pressé de sauvegarder à ma place. Plus qu'un parti pris, c'est une vraie maladresse qui je l'espère sera corrigée dans les opus suivants.




Ainsi, je me suis efforcé de ne pas comparer en permanence Metro Exodus à son grand frère spirituel STALKER (et ceci s'explique par l'histoire du développement ukrainien de ces deux sagas). Pour autant, même si les mécaniques de jeu et les décors peuvent être similaires, Metro Exodus a une vraie personnalité propre et n'en est pas un jumeau, encore moins un cousin un peu simplet.

Il se ressert des mécaniques qui ont fait son succès en ajoutant de nombreuses nouveautés. L'ensemble va dans le bon sens, mais manque néanmoins d'un petit quelque chose pour être excellent, ou s'empêtre trop dans ses nombreux petits défauts. Il en reste un bon opus, à la hauteur des trois autres, avec ce petit quelque chose d'un peu à part d'être le premier à essayer d'être un peu différent.


Rysce
7
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il y a 4 jours

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