Gris c'était en 2018.
Certes, ça ne cassait pas trois pattes à un canard en termes de gameplay, mais ça avait quand même laissé sa petite trace.
C'est que c'était bien joli tout ça. Et puis il y avait aussi cette musique de Berlinist pour le moins mémorable. De quoi constituer une œuvre au charme certain. Moi, à l'époque, ça avait suffi pour me convaincre. Certes, je n'avais pas fini transcendé, mais j'avais passé un moment agréable ; un moment léger et – franchement – un moment dont je me souviens encore aujourd'hui.
Six ans plus tard, Nomada Studio nous remet ça avec Neva.
C'est toujours aussi dépouillé niveau gameplay, toujours aussi joli, et Berlinist est à nouveau de la partie. À dire vrai, quiconque a vu ne serait ce qu'une image de ce Neva ne saurait être pris au dépourvu par la proposition ici faite. En gros, c'est à nouveau du Gris. Même formule et même esprit. Presque une suite non-avouée tout en étant pleinement affichée. Moi-même, quand j'ai acheté ce Neva, je n'étais pas dupe. Je ne m'attendais pas à être transcendé ni même surpris. Seulement voilà, malgré ce deal pourtant limpide – et que j'aurais presque envie de presenter comme plutôt honnête – Neva, sur moi, ça ne l'a pas fait. Mais genre, vraiment pas beaucoup.
Alors pourtant oui, c'est tout aussi soigné que Gris ; là-dessus pas de souci. Mais très rapidement arrive la lassitude. J'avançais et je regardais, rien de plus. Et comme j'avais déjà joué à Gris et qu'on m'annonçait par ABSOLUMENT tous les aspects du jeu que Neva n'irait pas plus loin que Gris, alors forcément, j'ai senti l'esprit de découverte me glisser entre les doigts. Au fond, on ne découvre Gris qu'une fois, et refaire un nouveau Gris, c'est déjà proposer un ersatz de Gris...
Mais au bout du compte, le problème va même au-delà de ça. Parce qu'à bien y regarder, la proposition faite par Neva est quand même globalement plus pauvre que Gris.
Les décors se renouvellent moins vite, les mécaniques de gameplay mettent plus de temps à s'enrichir et se diversifier, et les phases de combat – censées être la « nouveauté » de cet « opus » – se révèlent au bout du compte des plus répétitives et mettant bien trop de temps à s'enrichir, même qu'un peu.
À bien tout prendre, Neva est quand même un jeu assez poussif et j'avoue m'être très rapidement mis à enchaîner les tableaux le plus rapidement possible dans l'espoir de rencontrer un truc susceptible de me charmer un temps soit peu... En vain...
Néanmoins je pense que la question du gameplay reste un vrai faux problème concernant Neva. Comme déjà dit plus haut, Gris, à son époque, était allé chercher les joueurs sur tout autre chose, et ce serait presque faire un faux procès à Neva que de produire des reproches à son encontre là où ne se trouve pas sa proposition.
Or cet autre chose sur lequel Gris était allé chercher les joueurs – cette proposition – c'était clairement l'univers sensoriel ; cette découverte des multiples tableaux mouvants dans lesquels on nous invitait à circuler comme une plume (voire un pinceau) caressant le papier pour redonner vie à toute cette toile.
Si Neva avait su proposer son univers à lui, je pense qu'il aurait pu fonctionner sur moi comme Gris avait su le faire avant lui. Mais c'est justement sur ce point-là que Neva, à mon sens, a le plus échoué.
Parce que parcourir Neva, c'est clairement marcher en terra plus que cognita.
Ici on retrouve les ponts, les escaliers et les cubes de Gris. Là, on reconnaît les décors et les créatures de Miyazaki. Et puis, de temps en temps, certaines séquences de grimpette au timing serré ne sont pas sans rappeler Ori.
Tout cela, au fond, apparaît comme plus que convenu. Je trouve carrément qu'on est à deux doigts du repompage peu glorieux.
Allez, j'ose le dire : malgré cette réalisation extrêmement soignée, je trouve que c'est quand même un brin fainéant.
Tout un symbole de ce manque de propension à la créativité : la place occupée par la créature éponyme de ce jeu, Neva.
Neva, c'est un loup qui nous suit, qu'on peut caresser ou appeler selon nos envies et qui peut parfois agir à sa propre convenance – un peu à la façon du Trico de The Last Guardian – mais c'est un loup qui, en définitive, reste purement accessoire. Parfois il aide au combat c'est vrai, d'autre fois ça peut lui arriver de nous montrer le chemin à emprunter, et au bout d'un moment on peut l'utiliser comme arme de jet. Mais, globalement, Neva c'est l'élément du décor qui fait sa vie dans son coin sans que tu te soucies de lui ni lui de toi. L'essentiel du temps, Neva, tu l'oublies... Et ça au fond, ce serait presque autant valable pour l'animal que pour le jeu du même nom...
Donc non, désolé mais pour moi, Neva ça a vraiment été un non-événement.
Un machin qui, certes n'a pas été pénible à faire, mais un jeu qui n'a clairement pas imprimé mon esprit. Je n'ai jamais senti l'appel à vouloir y retourner et chaque session ne me donnait pas envie d'y rester. Sitôt je me mettais à jouer à Neva que je ne sentais pas le plaisir de Gris se raviver en moi. Non, ce que je sentais, c'était l'envie d'arrêter ce Neva pour relancer Gris...
D'ailleurs j'ai fini par arrêter Neva, je ne suis pas allé au bout, et j'ai relancé Gris...
Bref voilà, quoi... Je ne sais vraiment pas comment Nomada voit son avenir mais j'espère pour ma part qu'il saura dépasser un jour tout ça ; ce statut du studio qui ne sait faire qu'un seul jeu.
Il y a pourtant plein de voies de sortie possibles. Je pense notamment à celle qui avait été empruntée par Playdead quand leur était venue l'envie de faire Inside. Certes, Inside, dans le fond, c'était un nouveau Limbo, mais un nouveau Limbo qui avait su raconter une autre histoire au sein d'un autre univers pour aboutir à une autre conclusion.
Là, avec ce Neva, on n'est carrément en deça d'une logique de suiteans une logique de suite, on est simplement dans l'ersatz.
Or, entre l'ersatz et le produit d'origine, moi je sais vers quoi me guide mon envie. Mon envie elle me guide vers la belle découverte de 2018, et non vers ces tristes demi-nuances de Gris